
Adesio
Membre depuis 1014 jours
Éditorialiste
BFF
Mes avis produit

Votre avis :
5/5
J’aime cette façon qu’a Tamura Yui de faire de presque rien un véritable événement. Dans ce sixième tome, le voyage scolaire à Osaka et Kyoto devient un formidable terrain de jeu pour des adolescents qui commencent à comprendre ce que leurs sentiments impliquent. Et avec Yano, même envisager un premier baiser suffit à déclencher une belle pagaille !
La perspective d’embrasser quelqu’un pendant le voyage s’invite dans les conversations et voilà notre héros complètement déboussolé. Lui qui doit déjà composer avec sa malchance légendaire se retrouve confronté à quelque chose de bien plus difficile à gérer : ses propres émotions. J’adore ce décalage entre sa candeur désarmante et les questions qui lui trottent désormais dans la tête. Le garçon qui voulait simplement vivre une vie normale découvre que les papillons dans le ventre peuvent être aussi déstabilisants qu’une chute dans l’escalier.
Mais ce qui me plaît surtout, c’est que Tamura Yui ne réduit pas son récit au seul rapprochement entre Yano et Yoshida. Dans l’intimité des chambres du voyage scolaire, Hashiba se débat lui aussi avec ses sentiments, tandis qu’Izumi prend conscience de son attirance pour lui. Les regards, les gestes anodins et les petites attentions prennent alors une importance folle. Il y a quelque chose de délicieusement cruel dans ces situations où chacun cherche à comprendre l’autre sans parvenir à exprimer clairement ce qu’il ressent.
L’autrice conserve heureusement son humour et cette douceur qui font le charme de la série. Les maladresses de Yano ne sont jamais aussi amusantes que lorsqu’elles se mêlent à ses tentatives de comprendre les codes de l’amour. Pourtant, derrière les sourires, je trouve que ce tome gagne aussi en justesse : grandir, ce n’est pas seulement vivre de nouvelles expériences, c’est accepter de ne plus tout maîtriser.
Alors oui, les hésitations s’accumulent et les personnages pourraient parfois se parler franchement plutôt que de tourner autour du pot. Mais ce serait passer à côté de ce qui rend cette romance si attachante. Je préfère mille fois ces élans maladroits à des déclarations artificiellement dramatiques. Avec ce sixième volume, Yano, une vie ordinaire confirme qu’il sait transformer les petits riens de l’adolescence en grands moments de lecture. C’est tendre, drôle et délicieusement embarrassant : exactement le genre de parenthèse qui me donne envie de retrouver cette bande au plus vite.

Votre avis :
5/5
Derrière les monstres, les blessures humaines...
Cinq ans ont passé, et je retrouve Julian dans une nouvelle vie, aux côtés de Diana et Titi. La petite fille a grandi, mais le bonheur reste une denrée rare dans l’univers de Centuria. Il suffit de voir débarquer Lucas, un ancien mercenaire avec lequel Julian noue une véritable amitié, pour comprendre que ce tome cherche aussi à nous faire respirer avant de nous replonger dans l’horreur.
Car évidemment, le répit ne dure pas. Lacrima, la sœur d’Arkos, vient réclamer vengeance. Son pouvoir lui permet de liquéfier son corps, et son affrontement avec Julian offre de belles séquences de combat. Mais ce que j’apprécie surtout, c’est que cette princesse n’est pas une simple ennemie à éliminer. Derrière sa haine se cachent ses propres blessures, et la confrontation avec Titi va progressivement fissurer ses certitudes. Même dans ce monde où la violence semble être la seule réponse possible, les choses ne sont jamais aussi simples.
J’aime aussi la manière dont l’auteur laisse s’installer une drôle de vie de famille. Les repas partagés, les échanges entre Diana et Lacrima, la présence de Lucas : ces moments presque ordinaires créent un contraste savoureux avec la brutalité ambiante. Ils nous rappellent surtout ce que Julian cherche à protéger. Et c’est précisément parce que je m’attache à cet équilibre fragile que je redoute de le voir voler en éclats.
Mais le véritable coup de poing de ce tome arrive avec les retrouvailles de Julian et de sa mère biologique, celle qui l’a vendu comme esclave. Là, Centuria dépasse le simple récit de dark fantasy. La colère de Julian n’a rien d’abstrait : elle vient de l’enfant abandonné qu’il a été, de cette blessure qui ne s’est jamais refermée malgré les années et les épreuves. J’ai trouvé ce passage particulièrement fort, parce qu’il confronte le héros à une violence intime, autrement plus difficile à combattre qu’un adversaire doté d’un pouvoir monstrueux.
Tohru Kuramori sait décidément jouer avec mes nerfs. Son univers est impitoyable, ses créatures inspirent une véritable répulsion et ses combats ne manquent pas d’impact. Pourtant, ce sont les relations humaines qui donnent à son récit sa force singulière. Je regrette parfois les changements de ton assez brusques, qui font cohabiter la menace permanente, des moments presque légers et des drames d’une noirceur absolue. Mais cette imprévisibilité participe aussi à l’identité du manga.
Avec ce cinquième tome, Centuria ne se contente donc pas d’aligner les affrontements spectaculaires. Il explore ce que la haine fait aux victimes, ce que l’affection peut réparer et ce que certaines blessures laissent derrière elles. Je ressors de cette lecture avec la conviction que le plus terrifiant, dans cette série, n’est pas toujours le surnaturel, mais bien ce que les êtres humains sont capables de faire aux leurs.

Votre avis :
4/5
Ce manga rappelle que le cyclisme ne se résume pas à celui qui franchit la ligne en premier. Dans ce seizième tome, Wataru Watanabe joue justement sur cette opposition entre performance individuelle et force collective, avec une course qui se tend à mesure que les équipes dévoilent leurs véritables intentions.
Chez Sohoku, la situation semblait pourtant mal engagée. Tadokoro, le puissant sprinteur de l’équipe, est victime d’un coup de moins bien et se retrouve distancé. Sakamichi refuse alors de le laisser derrière et se lance dans une remontée aussi improbable que révélatrice de sa personnalité. Ce qui me touche ici, c’est moins l’exploit physique que cette obstination presque désarmante : Sakamichi ne calcule pas, il avance parce qu’il ne peut pas se résoudre à abandonner un coéquipier. Leurs retrouvailles avec le reste du groupe ont une vraie saveur émotionnelle, d’autant que Tadokoro, lui-même éprouvé par cette épreuve, retrouve peu à peu la force de croire en son équipe.
Mais Watanabe ne se contente pas de jouer la carte de l’émotion. À l’avant, le duel entre Hakone et Kyoto Fushimi donne une tout autre couleur à la course. Après la défaite de Shinkai face à Midousuji au sprint, l’équilibre semble basculer. Puis Fukutomi prend une décision qui paraît condamner certains de ses propres équipiers. J’apprécie cette manière de brouiller les pistes : derrière les mots abrupts du capitaine de Hakone se cache une conception du collectif qui s’oppose frontalement au pragmatisme impitoyable de Midousuji. Deux visions du cyclisme, deux façons de gagner, et surtout deux manières de considérer ceux qui pédalent dans son sillage.
C’est là que le tome prend toute sa dimension. La course devient autant une affaire de confiance que de jambes, et les liens forgés à l’entraînement pèsent aussi lourd que les kilomètres avalés. Je trouve néanmoins que l’alternance entre les différentes équipes ralentit parfois l’élan, alors que les retrouvailles de Sohoku auraient mérité davantage de place. Certains développements autour de Hakone et Kyoto Fushimi captent l’attention au détriment de Sakamichi et de ses camarades.
Reste une lecture généreuse, tendue et particulièrement efficace lorsqu’elle oppose les ambitions individuelles à la solidarité. Et le bonus consacré à la genèse de la série apporte un éclairage sympathique sur la naissance du manga et de son héros. Un tome qui ne révolutionne pas la recette, mais qui rappelle pourquoi je prends toujours autant de plaisir à suivre cette bande de cyclistes : ici, gagner ne signifie pas seulement aller plus vite que les autres, mais savoir sur qui l’on peut compter quand la route devient difficile.

Votre avis :
4/5
Quand le chef tombe, les vautours rappliquent...
J'aime quand Crows rappelle que dans le monde des voyous, le plus dur n'est pas forcément de gagner une baston, mais de tenir une bande debout. Et ce tome 8 en est une sacrée illustration !
L'alliance Kurotaki a pris de l'ampleur sous la direction de Bouledogue, mais voilà que la question du bras droit commence à semer le trouble. Qui mérite cette place ? Qui peut prétendre seconder le patron ? Les ambitions personnelles ne tardent pas à pointer le bout de leur nez. Et quand Bull est renversé par un camion, c'est toute l'organisation qui se retrouve fragilisée.
Comme si ça ne suffisait pas, Teru et Keyko débarquent du sud avec une idée bien précise en tête : retrouver les frères Ishii et leur faire payer leurs actes. Leur arrivée met le feu aux poudres. En face, certains membres de Kurotaki se montrent bien plus prompts à provoquer qu'à réfléchir, et la cohésion de la bande commence sérieusement à prendre l'eau.
C'est là que j'aime le regard de Hiroshi Takahashi. Une bande, ce n'est pas juste un rassemblement de types capables de cogner. C'est une question de confiance, de respect et de loyauté. Tant que Bull est là, tout le monde peut se raconter que l'alliance tient la route. Mais dès qu'il disparaît du jeu, les failles deviennent évidentes. Les petits chefs se découvrent des ambitions, tandis que les plus téméraires confondent courage et inconscience.
Et puis il y a Teru et Keyko. Ils ne viennent pas négocier ni demander gentiment leur chemin. Leur détermination donne une autre dimension au récit, avec cette menace qui plane sur Kurotaki et ne demande qu'à exploser. L'affrontement avec les membres de l'alliance tourne rapidement à l'humiliation pour ces derniers. Quant à l'arrivée de Parko, elle apporte un sacré regain d'énergie à cette fin de volume.
Ce que je retiens surtout, c'est cette manière qu'a Takahashi de faire monter la tension sans perdre l'ADN de Crows. Les personnages ont des gueules, du caractère et un orgueil parfois complètement démesuré. Ça fanfaronne, ça se jauge, ça se cherche des noises… jusqu'au moment où il faut assumer.
Un tome qui fait passer l'alliance Kurotaki du statut de bande en pleine ascension à celui de groupe sous pression. Et je suis curieux de voir comment Bouledogue et les siens vont encaisser la suite, parce que les ennuis ne font visiblement que commencer !

Votre avis :
4/5
J’aime les mangas qui ne prennent pas trois tomes pour lancer la machine. Avec Ryukyu Buccaneer, Rainy Kamitsuki et Nau Doi nous plongent dans le Japon du XIXe siècle, du côté de l’archipel des Ryūkyū, avec un héros qui a de bonnes raisons d’en vouloir au monde entier. Muta Hanagusuku appartient à une ancienne famille de samouraïs déchue. Pour nourrir sa mère malade, il vole. Une réalité misérable qui nourrit aussi sa haine envers Satsuma, puissance qui a annexé les îles Ryūkyū.
Mais le récit ne s’enferme pas dans le drame social. Une rumeur de trésor colossal vient rebattre les cartes, puis Muta se retrouve accusé à tort d’un crime qui le dépasse. Le voilà embarqué dans une chasse au trésor où les ambitions se croisent et où les alliances risquent de ne pas durer bien longtemps. Le principe est simple, presque déraisonnable, et c’est justement ce qui me plaît : on sent que les choses peuvent déraper à tout moment.
Muta fonctionne parce qu’il n’a rien du héros lisse et irréprochable. Il est animé par la nécessité, la colère et une volonté farouche de ne pas subir son destin. Sa rencontre avec Suzuki, un samouraï de Satsuma au tempérament déroutant, apporte un contraste intéressant. Entre méfiance et coopération forcée, leur duo a de quoi réserver quelques surprises.
J’apprécie également le cadre historique, qui donne à l’aventure une identité moins interchangeable qu’une simple chasse au butin. La situation des Ryūkyū et les rapports de force entre les personnages apportent une épaisseur bienvenue à cette course à la fortune. Le dessin de Nau Doi, lui, donne au récit l’énergie nécessaire pour faire décoller les affrontements et installer une vraie promesse d’aventure.
Tout n’est pas encore parfaitement équilibré. Le récit avance vite, parfois au détriment de l’approfondissement des personnages et des enjeux politiques qui mériteraient qu’on s’y attarde davantage. Mais pour un premier tome, je préfère cette ambition généreuse à une introduction qui passerait son temps à préparer la suite sans jamais démarrer.
Au final, Ryukyu Buccaneer m’accroche avec son mélange de samouraïs, de trahisons et de chasse au trésor. Muta a tout du personnage cabossé qu’on a envie de voir renverser la table, et le contexte des Ryūkyū apporte une vraie personnalité à l’ensemble. Je suis curieux de voir jusqu’où cette aventure va pousser sa promesse : le trésor n’est peut-être que le début des ennuis.

Votre avis :
4/5
Les héros ont bon dos...
Il y a quelque chose de profondément malsain dans la façon dont Hero Organization fabrique ses héros, et ce troisième tome commence à enfoncer le clou. Kei Saikawa et Akira Takahashi ne se contentent plus de nous envoyer des machines de guerre dans la figure : ils nous montrent surtout ce qui se passe quand un système décide à l’avance de qui mérite d’être glorifié.
Leo Tyler n’a pourtant aucune envie de jouer les héros de service. Alors qu’il poursuit son entraînement à l’académie militaire et cherche toujours un allié parmi ses camarades, Georgy Singh vient lui gâcher sa permission. Direction le port, où un groupe armé hostile à l’organisation mène une opération de sabotage. Leo doit intervenir à bord de son Perseus, mais il comprend parfaitement le petit jeu de son supérieur : le fils de Ryu Tyler, lancé au combat contre les ennemis de l’organisation, voilà une belle histoire à vendre !
Sauf que Leo a d’autres plans. Face aux membres du groupe, d’anciens militaires qui semblent éviter de prendre les civils pour cible, il cherche à entrer en contact avec leur commandant, Bull. Et c’est là que le récit prend une tournure particulièrement intéressante. Derrière les échanges de tirs et les affrontements de méchas, Leo tente de démêler le vrai du faux, quitte à désobéir à ceux qui sont censés lui apprendre à devenir un soldat.
Mais cette tentative de dialogue tourne court : Georgy intervient et fait couler le navire ennemi. Difficile de ne pas voir dans cette décision un terrible rappel de ce que vaut la parole d’un homme lorsqu’elle contrarie les intérêts de son organisation. Bull laisse néanmoins à Leo une piste à suivre, tandis que plusieurs questions restent en suspens, notamment autour du capitaine Sanada.
Le volume ne se résume heureusement pas à cette confrontation. À force de vouloir réussir sa mission et d'obtenir des informations sur les responsables de la mort de son père, Leo s'épuise. Ses difficultés pendant les entraînements, jusqu'à son malaise en plein exercice, donnent un visage plus humain à sa quête. Et la scène avec Millie, qui lui rappelle ce que Ryu représentait réellement pour elle, apporte une émotion bienvenue. Son père a beau avoir été récupéré par la propagande, cela ne signifie pas que tout ce qu'il a accompli était un mensonge.
C'est précisément cette nuance qui me plaît dans la série : un héros peut être instrumentalisé sans que ses actes perdent leur valeur. Encore faut-il parvenir à distinguer l'homme de la légende qu'on a construite autour de lui.
Akira Takahashi assure toujours autant côté dessin. Les AIGIS ont une vraie présence, les affrontements gagnent en ampleur et le Perseus se montre particulièrement convaincant dans la bataille portuaire. L'action est lisible, nerveuse, et les différentes machines ont suffisamment de personnalité pour ne pas se confondre dans le chaos. Mais le meilleur reste finalement dans les regards, les silences et cette tension permanente entre ce que Leo doit montrer et ce qu'il pense réellement.
Quelques passages à l'académie ralentissent toutefois la progression, et certaines intrigues avancent encore à petits pas. L'arrivée de Proudman, le vice-directeur au sourire inquiétant, ajoute néanmoins une nouvelle couche de méfiance, tandis que les difficultés de Leo rendent son enquête plus risquée qu'elle ne l'était jusque-là.
Au bout du compte, ce troisième tome confirme que Hero Organization a davantage à raconter qu'une simple histoire de robots géants. La véritable menace ne vient pas forcément de ceux que l'on désigne comme ennemis, mais de ceux qui ont le pouvoir de décider ce que le monde doit croire. Et quand Leo commence à comprendre les règles de ce jeu, il devient justement beaucoup plus dangereux pour ceux qui les ont écrites.
Un tome plus musclé, plus tendu, qui développe intelligemment son héros sans sacrifier le spectacle. La suite devra maintenant transformer toutes ces pistes en révélations concrètes, mais je reste franchement curieux de découvrir jusqu'où cette organisation est prête à aller pour protéger sa légende.

Votre avis :
5/5
Les failles du réel, les failles de l’adolescence...
J’adore quand un manga part d’une idée complètement absurde et décide de la pousser jusqu’au bout. Avec Bug Ego, ONE et Kiyoto Shitara m’ont immédiatement embarqué dans un drôle de trip, entre comédie adolescente, fantastique et malaise diffus.
Tout commence avec Makoto Hitsujiya, un lycéen serviable qui multiplie les astuces pratiques, et Takehiro Kokudō, un garçon solitaire qui va lui faire découvrir un autre genre de combines. Ici, on ne parle plus de réussir ses devoirs à la dernière minute ou de se sortir d’une situation embarrassante au lycée, mais de véritables failles dans les règles du monde.
Le plus dingue, c’est que ces fameux bugs obéissent à des conditions bien précises. Il suffit parfois d’un détail, d’un lieu ou d’un moment particulier pour provoquer un phénomène impossible. Et là, je me suis surpris à vouloir connaître la prochaine astuce, tout en me demandant jusqu’où les deux garçons allaient pousser leurs expérimentations.
C’est précisément ce mélange qui fait mouche. ONE ne cherche pas à rendre son concept artificiellement grandiose : il part de situations presque dérisoires et les transforme en quelque chose d’imprévisible. L’idée du retour dans le temps, notamment, donne une autre dimension à ces petits jeux avec la réalité.
Mais Bug Ego ne se résume pas à son concept. Ce qui m’intéresse surtout, c’est la relation entre Hitsujiya et Kokudō. Derrière leurs échanges parfois franchement idiots se dessine une complicité naissante, avec deux adolescents qui ne semblent pas avoir tout à fait la même manière d’habiter le monde. L’un est tourné vers les autres, l’autre paraît enfermé dans sa bulle. Leurs combines deviennent un terrain de rencontre inattendu.
Et puis il y a cette fameuse séquence du carnet de Hitsujiya, où l’on découvre une facette de lui nettement moins glorieuse. J’ai trouvé ce passage particulièrement savoureux : le manga n’épargne pas le ridicule de ses personnages, et c’est justement ce qui les rend humains. Ici, l’adolescence n’est pas systématiquement filmée comme une période héroïque. Elle peut aussi être profondément gênante.
Le dessin de Kiyoto Shitara participe énormément à cette réussite. Son trait relativement réaliste donne du poids aux décors et aux situations, tandis que les ruptures comiques viennent parfois dynamiter les expressions des personnages. Ce contraste me plaît beaucoup : on passe d’une atmosphère presque inquiétante à un gag totalement débridé sans que le manga perde son identité.
Tout n’est pas forcément limpide, et certaines situations flirtent avec le n’importe quoi. Mais je préfère largement cette imprévisibilité à un récit qui expliquerait chaque rouage avant même de nous laisser nous amuser. Sous ses airs de jeu potache, Bug Ego installe aussi une petite inquiétude : si l’on peut réellement contourner les règles du monde, qu’est-ce qui empêche d’aller trop loin ?
Ce premier tome me donne surtout envie de voir jusqu’où ONE peut emmener cette idée et comment cette drôle d’amitié va évoluer. C’est inventif, souvent hilarant, parfois dérangeant, et suffisamment imprévisible pour me donner envie de replonger dans cet univers.
Une entrée en matière sacrément singulière, qui transforme les combines de lycéens en laboratoire de l’impossible. Je suis curieux de voir quelles limites ces deux-là vont finir par franchir.

Votre avis :
3/5
Le sourire de trop ? Je dois bien l’admettre : Smile! me fascine autant qu’il me perd. Plus Hattori Mitei dévoile les rouages de son inquiétante Église du Sourire éternel, plus j’ai parfois l’impression de devoir reconstituer moi-même le puzzle. Et ce huitième tome ne simplifie pas vraiment les choses.
Megumi est désormais l’épouse de Shōkō, figure centrale du culte. Derrière cette situation déjà glaçante, je sens surtout une mécanique qui la dépasse largement. Était-elle destinée à occuper cette place depuis le début ? Les manipulations se précisent, mais chaque réponse semble ouvrir une nouvelle porte sur quelque chose de plus trouble.
En parallèle, Uozumi poursuit son combat contre l’organisation et se rapproche d’Aiko Sugawara, épouse d’un haut responsable de la police et membre de la secte. Sa confrontation avec sa propre mère biologique apporte une dimension plus intime à cette intrigue tentaculaire. J’apprécie ces moments où la violence du récit ne repose plus seulement sur les agissements du culte, mais aussi sur les blessures personnelles de ceux qui tentent de lui résister.
Et puis il y a Yûta. L’enlèvement de l’héritier fait basculer les ambitions de l’Église dans une nouvelle dimension, révélant des intentions toujours plus sinistres. Le titre n’a jamais aussi bien porté son nom : derrière ces visages souriants, je ne vois plus qu’une façade destinée à masquer la monstruosité des actes.
C’est précisément là que la série me met dans une position inconfortable. Son atmosphère fonctionne, les révélations entretiennent la méfiance et certaines situations ont quelque chose de profondément malsain. Pourtant, je ne suis pas toujours certain de saisir toutes les ramifications au moment où elles apparaissent. Les personnages s’accumulent, les liens se compliquent et les manipulations s’emboîtent parfois au point de brouiller la lecture. Je peux être intrigué sans être pleinement convaincu.
J’ai aussi besoin de m’attacher davantage aux individus derrière cette vaste machination. À force de vouloir me surprendre, le récit risque parfois de privilégier l’effet de révélation au détriment de la lisibilité et de l’émotion. Tout n’est pas à jeter, loin de là, mais je ressens une vraie différence entre l’envie de connaître la suite et le plaisir de comprendre ce que je lis.
Reste cette idée terrifiante d’une communauté où l’amour, la famille et le bonheur deviennent des instruments de domination. C’est sans doute ce que Smile! a de plus dérangeant : le mal ne se présente jamais comme tel, il vous accueille avec le sourire.
Au terme de ce huitième volume, je demeure donc partagé. Hattori Mitei sait entretenir un climat de suspicion et faire monter la menace autour de Yûta, mais son intrigue gagnerait parfois à respirer, à clarifier ses enjeux et à laisser davantage de place à ses personnages. Je suis curieux de connaître le dénouement de cette histoire, sans pouvoir prétendre que chaque étape me convainc. Un thriller qui conserve son pouvoir de fascination, mais dont la complexité finit aussi par devenir un obstacle.

Votre avis :
4/5
Avec ce tome 23, Sakamoto Days change de dimension et je dois reconnaître que cette évolution me plaît autant qu’elle m’intrigue.
Le passé de Shin occupe le devant de la scène, avec des retrouvailles paternelles qui ont tout d’un rendez-vous manqué.
Face à son père, le jeune garçon encaisse des paroles d’une cruauté glaçante, sans comprendre immédiatement ce qui se dissimule derrière ce rejet.
J’aime cette façon qu’a Yuto Suzuki de jouer avec les apparences et de nous faire reconsidérer un personnage à mesure que les pièces du puzzle s’assemblent.
Car derrière la brutalité, il y a ici une histoire de filiation, de regrets et d’amour incapable de s’exprimer autrement que dans la douleur.
Et lorsque le danger éclate, les actes prennent une importance que les mots ne pourront jamais égaler.
En parallèle, Sakamoto doit trouver une solution pour empêcher l’explosion d’un paquebot : le compte à rebours est lancé, et l’imagination du bonhomme fait encore des merveilles.
C’est précisément dans ces situations impossibles que je retrouve ce qui me plaît tant dans la série : une inventivité débridée, un sens du mouvement exceptionnel et cette capacité à rendre spectaculaire la moindre confrontation.
Suzuki ne cherche pas à faire dans la demi-mesure, et je ne vais certainement pas lui reprocher !
Mais ce volume ne se contente pas de refermer une parenthèse émotionnelle.
Le récit revient au présent et prépare une rupture autrement plus inquiétante : l’apparition d’une Nouvelle Association des tueurs.
Les rapports de force se recomposent, les alliances deviennent suspectes et ce qui ressemblait encore à une lutte entre individus menace désormais de faire vaciller tout un système.
J’apprécie cette ambition, même si je reste curieux de voir jusqu’où l’auteur compte pousser cette nouvelle orientation.
Car élargir son univers est une chose ; parvenir à lui conserver toute sa cohérence en est une autre.
Heureusement, Sakamoto Days possède un atout majeur : des personnages dont les trajectoires personnelles donnent du relief à ses affrontements.
Shin en est la meilleure illustration dans ce tome, où son passé éclaire autrement celui qu’il est devenu.
J’y vois aussi une manière de rappeler que les liens qui nous construisent ne sont pas nécessairement ceux du sang, mais parfois ceux que l’on choisit.
Et c’est sans doute ce qui rend certains passages plus touchants qu’ils n’en ont l’air.
Pour autant, je ne suis pas du genre à oublier ce qui fait la force première du manga : son énergie visuelle et son sens de la mise en scène.
Sur ce terrain, Suzuki continue de démontrer une maîtrise redoutable, capable de faire cohabiter émotion, tension et démesure.
Le tome avance ainsi entre révélations intimes et bouleversements collectifs, sans jamais perdre complètement son ADN explosif.
J’en ressors avec la sensation que l’histoire s’apprête à franchir un cap, quitte à prendre des risques dans sa construction.
Tout n’est pas encore joué, mais les pièces se mettent en place et les conséquences promettent d’être considérables.
Un volume charnière, plus important par ce qu’il prépare que par ses seules démonstrations de force, et qui me donne clairement envie de découvrir la suite.

Votre avis :
4/5
Après le choc du premier tome, je me demandais franchement où Takuya Okada pouvait encore emmener Animal Human.
La réponse est assez simple : beaucoup plus loin que je ne l’imaginais.
Ce deuxième volume commence par une séquence au restaurant An Pachetta qui m’a immédiatement remis dans l’ambiance.
Des clients fortunés viennent déguster de l’Animal Human comme nous commanderions un plat d’exception.
Le problème, c’est que la nourriture est encore vivante.
Et Okada prend un malin plaisir à nous laisser regarder ce que nous préférerions ne pas voir.
Mais ce que j’ai surtout apprécié, c’est que le manga ne se contente pas de reproduire le dispositif du premier tome.
Avec Takanagi, excellent chef prêt à tout pour atteindre les sommets, le propos devient encore plus dérangeant.
Il accepte de sacrifier ses propres collaborateurs pour préparer un repas exceptionnel destiné à des invités de très haut rang.
Puis la situation lui échappe complètement lorsque son propre fils devient à son tour une pièce du menu.
C’est là que je retrouve ce qui me plaît dans Animal Human : cette façon de prendre une situation perfectly absurde et de la rendre terriblement logique dans son propre univers.
Personne ne semble vraiment choqué par ce qui se passe.
La hiérarchie, le prestige, l’argent et la survie ont simplement remplacé toute forme de morale.
Et pourtant, je trouve ce tome plus inégal que le précédent.
Le miroir entre humains et animaux perd parfois de sa puissance lorsque chacun devient simplement prédateur ou proie.
L’idée est toujours aussi malsaine, mais elle me touche moins lorsqu’elle devient uniquement une mécanique de violence.
Heureusement, la seconde moitié relance complètement mon intérêt avec Chika.
Après tout ce qu’elle a subi, la retrouver sous la forme d’un petit agneau est presque plus perturbant que les scènes de massacre.
Elle n’est plus vraiment la petite fille du premier tome, mais quelque chose de nouveau est en train de naître autour d’elle.
Son pouvoir de régénération ajoute surtout une nouvelle dimension à l’histoire.
Chika n’est plus seulement une victime : elle devient potentiellement une ressource que ce monde pourrait chercher à exploiter.
J’ai aussi aimé le changement d’échelle avec Murph et cette cellule familiale complètement tordue autour d’Ophélia.
On quitte progressivement la ferme pour découvrir que cette société cauchemardesque est beaucoup plus vaste que je ne le pensais.
Et la dernière partie, avec Chika confrontée à cette créature enfermée sous terre, laisse une impression franchement poisseuse.
Ce n’est plus seulement « qui va manger qui ? ».
Je commence à me demander ce que sont réellement les Animal Human et jusqu’où peut aller leur monstruosité.
Je ressors donc de ce tome 2 avec un sentiment partagé.
Moins percutant que le premier sur le plan du choc pur, mais beaucoup plus ambitieux dans ce qu’il cherche à installer.
J’ai parfois trouvé l’horreur un peu gratuite, mais les révélations autour de Chika m’ont clairement donné envie de poursuivre.
Animal Human n’est plus seulement une inversion de la chaîne alimentaire.
Et c’est précisément maintenant que je commence à avoir envie de savoir où Okada veut nous emmener.

Votre avis :
4/5
Je dois avouer que je me suis demandé ce que j’allais réellement trouver dans The Art of Junji Ito Collection. Un énième livre consacré à Junji Ito ? Pas vraiment. Et c’est justement là que l’ouvrage devient intéressant.
Ici, on ne célèbre pas seulement le trait du maître de l’horreur : on observe ce qu’il devient lorsqu’il passe de la page à l’écran.
Et ça change beaucoup de choses.
Retrouver Soïchi, Tomie, Fuchi, le Beau Garçon du carrefour ou Yuko permet évidemment de replonger dans cet univers si particulier. Mais ce que j’ai surtout aimé, ce sont les recherches graphiques et les storyboards qui montrent les hésitations, les choix et les adaptations nécessaires pour faire bouger un univers qui fonctionne d’abord par l’immobilité.
Prenez Soïchi : sur le papier, son visage et ses attitudes suffisent déjà à installer quelque chose de deeply malsain et ridicule à la fois. En animation, il faut lui donner un rythme, une gestuelle, une voix. Le livre permet de mesurer ce travail.
Même constat avec Fuchi dans « Fashion Model », où la silhouette doit conserver cette étrangeté presque irréelle tout en devenant un personnage animé.
Et puis il y a « Long Dream », « La Femme limace », « Le Pont » ou encore « Glyceride ». Des histoires très différentes, mais qui reposent toutes sur une idée essentielle chez Ito : rendre l’anormal presque banal avant de faire basculer la scène dans l’inconfort.
C’est précisément là que les documents de fabrication prennent leur valeur.
Je me suis surpris à regarder certains dessins beaucoup plus longtemps que prévu, en essayant de comprendre comment une expression, une posture ou un cadrage pouvaient conserver cette gêne si caractéristique d’Ito.
Le travail de Shinobu Tagashira m’intéresse particulièrement. On sent qu’il ne s’agissait pas simplement de recopier les personnages du manga. Son attachement à l’œuvre est ancien et son approche cherche constantly à préserver l’identité graphique d’Ito tout en l’adaptant aux contraintes de l’animation.
Tout n’est évidemment pas passionnant au même niveau. Certains documents relèvent davantage de l’archive que de la révélation, et j’aurais parfois aimé davantage d’explications techniques sur certains choix.
Mais ce défaut devient presque secondaire devant la richesse visuelle de l’ensemble.
Ce que je retiens surtout, c’est cette confrontation entre deux façons de raconter l’horreur : celle, millimétrée, du manga de Junji Ito, et celle, forcément plus mouvante, de l’animation.
Et finalement, ce livre m’a donné envie de revoir la série avec un autre regard.
Pas forcément pour ses qualités d’adaptation prises isolément, mais pour observer ce qui a été conservé, transformé ou sacrifié en chemin.
Pour moi, c’est là que The Art of Junji Ito Collection trouve sa vraie raison d’être.
Un très bel ouvrage pour les amoureux d’Ito, oui.
Mais surtout un livre qui permet de regarder autrement une œuvre que je pensais pourtant déjà connaître.

Votre avis :
5/5
Avec ce troisième tome de Basara, je commence vraiment à mesurer l’ampleur de la machine imaginée par Yumi Tamura.
J’avais déjà accroché à Sarasa, mais je la vois ici franchir un nouveau cap.
Elle ne se contente plus de survivre : elle apprend à entraîner les autres derrière elle.
Et j’aime énormément cette idée que le nom de Tatara compte de moins en moins face à ce qu’elle accomplit réellement.
Son passage par Sakurajima est particulièrement marquant, avec cette terre qui se dérobe et cette impression permanente que tout peut basculer.
L’arrivée d’Hayato apporte aussi quelque chose de très humain à cette aventure démesurée.
J’aime son courage, mais surtout ses doutes : il n’est pas encore un héros sûr de lui, et c’est précisément ce qui le rend attachant.
Puis il y a Chacha.
Et là, franchement, je suis conquis.
Cette femme possède une présence folle et Tamura n’a besoin que de quelques scènes pour lui donner une vraie personnalité.
Ce que j’aime dans Basara, c’est cette capacité à faire entrer un personnage secondaire et à lui donner immédiatement l’impression d’avoir une histoire derrière lui.
Mais le tome devient surtout beaucoup plus sombre lorsque Shidô entre véritablement dans l’équation.
L’affrontement avec lui rappelle brutalement que derrière l’aventure et les retrouvailles, Basara parle bien de guerre.
La mort n’est jamais simplement un ressort spectaculaire : elle laisse des traces chez ceux qui restent.
Et c’est probablement ce qui me touche le plus dans ce passage.
Sarasa gagne, mais elle ne sort pas indemne de ce qu’elle vient de vivre.
Tamura refuse de transformer son héroïne en machine de guerre invincible, et je trouve ça essentiel.
Même ses victoires ont un goût amer.
Pendant ce temps, Shuri avance lui aussi vers le Kantô, avec ses propres raisons de vouloir faire tomber le Roi Bleu.
J’adore évidemment les moments où le hasard rapproche encore Sarasa et Shuri sans qu’aucun des deux ne sache réellement qui est l’autre.
Leur relation devient presque plus forte à chaque fois qu’ils se quittent.
Et c’est là que Basara me piège : je connais le danger, je vois les fils se tendre, mais j’ai quand même envie de croire que ces deux-là peuvent avoir droit à quelques instants de répit.
Évidemment, Tamura n’est pas là pour me faire ce cadeau.
Le passage de Sakurajima au Kantô donne d’ailleurs au récit une nouvelle impulsion et ouvre un conflit encore plus vaste.
Avec le Roi Bleu qui se profile, l’histoire change progressivement d’échelle.
Je sens que Sarasa ne pourra bientôt plus seulement courir après les quatre sabres : elle va devoir comprendre ce qu’elle veut réellement construire.
Et c’est précisément pour cette raison que je ressors de ce tome avec l’envie immédiate de poursuivre.
Basara continue de me surprendre par son mélange de souffle épique, de romance et de violence.
Plus j’avance, plus je comprends pourquoi cette série a une telle réputation.
Et ce troisième tome confirme surtout une chose : je suis définitivement embarqué.

Votre avis :
4/5
J’avais été assez sévère avec le tome 15, alors je suis plutôt content de le dire : j’ai davantage apprécié ce seizième volume.
Pas au point de lever toutes mes réserves, loin de là, mais j’ai retrouvé ici un peu plus de ce qui m’avait accroché au début.
L’intrigue avance enfin sur plusieurs fronts, avec cette recherche du Choker Maker qui conduit Rudo et les autres jusqu’au Doll Festival.
Et forcément, l’arrivée de Too Lily apporte quelque chose de très particulier à cette séquence.
J’aime beaucoup la manière dont Gachiakuta transforme ce festival en terrain de jeu aussi coloré que franchement inquiétant.
Derrière les costumes, le spectacle et l’excentricité, le manga continue surtout à empiler ses mystères.
Le problème, c’est que j’ai encore parfois l’impression de devoir courir derrière lui pour comprendre où il veut m’emmener.
L’histoire de Rudo et des Shurbreck prend de l’importance, notamment avec le lien révélé autour des Watchmen Series.
Sur le papier, c’est intrigant.
À la lecture, je reste malgré tout avec pas mal de questions et surtout une sensation de confusion qui ne me quitte pas.
Je comprends l’ambition de construire progressivement un univers immense, mais j’aimerais parfois que Gachiakuta me laisse respirer deux secondes.
En revanche, j’ai nettement plus accroché à la partie consacrée à la mission contre les Hanjū.
Rudo y prend davantage sa place, et le fait qu’il obtienne quelque chose de plus précieux qu’une simple victoire m’a davantage touché.
C’est aussi là que je retrouve le Rudo que j’aime : impulsif, imparfait, mais réellement en train de grandir.
Puis le Doll Festival reprend ses droits et le manga bascule progressivement vers quelque chose de beaucoup plus inquiétant.
Too Lily fonctionne particulièrement bien dans cette montée de tension.
Et Mymo finit par donner au volume une vraie décharge électrique avec son pouvoir de contrôle.
L’idée d’utiliser le sang, les chokers et leur fabrication pour prendre possession des autres est franchement malsaine.
J’ai aimé cette manière de transformer un objet déjà mystérieux en véritable instrument de domination.
Visuellement, par contre, je ne peux toujours pas reprocher grand-chose à Kei Urana : c’est nerveux, fouillé, reconnaissable entre mille.
Certaines planches ont une énergie que beaucoup de séries d’action pourraient lui envier.
Mais cette virtuosité graphique ne suffit pas toujours à dissiper le brouillard de l’intrigue.
Je termine donc ce tome 16 avec davantage d’envie de poursuivre qu’après le précédent, ce qui est déjà une bonne nouvelle.
Gachiakuta me plaît toujours, mais j’attends désormais qu’il transforme enfin toutes ses idées en une histoire aussi limpide que spectaculaire.

Votre avis :
5/5
J’avoue avoir débuté ce tome 2 de Suicide Red avec une certaine fébrilité.
Je crois beaucoup en Harimaru et j’ai vraiment envie que sa première œuvre soit un succès.
Mais je veux aussi rester honnête avec moi-même : si je n’aime pas, je me le dirai.
Et bonne nouvelle : j’ai aimé ce second opus. Vraiment.
J’y ai même trouvé quelque chose de plus personnel que dans le premier tome.
Madoka reste cette tête brûlée que j’aime suivre, toujours prête à foncer avant de réfléchir.
Mais cette fois, son impulsivité prend une dimension différente parce que sa quête devient beaucoup plus concrète.
Le grand-père n’est plus seulement une motivation lointaine qui sert à justifier son envie d’entrer dans la Zone Rouge.
Harimaru commence à faire peser cette histoire sur Madoka de manière beaucoup plus brutale.
Et certaines images autour de cette découverte m’ont franchement marqué.
J’ai notamment aimé la façon dont le récit joue avec ce que Madoka croit retrouver… et ce qu’elle est réellement prête à affronter.
Kid, de son côté, fonctionne toujours aussi bien à mes yeux.
Le duo apporte ce mélange d’action, d’humour et d’étrangeté qui fait le charme de Suicide Red.
Mais ce que je retiens surtout de ce tome, c’est son univers qui commence enfin à respirer davantage.
La forêt souterraine, les créatures et cette impression de descendre toujours plus profondément donnent au monde une vraie identité.
Je reste particulièrement sensible au bestiaire d’Harimaru, qui peut passer du grotesque au franchement inquiétant en quelques pages.
Et puis il y a cette capacité à envoyer une scène d’action sans transformer mes yeux en boule de flipper.
Tout va vite, mais je comprends ce qui se passe. Et ça, je l’apprécie énormément.
Le dessin est spectaculaire, mais Harimaru ne semble jamais oublier qu’un combat doit aussi raconter quelque chose.
J’ai également apprécié le changement de ton de la fin, avec ce retour à un quotidien presque banal après les événements souterrains.
C’est suffisamment décalé pour me faire sourire, mais surtout suffisamment étrange pour me faire comprendre que la catastrophe n’a pas fini de produire ses conséquences.
Je sens surtout qu’Harimaru commence à trouver le véritable ton de son manga.
Le premier tome m’avait amusé et intrigué ; celui-ci commence à me convaincre.
Suicide Red n’est peut-être pas encore le shōnen qui révolutionnera le genre, mais il devient clairement celui que j’ai envie de continuer à suivre.
Et maintenant, je veux voir jusqu’où Harimaru compte pousser Madoka… parce que je commence sérieusement à m’attacher à cette casse-cou.

Votre avis :
5/5
Je pensais avoir déjà tout vu avec The Bugle Call, mais ce onzième tome vient sérieusement bousculer mes certitudes. En entraînant Luka et ses compagnons dans le village des Futuriens, Mozuku Sora nous emmène sur un terrain aussi fascinant qu'inquiétant.
Dès les premières pages, je me suis laissé intriguer par cet endroit aux infrastructures étranges et à l'atmosphère franchement dérangeante. Ces habitants qui semblent vivre en spectateurs des aventures de la brigade d'élite ont quelque chose de profondément malsain. Et plus le récit avance, plus je sens que quelque chose cloche.
Mais c'est la découverte de cette femme donnant naissance à d'abominables créatures végétales qui fait basculer le volume dans une tout autre dimension. L'horreur surgit sans prévenir et soulève des questions vertigineuses sur l'origine des branchus. J'adore cette manière qu'a la série de faire évoluer son univers en prenant des chemins aussi imprévisibles.
Ce qui me plaît particulièrement ici, c'est cette capacité à renouveler constamment la menace. On quitte les affrontements militaires pour explorer une horreur presque organique, sans jamais perdre de vue les enjeux de la guerre. Le scénario joue habilement avec notre curiosité et distille ses révélations sans éventer trop vite ses mystères.
Visuellement, Higoro Toumori se régale. Son trait nerveux, ses compositions et surtout sa représentation des créatures donnent à certaines séquences une véritable puissance cauchemardesque. Je trouve que le dessin participe pleinement à cette sensation d'étrangeté qui imprègne tout le volume.
Et derrière cette plongée dans l'horreur, Luka reste un personnage qui m'intéresse justement parce qu'il n'a rien d'un héros conventionnel. Son rapport au monde et à la musique apporte une singularité bienvenue à cette dark fantasy décidément pas comme les autres.
Avec ce onzième tome, The Bugle Call prouve une nouvelle fois qu'il ne se contente pas d'aligner les batailles spectaculaires. Il sait aussi surprendre, déranger et enrichir son univers de façon audacieuse. Je ressors de cette lecture avec une foule de questions et une seule véritable certitude : le T 12 vite !!!

Votre avis :
4/5
Avec ce troisième tome, COSMOS commence clairement à changer de dimension.
Jusqu’ici, j’aimais surtout cette façon qu’a Tamura de faire cohabiter l’étrange et le quotidien sans jamais forcer le trait.
Mais ici, quelque chose se fissure.
L’arrivée de Kurogane Soprano apporte d’abord une sacrée bouffée d’air frais.
Une enquêtrice façon gyaru, ultra-décontractée en apparence, mais redoutablement compétente.
Et surtout un personnage qui ne sert pas simplement à faire joli dans le casting.
Son ouïe hors norme devient un véritable outil d’enquête, mais c’est sa personnalité qui m’a vraiment accroché.
J’aime beaucoup la manière dont Tamura construit ses personnages par petites touches, sans leur coller immédiatement une étiquette.
Le passage avec la sœur de Kaede fonctionne dans le même esprit.
Un moment beaucoup plus quotidien, presque anodin, mais qui donne encore un peu plus d’épaisseur à notre héros.
Et puis le manga commence à laisser tomber quelques barrières.
L’apparition de STARS, la présence de Shinonome et surtout cette menace qui gravite autour du mystérieux homme à la flûte donnent au récit une ampleur nouvelle.
COSMOS n’est plus seulement une succession d’histoires étranges autour d’une compagnie d’assurance pour extraterrestres.
Une intrigue de fond commence à se dessiner.
Et forcément, ça m’intéresse.
J’ai néanmoins une petite crainte : ne pas perdre ce qui faisait justement le charme des premiers tomes.
Car plus l’univers s’élargit, plus le risque de basculer vers le manga d’action classique existe.
Tamura reste heureusement très à l’aise lorsqu’il revient au quotidien.
C’est même là que COSMOS me paraît le plus singulier.
Un extraterrestre, une assurance, une enquête, une lycéenne en uniforme… et soudain une situation qui devient étonnamment humaine.
C’est ce mélange improbable qui fait encore la différence.
Le dernier arc autour du joueur de flûte leaves volontairement beaucoup de questions en suspens.
Et cette fois, ce n’est pas frustrant : j’ai réellement envie de voir où Tamura veut nous emmener.
COSMOS prend donc un peu plus de risques avec ce troisième tome.
Et pour l’instant, je signe.

Votre avis :
5/5
Avec ce neuvième tome, THE ORIGIN entre dans une zone où le spectaculaire devient presque secondaire.
Et c’est précisément là qu’Yasuhiko est le plus redoutable.
Le passage par Side-6 pourrait n’être qu’une parenthèse avant la prochaine bataille : il devient au contraire un formidable théâtre de retrouvailles et de blessures intimes.
Amuro retrouve un père qu’il aurait peut-être préféré continuer à idéaliser.
Tem Ray n’est plus vraiment l’homme qu’il a connu, et cette rencontre laisse derrière elle une amertume autrement plus forte qu’un simple drame familial.
Puis vient Lalah.
Sa première apparition possède quelque chose d’irréel, presque suspendu, qui tranche avec la brutalité habituelle de la guerre.
Yasuhiko ne cherche pas à en faire immédiatement une icône : il laisse planer le mystère autour de cette jeune femme dont la sensibilité semble déjà dépasser celle des autres.
Et lorsqu’Amuro la rencontre, quelque chose passe entre eux avant même que les mots aient véritablement leur place.
Le plus fascinant reste pourtant la manière dont Char observe cette évolution.
Pour une fois, il n’est pas seulement le rival flamboyant d’Amuro : il devient celui qui comprend avant les autres ce qui est en train de naître chez son adversaire.
La rencontre entre les deux hommes, hors du champ de bataille, possède d’ailleurs une tension assez incroyable.
Pas besoin de Zaku ni de Gundam : quelques regards suffisent.
Le tome élargit ensuite son jeu avec Texas, où le passé de Char et Sayla revient brutalement contaminer le présent.
Leur confrontation est bien plus rugueuse que dans la série animée et donne à leur relation une violence presque familiale.
C’est là que THE ORIGIN montre toute sa différence : Yasuhiko ne se contente pas de raconter ce que les personnages font, il cherche à montrer ce que leurs décisions leur ont coûté.
Même les affrontements avec les Mobile Suits prennent une autre dimension, notamment lorsque les capacités d’Amuro commencent à dépasser les possibilités du Gundam.
La menace n’est donc plus seulement extérieure : elle vient aussi du décalage grandissant entre l’homme et sa machine.
Et derrière tout cela se dessine évidemment la question des Newtypes.
Mais Yasuhiko évite encore d’en faire une simple mécanique de scénario.
Le phénomène reste étrange, presque inquiétant, parce qu’il semble rapprocher certains personnages tout en les condamnant à ne plus pouvoir communiquer comme avant.
Lalah donne son titre au volume, mais ce tome est surtout celui où Amuro et Char commencent véritablement à se comprendre.
Ou plutôt à comprendre qu’ils ne pourront jamais se comprendre complètement.
C’est cette ambiguïté qui rend le volume aussi passionnant.
THE ORIGIN n'est plus seulement une relecture de Gundam : c’est désormais une tragédie humaine qui utilise la guerre comme révélateur.
Et franchement, à ce stade, difficile de décrocher.

Votre avis :
3/5
Gachiakuta a toujours eu pour lui une énergie visuelle assez folle, mais ce quinzième tome commence sérieusement à me perdre.
Après les révélations autour de Rudo, des Shuabreck et des mystérieux objets capables de relier le Ciel et le Bas-Monde, j’attendais que l’intrigue passe enfin à la vitesse supérieure.
Raté.
Le tome s’attarde essentiellement sur l’affrontement entre Rudo et Follo, alors que leur opposition paraît finalement plus artificielle que réellement passionnante.
Follo prend certes une place centrale, et son évolution est plutôt bien amenée, notamment dans cette manière qu’il a de se sous-estimer tout en voulant protéger les autres.
Mais est-ce suffisant pour porter tout un volume ?
Pas vraiment.
La confrontation avec la bête tachetée offre quelques belles séquences, surtout lorsque Follo finit par prendre ses responsabilités et que son pouvoir évolue.
Visuellement, c’est évidemment spectaculaire : Kei Urana continue de lâcher des planches qui claquent.
Mais derrière cette virtuosité, j’ai de plus en plus de mal à discerner la direction générale du récit.
Les révélations s’empilent, les personnages apparaissent, les pouvoirs se précisent, les mystères s’épaississent… et pourtant, j’ai la sensation que l’histoire piétine.
Même l’arrivée d’Amo chez les Nettoyeurs, qui devrait constituer un véritable tournant, ne parvient pas complètement à réveiller l’ensemble.
Elle apporte une dynamique sympathique au groupe, mais ressemble surtout à une nouvelle pièce ajoutée sur un échiquier déjà bien chargé.
Et c’est probablement ce qui me gêne le plus dans ce tome : Gachiakuta semble avoir beaucoup de choses à raconter sans parvenir à me donner envie de savoir immédiatement lesquelles.
Le manga possède pourtant un univers singulier, une identité graphique reconnaissable entre mille et quelques personnages qui gagnent progressivement en épaisseur.
Mais l’intrigue, elle, commence à manquer cruellement de nerf.
Je comprends que le tome cherche à développer Follo et à préparer la suite avec le Doll Festival.
Je comprends aussi que certains mystères autour de Rudo doivent prendre leur temps.
Mais entre comprendre une construction patiente et ressentir une impression de flottement, la frontière devient ténue.
Et ici, je me suis ennuyé.
Ce qui est assez problématique pour un manga qui repose autant sur son explosivité.
Gachiakuta reste donc impressionnant à regarder, mais ce tome 15 me laisse surtout avec une question : où veut-il réellement nous emmener ?
J’espère que le prochain volume saura enfin transformer toutes ces pistes en véritable trajectoire.

Votre avis :
4/5
Après un premier tome qui ressemblait presque à un immense prologue, Magus of the Library passe enfin à la vitesse supérieure.
Sept années ont passé et Sio quitte Amun avec un objectif qui paraît aussi simple qu’immense : devenir kahuna.
Mais surtout, il part avec cette idée presque obsessionnelle de rejoindre Aftzack, la cité des livres, et de rendre à Sedona l’ouvrage qu’il lui doit.
Et c’est précisément là que j’aime cette série : le voyage n’est jamais un simple trajet entre deux points.
Chaque étape ouvre une fenêtre sur ce monde extraordinairement construit.
À Hamsé, la rencontre avec Chaku et son futur mariage avec un membre du peuple lakota esquissent déjà les tensions entre peuples et les préjugés qui traversent cet univers.
Puis Itzamna, ses librairies et sa rencontre explosive avec Mihona donnent au récit une énergie plus légère.
Mihona est un vrai numéro : brillante, imprévisible, théâtrale, et suffisamment maladroite pour rendre chacune de ses apparitions réjouissante.
À Espleo, l’arrivée d’Alf change encore la dynamique.
Petit, rusé et beaucoup plus observateur qu’il n’en a l’air, il constitue immédiatement un contrepoids idéal à Sio.
Et puis il y a Uira, cette étrange petite créature blanche aux yeux rouges que Sio sauve, dont la présence paraît beaucoup moins anodine qu’elle n’en a l’air.
J’aime surtout la manière dont Izumi Mitsu utilise ces rencontres pour faire grandir Sio sans jamais donner l’impression qu'il devient soudainement un héros accompli.
Il a travaillé, étudié, encaissé les humiliations et appris à se défendre.
Le garçon du premier tome existe toujours, mais quelque chose s’est durci dans son regard.
Puis Aftzack apparaît enfin.
Et là, le manga change de dimension.
L’examen des kahunas commence avec cette fameuse épreuve écrite de trois jours, véritable cauchemar destiné à éprouver autant l’endurance que les connaissances.
Le passage fonctionne parce que l’auteur transforme quelque chose d’a priori aussi peu spectaculaire qu’un examen en véritable épreuve d’aventure.
Sio lutte contre la fatigue, le doute et le temps, tandis que ses souvenirs reviennent se mêler au présent.
Et lorsqu’il faut enfin puiser au fond de lui, la mise en scène devient franchement magnifique.
Ce tome 2 confirme surtout que Magus of the Library n’est pas simplement un manga sur les livres.
C’est un récit sur ce que le savoir peut provoquer chez quelqu’un à qui l’on a longtemps expliqué qu’il n’avait pas sa place.
Et cette idée, ici, ne reste jamais au stade du discours : elle avance, voyage et prend forme avec Sio.
Un deuxième tome beaucoup plus vivant, plus aventureux et surtout plus ambitieux.
La grande aventure commence réellement maintenant.

Votre avis :
5/5
Avec ce deuxième tome, Yu-Gi-Oh ! confirme surtout une chose : à ses débuts, le manga de Kazuki Takahashi refuse obstinément de rentrer dans une case.
L’arrivée de Shadi apporte une dimension beaucoup plus mystérieuse au récit, avec cet étrange personnage venu d’Égypte qui semble en savoir beaucoup trop sur Yugi et son Puzzle.
Le manga commence alors à faire de son objet fétiche bien plus qu’un simple accessoire.
Le Puzzle du Millénium devient une porte vers quelque chose d’ancien, de presque inquiétant, et Yugi découvre qu’il n’est peut-être pas le seul à porter un passé qui le dépasse.
Les épreuves imaginées par Shadi sont particulièrement intéressantes parce qu’elles reposent moins sur la force que sur la capacité à garder son sang-froid.
Le principe du jeu est simple, mais Takahashi sait lui donner une vraie tension en faisant progressivement vaciller les certitudes de ses personnages.
C’est aussi l’occasion de mieux comprendre Jono-Uchi, dont la brutalité apparente masque une vraie fragilité.
Son histoire avec son père et les ennuis dans lesquels il se retrouve donnent au personnage une épaisseur que les futurs arcs exploiteront largement.
Puis Yu-Gi-Oh ! change complètement de registre.
Et c’est précisément là que ce tome est savoureux.
Entre l’animal numérique, les super-héros américains, le Capsule Monster Chess et cette histoire complètement improbable autour d’un pouce, Takahashi semble encore tester toutes les possibilités de son manga.
On est très loin du Yu-Gi-Oh ! exclusivement consacré aux cartes que la licence deviendra quelques années plus tard.
Le Capsule Monster Chess est d’ailleurs un excellent exemple de cette période d’expérimentation : les jeux changent, les règles changent, mais l’idée reste la même.
Mettre les personnages face à une situation dont ils doivent comprendre les mécanismes avant d’en subir les conséquences.
J’aime particulièrement cette liberté, parce qu’elle donne au manga un côté presque imprévisible.
Même lorsqu’une histoire paraît légère, Takahashi garde cette capacité à faire surgir une menace ou une situation absurde au moment où on ne l’attend plus.
Ce tome possède donc un charme très particulier : celui d’un manga encore en train de chercher sa forme definitiva.
Yugi, Jono-Uchi et leurs compagnons ne sont pas encore les héros d’un immense jeu de cartes.
Ils évoluent dans un univers où un puzzle, une paire de chaussures ou un jeu de plateau peuvent aussi bien devenir le centre d’une aventure.
Et cette liberté-là, aujourd’hui, fait presque figure de curiosité.
Yu-Gi-Oh ! n’a pas encore trouvé sa formule culte.
Mais il a déjà trouvé son identité.

Votre avis :
4/5
Hima-ten ! confirme avec ce deuxième tome qu’il sait parfaitement où appuyer pour faire fonctionner une romcom.
Le rendez-vous entre Ton'ichi et Honoka joue d’abord la carte de la douceur, sans chercher à fabriquer artificiellement du drame.
Et c’est justement cette simplicité qui fonctionne : deux lycéens qui se plaisent, qui se cherchent, et qui n’osent pas encore franchir le pas.
Honoka gagne énormément dans ces moments-là, loin de l’image un peu figée de la fille parfaite.
Mais le plus intéressant arrive dès que Ton'ichi retrouve Himari.
Parce qu’entre eux, le cadre professionnel devient de plus en plus difficile à distinguer d’une véritable intimité.
La scène où Himari lui remet son premier salaire dit finalement beaucoup plus sur leur relation que leurs grandes déclarations.
Elle devrait simplement être sa patronne ; elle attend pourtant ce moment avec une fébrilité presque suspecte.
Et quand Ton'ichi lui confie ses sentiments pour Honoka, Himari choisit encore de jouer les entremetteuses.
C’est là que le manga devient particulièrement amusant : celle qui devrait être au centre de l’histoire sentimentale se retrouve à organiser celle des autres.
Puis Kanna débarque et vient méthodiquement dynamiter cet équilibre déjà précaire.
Son arrivée n’a rien d’un simple ajout décoratif : elle connaît Himari, l’admire, et surtout elle tombe rapidement sous le charme de Ton'ichi.
Son tempérament beaucoup plus frontal tranche avec la réserve de Honoka et les hésitations de Himari.
Elle n’a surtout pas besoin de dix chapitres pour comprendre ce qu’elle veut.
Le passage où elle finit par intégrer le même établissement donne au tome une vraie sensation d’accélération.
À partir de là, Hima-ten ! cesse d’être seulement une romance à deux vitesses et commence à jouer avec un véritable triangle — voire davantage.
J’aime particulièrement la façon dont Himari se retrouve coincée entre son rôle de patronne, son affection pour Ton'ichi et son envie sincère d’aider Honoka.
Elle veut arranger les choses, mais chaque bonne intention semble rapprocher quelqu’un d’autre de celui qu’elle pourrait elle-même finir par regarder autrement.
Le manga reste pourtant étonnamment léger, sans transformer chaque échange en déclaration capitale.
Les petits gestes, les silences et les réactions embarrassées font encore mieux le travail que les gros ressorts de comédie romantique.
Même les scènes de quotidien donnent à Ton'ichi une vraie place dans la vie des trois filles, ce qui rend la concurrence crédible.
Le dessin de Genki Ono accompagne parfaitement cette mécanique, avec des expressions qui savent être mignonnes sans devenir sirupeuses.
Ce tome 2 est donc celui où Hima-ten ! trouve véritablement son rythme et commence à poser ses pions.
Et l’arrivée de Kanna change suffisamment la partie pour donner envie de voir jusqu’où cette joyeuse pagaille peut aller.
Pour une série qui aurait pu se contenter d’aligner les situations de romcom, c’est déjà une belle petite surprise.

Votre avis :
4/5
Avec ce quatrième tome, La Forêt magique de Hoshigahara change clairement de saison… et presque de nature.
Après l’incendie, le calme apparent de la forêt ne pouvait évidemment pas durer.
Cette fois, c’est le vent qui manque, et avec lui quelque chose d’essentiel à l’équilibre du lieu.
Les arbres perdent leurs feuilles, les animaux s’endorment, les esprits deviennent de plus en plus rares.
La forêt semble doucement s’éteindre, sans grand fracas, ce qui rend le phénomène encore plus inquiétant.
Au centre de ce dérèglement : l’absence de Brise, partie avec Tornade.
Et face à cette situation, Sôichi n’est plus vraiment le même.
Celui qui semblait jusque-là se contenter d’accompagner les esprits décide enfin d’agir.
Il veut retrouver Brise, quitte à affronter Tornade.
Ce changement donne au personnage une épaisseur nouvelle, parce que son attachement à la forêt n’est plus seulement une évidence : il devient un choix.
Mais Iwaoka évite soigneusement d’en faire une quête héroïque classique.
Ici, personne ne gagne vraiment par la force.
Même la colère de Sôichi paraît dérisoire face à ce qui se joue autour de lui.
Et c’est précisément ce que j’aime dans cette série : ses conflits les plus importants passent toujours par les émotions plutôt que par l’action.
Tornade reste une présence profondément dérangeante, presque enfantine dans sa manière de transformer sa souffrance en violence.
Il ne fait pas peur parce qu’il serait puissant, mais parce que son chagrin ne connaît plus aucune limite.
À l’inverse, le retour de Brise possède quelque chose de presque miraculeux.
Elle revient alors que la forêt est déjà profondément fragilisée, comme si son absence avait enfin rendu visible la place qu’elle occupait.
Le merveilleux d’Iwaoka fonctionne alors à plein régime : les éléments naturels deviennent les prolongements des sentiments.
Le vent n’est jamais seulement du vent.
Le froid, le sommeil, les feuilles mortes racontent aussi les personnages.
Et derrière cette apparente douceur, le récit devient étonnamment sombre.
J’ai particulièrement aimé cette sensation de fragilité permanente, comme si la forêt pouvait disparaître sans que personne ne puisse réellement l’empêcher.
Le dessin, toujours aussi délicat, accentue ce contraste entre la douceur des formes et la violence de certaines situations.
Ce quatrième volume est finalement celui où Hoshigahara cesse de simplement nous émerveiller.
Il commence à nous faire ressentir le poids de ce petit monde et de ceux qui l’habitent.
Une forêt qui se fane, des personnages qui souffrent et, malgré tout, cette étrange impression que quelque chose peut encore renaître.
C’est beau, mélancolique et parfois franchement cruel.
Et surtout, ça donne au dernier tome une vraie charge émotionnelle.

Votre avis :
5/5
Le tome 12 de Sou Bou Tei est probablement celui qui m’a le plus dérangé depuis le début de la série.
Pas parce qu’il serait moins spectaculaire. Au contraire : Fujita y délaisse presque le grand barnum horrifique pour s’attarder sur ce qui a fabriqué le monstre.
Benio se retrouve seule face à Deido, prisonnière de ses souvenirs autant que de la demeure.
Et ce face-à-face devient vite autre chose qu’une simple séquence de torture ou de révélation.
Deido lui montre son passé, celui de Yutaro, gamin hypersensible dont la perception du monde passe par les sons, les couleurs et les images.
Mais surtout, il y a Shinobu.
Une sœur adorée, protectrice, qui encourage son frère à dessiner malgré les humiliations et les brimades.
Puis quelque chose se fissure.
L’arrivée du peintre Tsukihashi Eiza transforme progressivement Shinobu, jusqu’à faire d’elle une présence presque méconnaissable aux yeux de Yutaro.
C’est là que Fujita frappe juste : Deido n’est pas présenté comme un monstre né monstrueux.
Il est le résultat d’une accumulation de blessures, de frustrations et d’un amour qui finit par se transformer en haine.
Et plus son passé se dévoile, plus son comportement présent devient dérangeant.
On comprend mieux sa fascination maladive pour la peinture, son obsession de créer une œuvre capable de bouleverser celui qui la regarde.
Pendant ce temps, l’histoire ne se repose pas sur ce flashback.
Takahâ et les autres progressent vers les profondeurs de Sou Bou Tei, tandis que les morts creusent leur fameux « ankyo ».
Shinoya et les militaires contrôlés par la demeure offrent une nouvelle opposition, avec cette sensation permanente que Sou Bou Tei possède encore plusieurs cartes cachées.
C’est d’ailleurs ce contraste qui fait fonctionner le volume : l’intime et l’apocalyptique avancent simultanément.
J’ai particulièrement aimé la manière dont Fujita fait du passé de Deido quelque chose de presque plus terrifiant que les créatures de la maison.
Pas besoin de tentacules ou de transformations pour mettre mal à l’aise.
Un enfant qui voit peu à peu disparaître la personne qu’il aime suffit largement.
Le dessin, lui, accompagne cette descente avec une brutalité parfois franchement inconfortable.
Certaines expressions de Shinobu restent en tête, précisément parce qu’elles ne cherchent jamais à être jolies.
Ce tome est donc moins un chapitre de transition qu’une véritable autopsie de Deido.
Et lorsqu’on referme le livre, le personnage n’est pas devenu plus sympathique.
Il est devenu beaucoup plus tragique.
Sou Bou Tei continue ainsi de brouiller sa frontière entre horreur surnaturelle et horreur profondément humaine.
Et franchement, c’est quand Fujita revient à cette dimension-là que sa série me paraît la plus inquiétante.

Votre avis :
5/5
Avec ce quatrième tome double, Tough commence vraiment à prendre une autre dimension.
Les deux volumes originaux réunis ici racontent pourtant des histoires assez différentes, mais avec une même idée : pour progresser, Keybo doit accepter que la force ne suffit jamais à elle seule.
Tout commence avec Kaneda, dont le fameux coup censé mettre n’importe quel adversaire hors de combat oblige Keybo à revoir complètement son approche.
La préparation avec Kuroda apporte d’ailleurs une vraie tension, parce que l’affrontement dépasse rapidement le simple duel entre deux combattants.
Kuroda va en faire les frais de manière particulièrement brutale.
Et c’est justement là que Tough fonctionne le mieux : derrière les démonstrations martiales, Saruwatari sait encore faire exister les personnages.
Keybo ne se bat plus seulement pour gagner.
Il porte désormais quelque chose qui vient des autres, et son affrontement avec Kaneda prend alors une dimension beaucoup plus personnelle.
Le combat est évidemment spectaculaire, mais ce qui me plaît surtout, c’est cette façon de transformer chaque technique en problème à résoudre.
On n’est pas dans une simple succession de coups toujours plus puissants : il faut comprendre l’adversaire, encaisser, s’adapter et trouver la faille.
Puis le récit bifurque brutalement vers Iron Kiba.
Et là, Saruwatari sort une nouvelle carte de sa manche avec Takaishi Yoshiki.
Le personnage débarque comme une anomalie totale : ancien catcheur banni du milieu, surnommé « l’homme qui mange les hommes », et suffisamment dangereux pour que son simple nom fasse changer l’atmosphère.
Ce qui est assez fascinant, c’est que Tough commence déjà à construire cette galerie de monstres qui deviendra l’une des marques de fabrique de la série.
Yoshiki n’a pourtant pas besoin de quinze pages d’explications pour imposer sa présence.
Il suffit de quelques scènes, d’une violence complètement décomplexée et de cette manière qu’a Saruwatari de dessiner des corps qui semblent capables de supporter absolument n’importe quoi.
Iron Kiba, lui, devient progressivement le véritable centre de gravité de cette seconde partie.
Sa décision de prendre sa retraite et de choisir comme dernier adversaire celui qui aura vaincu le clan Naru-Shinkage donne au récit un parfum de passage de témoin.
Et c’est là que ce tome devient particulièrement intéressant pour la suite : Keybo n’est plus simplement le jeune prodige qui cherche à prouver sa valeur.
Il commence à se retrouver au milieu d’un monde beaucoup plus vaste que lui.
Entre Kaneda, Kuroda, Kiba et Yoshiki, Saruwatari élargit considérablement son terrain de jeu.
Les combats restent démesurés, parfois franchement absurdes, mais il y a déjà cette identité très particulière de Tough : un mélange de brutalité, de sérieux martial et de situations complètement improbables.
J’aime surtout cette période de la série parce qu’elle possède encore une vraie fraîcheur.
Avant que Tough ne devienne une gigantesque machine à surenchère, il y a ici quelque chose de plus direct, presque sauvage.
Et quand Yoshiki entre en scène, on comprend que Keybo n’a clairement pas fini de prendre des coups.
Un excellent tome double, qui fait passer la série d’un simple manga de baston à une véritable saga de combattants.

Votre avis :
4/5
Ce cinquième tome avait une sacrée montagne de mystères à faire redescendre sur terre.
Et pourtant, contre toute attente, le dénouement tient plutôt bien debout.
La mère de Yuzuki finit par raconter ce qui s’est réellement joué autour de la maison.
La fameuse « offrande de la main gauche » prend alors une dimension franchement glaçante.
Ce qui ressemblait à une étrange superstition devient le symptôme d’une véritable mécanique familiale.
Une mécanique qui broie les générations les unes après les autres.
Le cas d’Ayano et de Keita apporte surtout une dimension tragiquement humaine à cette histoire.
Keita n’est plus seulement une pièce du puzzle : il devient celui qui tente désespérément d’en sortir.
Son plan pour protéger Ayano donne enfin un sens à plusieurs éléments restés jusque-là particulièrement opaques.
Et c’est là que le manga devient intéressant : il ne cherche plus seulement à nous faire trouver le « coupable ».
Il faut comprendre pourquoi chacun a fini par agir comme il l’a fait.
La famille Katabuchi apparaît alors moins comme une succession de monstres que comme une machine à fabriquer des victimes.
Même les enfants se retrouvent enfermés dans des rôles qui les dépassent complètement.
Le fameux enfant privé de sa main prend ainsi une place particulièrement sinister dans l’ensemble.
Mais le manga garde toujours cette volonté de nous faire douter de ce que l’on croit avoir compris.
Certaines révélations semblent refermer une porte avant qu’une autre ne s’entrouvre aussitôt.
C’est parfois un peu chargé, voire franchement alambiqué.
Il faut accepter de se perdre dans les liens familiaux, les mensonges et les versions contradictoires.
Mais cette complexité participe aussi au malaise général.
Et surtout, Ayano et Keita donnent enfin une véritable épaisseur émotionnelle à cette histoire de maison bizarre.
Le dessin d’Ayano Akira accompagne très bien cette bascule vers quelque chose de plus sombre et oppressant.
Les espaces, les silences et les visages racontent souvent autant que les explications.
La conclusion de l’arc Katabuchi laisse donc une impression assez étrange : satisfaisante, mais pas totalement rassurante.
Car évidemment, une dernière petite graine de doute est soigneusement plantée avant de tourner la page.
Et maintenant que cette première maison a livré ses secrets, je suis curieux de voir jusqu’où la suivante nous emmènera.

Votre avis :
3/5
Avec ce cinquième tome, Super Ball Girls continue de courir après son propre concept sans jamais vraiment parvenir à lui donner une direction.
Cette fois, les filles sont devenues les héroïnes officielles du pays, mais derrière les sourires de façade, tout part en vrille.
Ichi est retenu comme otage et Satsuki utilise sa relation avec Eliza pour obtenir exactement ce qu’il veut.
Le baiser forcé n’est pas seulement un ressort provocateur : il fait voler en éclats l’équilibre déjà fragile du groupe.
Eliza se retrouve complètement brisée, incapable de fonctionner normalement sans Ichi, tandis que Shuka et Kikka continuent de prendre leur nouveau statut d’« héroïnes » avec une légèreté qui accentue encore le décalage.
Pendant ce temps, Ichi est transformé en coupable idéal et présenté publiquement comme responsable de la catastrophe.
L’idée aurait pu être intéressante : retourner contre lui le système qu’il essayait justement de protéger.
Mais le manga préfère encore une fois l’escalade permanente à la construction d’une véritable tension.
Même le passage consacré à Ouka, qui tente de comprendre les relations humaines et va jusqu’à expérimenter les rencontres amoureuses, semble appartenir à un autre manga.
Puis arrive le nouveau monstre : dix Sphere fusionnées en une seule créature.
Et là, Super Ball Girls retrouve ce goût du grand n’importe quoi qui faisait peut-être son charme au début.
Le problème, c’est qu’on a désormais l’impression que chaque idée doit obligatoirement être plus énorme que la précédente.
Le climax va encore plus loin : Ichi est mortellement touché, Eliza l’embrasse et provoque une nouvelle transformation.
Ichi renaît alors dans le corps d’Eliza, tandis que sa conscience semble avoir pris le dessus.
Le concept est complètement dingue, mais il arrive après tellement de retournements que le choc finit presque par devenir mécanique.
Le plus amusant reste peut-être que cette nouvelle créature n’est même plus vulnérable au chocolat.
Super Ball Girls vient donc de supprimer l’une des règles fondamentales de son propre univers.
Sur le papier, c’est audacieux.
À la lecture, c’est surtout symptomatique d’un récit qui ne sait plus très bien où placer ses limites.
Et c’est dommage, parce que le dessin de Hiramoto continue d’être sacrément efficace dès qu’il s’agit de donner une vraie présence aux personnages ou de rendre une scène complètement malsaine.
Mais entre le délire SF, le harem, l’humour graveleux, le gore et les pseudo-enjeux apocalyptiques, tout finit par se mélanger.
Ce tome 5 possède donc quelques bonnes idées, mais elles sont noyées sous une avalanche de twists.
Je continue de lire parce que je veux savoir jusqu’où cette histoire peut aller.
Mais franchement, à ce stade, ce n’est plus vraiment de l’impatience : c’est de la curiosité morbide.

Votre avis :
5/5
Avec ce cinquième tome, Shimazaki in the Land of Peace cesse définitivement de jouer avec l’idée d’une simple réadaptation à la vie civile.
L’arrivée de Sata change brutalement la nature du récit.
Ce gamin, formé au combat par une structure liée au LEL, est surtout le miroir déformé de Shimazaki enfant.
Même abandon, même violence apprise trop tôt, même existence réduite à une fonction.
Et c’est précisément là que le manga devient beaucoup plus cruel qu’il n’en a l’air.
Shimazaki ne cherche plus seulement à sauver sa propre peau : il voit devant lui quelqu’un qui pourrait devenir ce qu’il a été.
Sa relation avec Sata est d’ailleurs particulièrement touchante parce qu’elle reste profondément maladroite.
Shimazaki ne sait pas vraiment comment parler à un enfant, mais il sait reconnaître la solitude.
Les auteurs évitent surtout le piège du héros qui vient miraculeusement « réparer » le garçon.
Au contraire, Sata reste marqué par ce qu’on lui a fait subir, et le mal est déjà profondément installé.
Puis le récit bascule.
Le Peaceful College transforme cette histoire presque intimiste en véritable cauchemar, avec cette idée glaçante d’enfants préparés à devenir des armes.
Et quand Shimazaki passe à l’action pour récupérer Sata, le contraste est saisissant.
Il est capable de neutraliser une pièce entière avec une facilité presque terrifiante, mais son objectif n’est justement plus de tuer.
C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants du personnage : sa puissance reste intacte, mais quelque chose a changé dans son rapport à la violence.
La scène finale avec les yakuzas pousse cette évolution encore plus loin.
Shimazaki pourrait les éliminer. Il le sait, eux aussi.
Mais, pour la première fois, il choisit consciemment de ne pas redevenir l’homme qu’il était.
Et lorsqu’il retire son masque et révèle qui il est, ce n’est pas un simple effet spectaculaire.
C’est une prise de risque énorme, presque un acte de foi.
« Je veux changer » : tout le tome est finalement contenu dans cette idée.
Le problème, évidemment, c’est que le monde autour de lui n’a aucune intention de lui faciliter la tâche.
Le compteur continue de tourner.
Et cette fameuse paix que Shimazaki cherche depuis son retour au Japon paraît soudain beaucoup plus fragile qu’au début de la série.
Un tome particulièrement tendu, parfois brutal, mais surtout beaucoup plus humain.
Et cette fois, ce n’est pas seulement Shimazaki qu’on a envie de voir survivre.
On veut aussi croire que Sata peut échapper à la trajectoire qu’on lui a imposée.

Votre avis :
5/5
Avec ce tome 7, Dogsred transforme littéralement la pénurie de joueurs en arme narrative.
Six contre vingt-deux : sur le papier, ce n’est plus un match, c’est une condamnation.
Et pourtant, Noda Satoru trouve encore le moyen d’en faire un des affrontements les plus jubilatoires de la série.
L’idée de l’équipe adverse est simple : faire courir les six de Rōnoshin jusqu’à l’épuisement.
Sauf qu’ils ont oublié un détail : ces types s’entraînent déjà comme s’ils avaient quelque chose à prouver au diable.
Tout ce que le manga pouvait sembler exagérer dans les entraînements précédents prend ici un sens presque brutal.
La fatigue devient le véritable adversaire, bien plus que les joueurs d’Ōwashi.
Et c’est là que Dogsred est particulièrement fort : chaque effort consenti auparavant revient sur la glace au meilleur moment.
Même les personnages qui semblaient encore en retrait commencent à trouver leur place dans cette mécanique collective.
Rō, surtout, donne l’impression de franchir un cap.
Son talent naturel ne suffit plus : il commence enfin à comprendre ce que signifie jouer avec les autres.
J’aime énormément cette évolution, parce que Noda ne la transforme jamais en grande déclaration héroïque.
Elle passe par les gestes, les réflexes, la confiance et quelques secondes gagnées sur la glace.
Pendant ce temps, Genma continue d’impressionner par son calme presque inquiétant.
Face au chaos, il ne cherche pas à devenir spectaculaire : il fait simplement ce qu’il faut.
Et plus le match avance, plus cette sobriété devient impressionnante.
Le rythme est infernal, mais jamais illisible, malgré la vitesse et le nombre de joueurs.
Noda réussit même à conserver son humour absurde sans casser la tension du match.
C’est probablement ce mélange qui rend Dogsred si singulier : on peut rire franchement d’une page avant de se retrouver crispé sur la suivante.
Le match contre Ōwashi ressemble finalement à une gigantesque démonstration par l’absurde.
Une équipe censée être condamnée survit grâce à ce qu’elle a construit quand personne ne regardait.
Et quand le dernier verrou saute, la victoire ne ressemble pas à un miracle.
Elle ressemble à la conséquence logique de tout ce qui a été travaillé avant.
C’est peut-être ça que je préfère dans ce tome : Dogsred ne célèbre pas seulement le talent.
Il célèbre la répétition, la douleur, les erreurs et cette capacité à continuer quand le corps dit stop.
Un volume quasiment entièrement consacré à un match, donc.
Mais certainement pas un volume qui tourne en rond.
Au contraire, Noda fait de cette rencontre un véritable accélérateur pour toute l’équipe.
Et franchement, après un tome pareil, difficile de ne pas avoir envie de retourner immédiatement sur la glace.

Votre avis :
5/5
Avec ce tome 16, Under Ninja donne l’impression de retirer le sol sous nos pieds.
Et, pour une fois, ce n’est pas seulement une façon de parler.
Après le carnage contre les jumelles kunoichi, l’histoire se déplace vers un endroit presque banal pour la série : le sous-sol de la Diète.
Sauf qu’y réunir le gouvernement, les NIN et les UN au même endroit était évidemment une très mauvaise idée.
Katô, Sasama, le Premier ministre Oda, le chef des UN et Yamada se retrouvent ainsi autour d’une même table.
Une scène de négociation qui pourrait presque sembler sérieuse si Hanazawa ne s’amusait pas à la saboter de l’intérieur.
Car le véritable sujet de cette rencontre n’est finalement pas la paix entre les factions.
C’est Kashi Kojin.
Cette figure presque mythologique qui plane depuis longtemps sur l’histoire prend soudain une dimension beaucoup plus inquiétante.
On découvre notamment que les clans Kumogakure et Kamigakure avaient historiquement pour mission de le protéger.
Mais surtout, l’arme la plus terrifiante de Kashi Kojin n’est peut-être pas une arme.
C’est la capacité à faire douter quelqu’un de ce qu’il croit être sa propre réalité.
Et c’est précisément ce qui arrive à Katô.
Le personnage qui semblait jusqu’ici incarner la maîtrise, la froideur et la compétence se retrouve progressivement incapable de faire confiance à ses propres souvenirs.
Ses certitudes se fissurent, ses souvenirs se contredisent et certaines images de son passé deviennent soudain suspectes.
C’est probablement le meilleur coup de Hanazawa dans ce volume.
Parce qu’il ne détruit pas Katô physiquement : il s’attaque directement à son identité.
Même la relation entre les NIN et les UN change de nature lorsque leur objectif commun devient la lutte contre Kashi Kojin.
Et forcément, tout ce qu’on croyait avoir compris jusque-là mérite d’être regardé autrement.
J’aime particulièrement cette manière qu’a Under Ninja de transformer une révélation en nouveau problème plutôt qu’en réponse définitive.
On croit enfin comprendre la mécanique du monde, puis Hanazawa déplace une pièce et tout recommence à trembler.
Le manga reste parfois volontairement opaque, voire franchement frustrant dans sa façon de brouiller les camps et les motivations.
Mais cette confusion devient ici une véritable arme narrative.
Le tome 16 n’est donc pas celui où Under Ninja apporte enfin toutes les réponses : c’est celui où il nous fait comprendre que certaines de nos certitudes étaient peut-être elles-mêmes une illusion.

Votre avis :
5/5
Teenager Rampage commence comme une mauvaise idée… et c’est précisément ce qui le rend difficile à lâcher.
Maruo Higurashi est un lycéen paumé, obsédé par le sexe et incapable de trouver sa place parmi les autres.
Il fantasme sur Tabe, une fille étrange, couverte de blessures et apparemment indifférente à tout ce qui l’entoure.
Jusque-là, rien de franchement nouveau dans le registre du loser adolescent qui préfère fantasmer plutôt que vivre.
Sauf que Maruo ne se contente pas de regarder : il revend à ses camarades des photos volées de filles de son lycée.
Puis son modèle absolu, son grand frère Shunya, se fait arrêter pour des faits autrement plus graves.
Le choc est brutal : et si Maruo était finalement en train de prendre exactement le même chemin ?
C’est là que le manga devient beaucoup plus intéressant que son vernis de provocation.
Parce que Maruo ne décide pas de changer : il décide de profiter de sa jeunesse avant qu’il ne soit trop tard.
Et la personne qui l’y encourage est précisément celle dont il aurait probablement mieux valu se méfier.
Tabe a quelque chose de profondément dérangeant derrière son calme et son indifférence.
Elle ne cherche pas à sauver Maruo, mais plutôt à lui ouvrir une porte dont il ignore encore où elle mène.
La maison abandonnée de Shunya devient alors le terrain de jeu d’une bande d’adolescents qui n’ont visiblement aucune idée des limites à ne pas franchir.
Takuto, Kasumi, Tabe et les autres composent progressivement un groupe où chacun semble cacher sa propre part de saleté.
Et c’est probablement là que Ken Sogen frappe le plus juste.
Il ne transforme jamais vraiment ses personnages en héros auxquels on aurait envie de s’identifier.
Ils sont maladroits, frustrés, cruels, lâches, parfois franchement glauques… et pourtant étrangement humains.
Le manga donne surtout l’impression de soulever la croûte d’une adolescence beaucoup moins innocente que les récits de lycée habituels.
Le sexe n’y est pas un fantasme romantique, mais une pulsion embarrassante, parfois malsaine, qui déforme les rapports entre les personnages.
Même les moments qui pourraient prêter à rire laissent derrière eux une petite sensation de malaise.
Visuellement, Sogen accompagne cette gêne avec des gueules très expressives et une mise en scène qui sait rendre le quotidien franchement poisseux.
Le plus fort reste cette impression de voir Maruo courir vers quelque chose qu’il prend pour la liberté sans comprendre qu’il s’agit peut-être simplement d’une chute.
Le tome 1 ne donne donc pas vraiment envie de « vivre sa jeunesse » : il donne surtout envie de savoir jusqu’où ces gamins vont se brûler.
Teenager Rampage est crade, inconfortable et parfois franchement limite, mais son malaise n’est jamais complètement gratuit.
Reste maintenant à voir si cette descente adolescente saura dépasser la provocation pour devenir le véritable portrait d’une génération en perdition.

Votre avis :
4/5
Avec Oni Goroshi, même le calme a quelque chose de franchement inquiétant.
Après la folie du tome 8, Kawabe ralentit légèrement la cadence.
Mais certainement pas la tension.
Shinjo tente de remettre de l’ordre dans ses ruines, tandis que chacun avance désormais avec son propre agenda.
Les femmes du groupe Kimen décident, elles, de ne plus rester spectatrices.
Et leur cible est Ryo.
C’est là que le tome devient particulièrement intéressant.
En lui révélant que Shūhei Sakata est son véritable père, elles pensent simplement remettre une pièce sur l’échiquier.
Erreur monumentale.
Car Ryo n’est pas seulement une victime à qui l’on vient restituer un passé.
C’est une bombe dont la mèche vient d’être rallumée.
Pendant quinze ans, elle a vécu sous une autre identité, avec une mémoire et une histoire qui ne lui appartenaient pas complètement.
La révélation fissure tout.
Kawabe joue alors sur une violence différente.
Moins spectaculaire, mais beaucoup plus sournoise.
Les fusillades et les corps broyés sont toujours là, mais l’essentiel se joue désormais dans les regards, les manipulations et les secrets.
Et franchement, Oni Goroshi n’est vraiment pas à mettre entre toutes les mains.
Certaines scènes sont particulièrement malsaines, dérangeantes, voire franchement choquantes.
Kawabe ne cherche jamais à rendre cette violence confortable.
J’aime particulièrement cette sensation de calme avant l’explosion.
On sent les pièces se déplacer, les alliances se déformer et les rancœurs changer de camp.
Le tome 9 n’est donc pas celui où Oni Goroshi lâche les chevaux.
C’est celui où il les met en ligne.
Et vu la dernière ligne droite de Ryo, difficile de croire que la course va rester calme longtemps.

Votre avis :
4/5
Avec ce dixième tome, Kagurabachi commence à changer de dimension.
On quitte presque complètement Chihiro pour plonger au cœur de la guerre entre la Kamunabi et les Hishaku.
Et, franchement, ce choix fait un bien fou à la série.
Parce que l’un des grands atouts de ce volume est de laisser enfin respirer ses personnages secondaires.
Uruha, Natsuki, Yura et Kitakuto ne sont plus de simples pièces sur l’échiquier : ils deviennent le moteur du récit.
Le duel qui les oppose est brutal, lisible et surtout chargé d’une vraie personnalité.
J’ai particulièrement apprécié Natsuki, dont la relation avec son frère défunt donne une épaisseur inattendue à cette bataille.
Son affrontement avec Kitakuto n’est pas seulement une démonstration de puissance : il y a une histoire derrière chaque coup porté.
Et c’est précisément là que Kagurabachi devient beaucoup plus intéressant que son statut de manga d’action pourrait le laisser croire.
Même Uruha, pourtant déjà solidement installé, gagne ici une autre stature.
Son corps vieillissant n’efface pas son instinct de combattant, il lui donne au contraire quelque chose de presque désespéré.
La série joue aussi beaucoup mieux avec la notion de « sabreur » : combattre n’est plus une affaire de pose ou de technique spectaculaire, mais presque une manière de survivre.
En parallèle, l’infiltration de la Kamunabi fait monter la tension d’un cran.
La révélation autour de Kaisen fonctionne parce qu’elle remet en cause la confiance que l’on pouvait accorder à cette organisation.
Et surtout, la Shinuchi cesse enfin d’être une simple épée mythique dont tout le monde parle.
Son pouvoir commence à peser concrètement sur le récit.
La façon dont Yura l’utilise transforme littéralement le champ de bataille en quelque chose de beaucoup plus inquiétant.
J’aime aussi le fait que l’auteur ne cherche pas à rendre ses combats propres ou confortables.
Les corps prennent cher, les situations dérapent et les victoires semblent toujours provisoires.
Visuellement, Hokazono continue de trouver ce mélange assez rare entre élégance du trait et violence sèche.
Certaines compositions donnent même l’impression que les personnages sont déjà condamnés avant que le combat ne commence.
Le seul bémol reste peut-être une narration qui empile énormément d’informations et de protagonistes en très peu de pages.
Mais cette densité participe aussi à l’identité de la série : Kagurabachi avance comme s’il avait toujours un train d’avance.
Et ce tome 10 est probablement l’un de ceux où cette ambition fonctionne le mieux.
Pas forcément le plus spectaculaire, mais certainement l’un des plus solides depuis le début de la série.

Votre avis :
5/5
Ce troisième tome est celui où la douceur de Hoshigahara commence sérieusement à se fissurer.
Depuis le début, Sôichi cherche Brise, et la retrouver enfermée au fond d’un vieux puits donne immédiatement au récit une tonalité différente.
Elle n’attend plus vraiment d’être sauvée : elle semble surtout avoir accepté l’idée de disparaître.
Sôichi, lui, refuse cette fatalité avec une simplicité désarmante.
Il veut simplement retrouver Brise et continuer à vivre avec elle, comme si l’évidence de leur attachement suffisait à régler le reste.
Mais dans cette forêt, rien n’est jamais aussi simple.
L’arrivée de Brise auprès des autres esprits crée d’ailleurs une drôle de situation : chacun craint qu’elle ne prenne trop de place auprès de Sôichi.
Et pourtant, petit à petit, la méfiance laisse place à quelque chose de beaucoup plus touchant.
Brise apprend à connaître cette étrange petite communauté tandis que Sôichi découvre une facette de celle qu’il cherchait depuis si longtemps.
Le problème, c’est que Brise porte avec elle un passé qu’elle préférerait oublier.
Son attachement aux humains n’est pas né d’un simple coup de cœur : il est lié à une histoire ancienne, douloureuse, qui donne enfin du sens à son comportement.
Même la fameuse carte de tampons de Sôichi prend une autre dimension.
Ce qui ressemblait à un petit jeu enfantin devient progressivement le symbole d’un mensonge construit pour retenir quelqu’un qui lui est précieux.
Et c’est là que Hisae Iwaoka frappe juste : personne ne cherche réellement à faire du mal, mais chacun cache quelque chose pour protéger l’autre.
Puis Tornade entre véritablement dans l’équation.
Son obsession pour Brise transforme une histoire d’attachement en rapport de force, avec cette manière particulièrement inquiétante de se persuader qu’il agit pour son bien.
Le manga devient alors beaucoup moins innocent qu’il n’en avait l’air.
L’apparition de Yôhei accentue encore ce malaise : son innocence d’enfant le rend vulnérable à une rencontre surnaturelle qu’il ne peut évidemment pas comprendre.
Et lorsque la forêt est finalement menacée par les flammes, tout ce fragile équilibre vole en éclats.
Iwaoka ne cherche pourtant jamais le spectaculaire pour le spectaculaire.
L’incendie fonctionne parce qu’il détruit quelque chose de profondément intime : le refuge que Sôichi et les esprits ont construit ensemble.
J’aime surtout la façon dont ce tome transforme progressivement Brise.
Elle n’est plus seulement cette mystérieuse divinité du vent que Sôichi poursuit depuis des volumes.
Elle devient un personnage avec des regrets, des contradictions et surtout une peur terrible : celle de ne jamais pouvoir appartenir véritablement à cet endroit.
La poésie est toujours là, mais elle devient plus amère.
Et derrière les créatures adorables et les situations presque enfantines, la forêt révèle enfin ses règles cruelles.
Ce troisième tome est donc un vrai tournant : plus sentimental, plus sombre et surtout beaucoup plus inquiétant.
Hoshigahara reste magnifique, mais désormais je la regarde avec un peu moins d’innocence.

Votre avis :
4/5
Morio n’est plus simplement ce type passionné par les plantes qui s’est aventuré trop loin dans un milieu qu’il ne maîtrisait pas.
Son association avec le groupe de Shibuya change complètement la donne.
Surtout, son savoir-faire donne naissance à l’Ultra Red, une variété pensée pour les liquides et dont les effets vont rapidement dépasser toutes les prévisions.
Le plus intéressant, c’est que l’auteur ne présente pas cette réussite comme une simple victoire.
Plus l’Ultra Red rencontre le succès, plus Morio s’enfonce dans quelque chose qui lui échappe.
Le produit circule, séduit aussi bien les consommateurs occasionnels que les habitués, et transforme progressivement son créateur en véritable enjeu du marché.
C’est là que le manga devient particulièrement efficace.
Morio reste en retrait, mais son influence grandit à une vitesse vertigineuse.
À l’inverse, Shimizu se retrouve dans une position de plus en plus inconfortable au sein de Kurobe.
Il doit comprendre qui se cache derrière Mick X, et surtout mettre la main sur celui qui bouleverse l’équilibre du trafic.
La traque apporte une tension différente des précédents tomes.
On n’est plus seulement dans la conquête d’un territoire : chacun cherche désormais à identifier celui qui tire réellement les ficelles.
J’aime particulièrement cette évolution parce qu’elle rend le personnage de Morio presque inquiétant sans avoir besoin de le transformer artificiellement en caïd.
Son arme reste son intelligence.
Sa connaissance des plantes, qui pouvait sembler presque anodine au début de la série, est devenue une véritable force de frappe.
Et c’est précisément ce paradoxe qui fait encore fonctionner Tokyo Cannabis.
Morio veut contrôler ce qu’il a créé, mais le succès de l’Ultra Red commence à lui échapper.
Même le rapport de force entre les différents groupes semble désormais dépendre de ses décisions.
Le tome 8 accélère donc la mécanique criminelle sans sacrifier ce qui faisait l’originalité de la série.
Il montre surtout que le plus dangereux dans cette histoire n’est peut-être pas celui qui tient une arme, mais celui qui sait fabriquer ce que tout le monde veut.
Une nouvelle étape particulièrement efficace, où la réussite de Morio ressemble de plus en plus à une condamnation.
Et franchement, après huit tomes, le « roi du cannabis » commence surtout à ressembler à un homme qui ne sait plus comment redescendre.

Votre avis :
5/5
Avec ce dixième tome, xxxHOLiC cesse définitivement de jouer avec le mystère autour de Himawari : il le regarde en face, et ce qu’il révèle est autrement plus cruel que prévu.
Tout commence pourtant presque banalement, avec Watanuki envoyé chercher une eau particulière au fond d’un vieux puits. Mais chez CLAMP, une simple corvée n’est jamais vraiment une simple corvée.
Une présence derrière une fenêtre, une inquiétude de Himawari, une promesse de faire attention… puis tout bascule lorsque Watanuki chute par la fenêtre de l’école.
Le moment où Himawari lui demande s’il a enfin compris est glaçant précisément parce qu’elle ne joue pas au personnage mystérieux.
Elle sait depuis longtemps que quelque chose se produit autour d’elle.
Depuis l’enfance, les personnes qui l’approchent connaissent accidents, drames ou malheurs, sans qu’elle puisse réellement choisir les victimes.
Et c’est là que le tome devient beaucoup plus intéressant qu’une simple révélation surnaturelle : Himawari n’est pas une fille maudite qu’il faudrait sauver.
Elle est surtout quelqu’un qui a appris à vivre avec l’idée terrifiante d’être dangereuse pour ceux qu’elle aime.
Son sourire permanent prend alors une autre dimension.
Ce qui paraissait être de la légèreté devient presque une forme de protection.
Le plus fort reste cependant la réaction de Watanuki.
Lui qui a longtemps été capable de se sacrifier sans réfléchir comprend progressivement que payer n’importe quel prix pour quelqu’un n’est pas forcément une preuve d’amour.
Après ce qu’il a vécu avec Doumeki, il commence enfin à saisir qu’un sacrifice peut aussi faire souffrir celui que l’on prétend sauver.
C’est une vraie évolution du personnage, discrète mais essentielle.
Et CLAMP ne transforme heureusement pas cette révélation en mélodrame facile.
Watanuki ne rejette pas Himawari, ne cherche pas à la « réparer » et ne transforme pas son pouvoir en excuse à tout.
Il choisit simplement de continuer à la considérer comme Himawari.
La scène finale possède ainsi une force assez remarquable, parce qu’elle renverse tout ce que le lecteur pouvait croire depuis le début.
Derrière la fille solaire se cachait une immense culpabilité, et derrière l’obsession de Watanuki se cachait finalement quelque chose de beaucoup plus sincère.
Même Yûko, pourtant habituée aux situations impossibles, ne peut pas simplement effacer ce problème avec une formule magique.
Ce tome marque donc un véritable tournant pour Watanuki : il commence à comprendre que les liens entre les êtres ont parfois plus de valeur que le fait de vouloir les sauver à tout prix.
Et c’est précisément ce qui rend ce dixième volume si réussi.
xxxHOLiC ne parle plus seulement des monstres que l’on voit : il parle de ceux que l’on croit être soi-même.
Un tome plus douloureux que spectaculaire, mais probablement l’un des plus importants de la série.

Votre avis :
5/5
Avec Saru, Daisuke Igarashi ne cherche clairement pas à nous prendre par la main.
Il nous attrape plutôt par le col et nous balance dans un monde où mythologie, religion et apocalypse commencent doucement à se mélanger.
Au départ, Nana pourrait presque passer pour une héroïne de thriller fantastique assez classique.
Étudiante japonaise en France, elle découvre qu’elle est victime d’un maléfice dont elle ignorait absolument tout.
Puis arrive Namgyal, moine bhoutanais et danseur traditionnel, capable de comprendre immédiatement ce qui lui arrive.
À partir de là, le récit quitte progressivement le terrain du simple surnaturel.
Car derrière le sortilège de Nana se cache la trace d’une présence beaucoup plus ancienne : le « singe ».
Une créature dont l’ombre semble traverser les époques, les cultures et les croyances.
Et Igarashi adore justement cette idée d’un même cauchemar ayant pris mille visages au fil de l’Histoire.
Le passage consacré à Irène marque un vrai tournant dans le volume.
Cette gamine qui affirme être Son Goku pourrait facilement provoquer le sourire.
Ici, elle met surtout franchement mal à l’aise.
Lorsqu’un exorciste officiel du Vatican entre dans la danse, Saru assume pleinement son mélange improbable de mysticisme, d’horreur et d’aventure.
Et c’est là que le manga devient vraiment fascinant.
Igarashi ne cherche jamais à rendre son univers parfaitement confortable ou parfaitement explicable.
Ses personnages avancent dans un brouillard de signes, de légendes et de phénomènes qu’ils comprennent à peine eux-mêmes.
Le dessin participe énormément à cette sensation : son trait organique donne aux apparitions quelque chose de presque vivant, comme si elles débordaient des cases.
J’aime particulièrement cette manière de faire monter la menace sans forcément avoir besoin de multiplier les effets spectaculaires.
Un regard, une posture ou une présence silencieuse peuvent devenir plus inquiétants qu’un véritable monstre.
Le problème, forcément, c’est que Saru demande au lecteur de s’accrocher.
La première moitié peut sembler dispersée, voire franchement obscure, avant que les pièces commencent à se rapprocher.
Mais une fois le déclic arrivé, impossible de ne pas vouloir comprendre jusqu’où Igarashi compte pousser son délire.
Ce premier tome ressemble finalement moins à une histoire de singe qu’à l’ouverture d’une gigantesque porte sur quelque chose que l’humanité aurait probablement préféré laisser fermée.
Et vu la dernière impression laissée par le volume, je suis clairement de ceux qui vont pousser cette porte.

Votre avis :
4/5
Avec ce dixième tome, Rooster Fighter entre clairement dans une nouvelle phase.
Tsumegaki n’est plus une menace abstraite : il traque Keiji et sa bande avec une obstination qui donne enfin à leur fuite un vrai sentiment d’urgence.
Pour lui échapper, direction les profondeurs de la forêt d’Aokigahara, et surtout un lieu d’entraînement dont le simple accès ressemble déjà à une épreuve.
Sakuratani aurait pu se contenter d’enchaîner les combats de coqs surdimensionnés, mais il choisit ici de faire évoluer son univers.
Et c’est probablement ce qui rend ce tome plus intéressant qu’il n’en a l’air.
Le récit prend le temps de revenir sur Morio et Piyoko, avec cette étonnante capacité à rendre touchant un personnage qui ressemble pourtant à une montagne de muscles prête à tout défoncer.
Puis le manga replonge dans son registre favori : des créatures improbables, des affrontements démesurés et une mise en scène qui prend chaque coup beaucoup trop au sérieux.
C’est justement ce décalage qui fait toujours le charme de la série.
Un coq reste un coq, même lorsqu’il se retrouve au milieu d’un récit qui commence furieusement à ressembler à un grand shōnen de baston.
Mais quelque chose change ici.
L’humour n’est plus seulement là pour faire rire : il sert aussi à désamorcer une histoire qui devient progressivement beaucoup plus ambitieuse.
La forêt, les cavernes volcaniques et ce lieu scellé donnent au manga une atmosphère presque mystique.
On sent que les secrets autour des Goshikidori et des pouvoirs de Keiji sont loin d’avoir livré toutes leurs cartes.
Et surtout, l’auteur prépare ses personnages à affronter un adversaire qui semble appartenir à une autre catégorie.
Tsumegaki impose ainsi une pression nouvelle sur le récit, beaucoup plus inquiétante que les traditionnels kijû expédiés à coups de bec.
J’aime particulièrement cette manière qu’a Sakuratani de faire passer Rooster Fighter du gag improbable au pur manga de baston sans jamais abandonner son idée de départ.
Le dessin accompagne parfaitement cette évolution : les combats ont une vraie brutalité, tandis que les animaux conservent cette expressivité presque absurde qui empêche le sérieux de devenir pesant.
Le tome 10 fonctionne donc moins comme un aboutissement que comme un sas avant quelque شيء de beaucoup plus gros.
Il y a certes quelques passages d’entraînement qui sentent le passage obligé du shōnen, mais l’auteur les détourne suffisamment pour éviter la routine.
Et puis il reste Keiji, toujours aussi incapable de faire les choses à moitié, ce qui est probablement sa meilleure qualité comme son principal défaut.
Rooster Fighter ne cherche désormais plus seulement à être « le manga avec un coq qui tabasse des monstres ».
Il construit réellement son propre univers, avec ses clans, ses pouvoirs, ses mystères et ses enjeux.
Ce dixième volume est donc une étape de transition, mais une transition qui donne franchement envie de voir jusqu’où Sakuratani compte pousser son délire.
Parce qu’à ce stade, le plus inquiétant n’est peut-être même plus Tsumegaki : c’est de découvrir jusqu’où un simple coq peut encore aller.

Votre avis :
5/5
Avec Underground, Suehiro Maruo s’aventure sur un terrain étonnamment personnel : celui de la naissance d’un mangaka, mais certainement pas sous la forme d’un joli récit initiatique.
Migeru a dix-neuf ans, débarque à Tokyo après avoir connu la misère et les petits boulots, et rêve de devenir dessinateur.
À ses côtés, Sachiko, sa cousine, serveuse au caractère bien trempé, tente elle aussi de survivre dans une capitale qui promet beaucoup mais ne donne presque rien.
Le Tokyo de Maruo n’a rien de la carte postale des sixties : c’est une ville poisseuse, bruyante, sexuelle, violente, où le miracle économique semble surtout profiter aux autres.
Migeru accumule les humiliations, les emplois abandonnés et les déconvenues lorsqu’il cherche à entrer dans le monde du manga.
Même lorsqu’une porte semble enfin s’ouvrir, Maruo prend un malin plaisir à rappeler que le talent ne suffit pas et que les milieux artistiques ne sont pas moins cruels que le reste de la société.
Le passage où Migeru se fait éconduire après avoir espéré devenir assistant résume parfaitement cette logique : son rêve est toujours à portée de main, mais quelqu’un s’empresse de le lui retirer.
Et puis il y a Sachiko, personnage formidablement ambigu, à la fois soutien, objet de désir et victime d’un environnement où les rapports humains sont constamment contaminés par l’argent et le sexe.
Maruo fait progressivement basculer cette chronique sociale dans quelque chose de beaucoup plus dérangeant.
Les hallucinations de Migeru, notamment cette présence grotesque du Konaki-jiji qui semble s’accrocher à lui à mesure que les échecs s’accumulent, matérialisent littéralement son désespoir.
Le réel finit par devenir aussi absurde que les visions qui le contaminent.
C’est là que le manga devient particulièrement fascinant : on ne sait plus très bien si Migeru sombre dans son imagination ou si Tokyo est réellement devenu un cauchemar.
Maruo injecte également dans cette histoire la figure de Nagayama, jeune homme marginal qui rappelle directement le parcours du meurtrier Nagayama Norio.
Son apparition donne au récit une gravité supplémentaire, car derrière les errances de Migeru se dessine une autre trajectoire possible pour cette jeunesse abandonnée.
Deux garçons issus de la même époque, écrasés par la pauvreté, mais qui ne prennent évidemment pas le même chemin.
Le manga ne cherche pourtant jamais à transformer cette réalité en leçon de morale.
Maruo préfère l’ironie, la provocation, les références culturelles et une succession de situations qui deviennent progressivement de plus en plus malsaines.
Il se moque au passage de cette contre-culture qui prétend vouloir changer le monde tout en reproduisant ses propres rapports de domination.
Les artistes autoproclamés géniaux, les révolutionnaires de salon et les apprentis intellectuels ne sont pas épargnés.
Même le rêve de devenir mangaka est traité avec une certaine cruauté : créer ne protège ni de la misère, ni de la médiocrité, ni de la violence.
J’ai surtout aimé cette façon qu’a Maruo de transformer son propre imaginaire en piège narratif.
Sous ses allures de chronique underground, Underground raconte finalement quelque chose de très simple : que faire de ses rêves lorsqu’on n’a absolument rien pour les réaliser ?
Et chez Maruo, la réponse ne pouvait évidemment pas être rassurante.
On ressort de ce one-shot avec l’impression d’avoir traversé un Tokyo fantôme, coincé entre rêve de réussite, désir de création et pulsion de destruction.
Un Maruo moins immédiatement spectaculaire que dans ses œuvres les plus extrêmes, mais peut-être plus intime, plus amer et finalement assez bouleversant.

Votre avis :
4/5
Avec ce deuxième tome, Pet devient encore plus fascinant… et surtout beaucoup plus malsain.
Là où le premier volume posait les règles, celui-ci s’intéresse davantage aux dégâts qu’elles provoquent chez ceux qui les utilisent.
Tsukasa est clairement au centre de cette évolution.
Son rapport avec Hayashi prend une tournure particulièrement dérangeante, entre admiration, dépendance et véritable haine.
Ce qui pourrait ressembler à un simple lien entre deux personnages devient progressivement quelque chose de beaucoup plus viscéral.
Et c’est là que Miyake Ranjō frappe fort.
Elle ne raconte jamais ses personnages comme de simples victimes ou de simples bourreaux.
Tsukasa peut être bouleversant une page et franchement inquiétant quelques cases plus loin.
La confrontation avec Hayashi donne d’ailleurs au tome certaines de ses séquences les plus tendues.
On ne se bat pas avec des poings : on se bat directement avec les souvenirs, les traumatismes et les émotions.
Le principe pourrait sembler abstrait, mais l’autrice le rend terriblement concret.
Entrer dans l’esprit de quelqu’un revient ici à pénétrer dans un territoire où la moindre faiblesse peut être retournée contre lui.
Hiroki gagne également en importance et révèle une maîtrise de ses capacités qui contraste avec son apparente innocence.
Son lien avec Tsukasa devient l’un des éléments les plus troublants du récit.
Car chez ces personnages, l’affection n’est jamais vraiment saine.
Elle protège autant qu’elle enferme.
Katsuragi, de son côté, laisse entrevoir une part beaucoup plus sombre de l’organisation et de son fonctionnement.
On comprend surtout que ces jeunes capables de manipuler les souvenirs ne sont pas seulement utilisés pour leurs pouvoirs.
Ils sont maintenus dans une dépendance affective qui les rend beaucoup plus faciles à contrôler.
C’est probablement ce qui rend Pet aussi inconfortable.
La manipulation mentale n’est finalement que la partie visible du problème.
Le véritable poison se trouve dans les liens qui unissent les personnages.
Même lorsque certains cherchent à se libérer, ils restent prisonniers de ceux qui leur ont permis de survivre.
Et plus le récit avance, plus la frontière entre protéger quelqu’un et le posséder devient floue.
Le dessin participe pleinement à cette sensation d’étouffement, avec des passages mentaux volontairement déstabilisants.
Les souvenirs ne sont jamais présentés comme quelque chose de fiable ou d’immuable.
Ils peuvent être déformés, détruits, reconstruits… mais certaines blessures refusent visiblement de disparaître.
C’est cette idée qui donne au tome 2 une vraie puissance émotionnelle.
Pet ne cherche pas à nous rassurer : il nous enferme dans la tête de personnages profondément abîmés.
Un deuxième tome plus sombre, plus intime et surtout plus cruel.
Et quand arrive la dernière partie, une seule envie domine : comprendre jusqu’où cette histoire va pouvoir aller.

Votre avis :
5/5
Avec ce dixième tome, Hirayasumi franchit un cap sans jamais donner l’impression de forcer son évolution.
Et c’est probablement là que Shinzō Keigo est le plus fort : faire avancer ses personnages sans les transformer artificiellement.
Cette fois, Hiroto revient véritablement au centre du récit, alors que Natsumi continue de se débattre avec son manga et ses propres exigences.
Elle qui voulait avancer se retrouve rattrapée par les délais, la fatigue et cette pression de devoir prouver qu’elle a quelque chose à raconter.
Hiroto, lui, semble toujours aussi détaché… sauf qu’une question commence sérieusement à le rattraper : qu’est-ce qu’il veut faire de sa vie ?
Le garçon qui semblait avoir parfaitement accepté de ne rien planifier se découvre finalement incapable de rester éternellement immobile.
Et cette contradiction donne au personnage une profondeur nouvelle.
J’ai particulièrement aimé la manière dont le manga traite cette prise de conscience sans transformer Hiroto en héros soudainement ambitieux.
Il avance à sa façon, par petites impulsions, presque malgré lui.
Même chose pour Yomogi, coincée depuis longtemps entre les sentiments de Hiroto et ceux d’Ishikawa.
Son refus ne ressemble d’ailleurs pas vraiment à une fermeture définitive, mais plutôt à l’incapacité de choisir quand choisir implique de bouleverser son quotidien.
À côté, Akari franchit un vrai seuil avec son exposition et la perspective de partir étudier en Allemagne.
Et forcément, la question de Yamada devient beaucoup plus concrète : rester ou suivre quelqu’un qu’il aime dans une aventure qui n’était pas la sienne ?
C’est précisément ce genre de dilemme qui fait la force de Hirayasumi.
Personne ne reçoit une révélation miraculeuse et personne ne possède la bonne réponse.
Même les rencontres les plus anodines, comme celle avec Shibata et son appartement complètement envahi, trouvent leur place dans cette réflexion sur la manière de vivre.
Shinzō Keigo refuse toujours le spectaculaire, mais il sait créer de véritables secousses avec trois phrases et une conversation autour d’un repas.
Le chapitre consacré au ramen, notamment, possède cette simplicité trompeuse qui finit par toucher beaucoup plus profondément qu’elle ne devrait.
Puis arrive Noël, avec ce sentiment étrange que quelque chose est en train de se déplacer dans la vie de chacun.
Le plus beau, finalement, est que personne ne semble réellement savoir où tout cela va mener.
Hirayasumi parle moins de trouver sa voie que d’accepter enfin de commencer à la chercher.
Et après dix tomes, Hiroto n’est plus simplement celui qui refuse de courir : il commence à comprendre pourquoi il doit peut-être se mettre en mouvement.
Un tome doux en apparence mais beaucoup plus important qu’il n’y paraît et qui rapproche doucement Hirayasumi de son dernier virage.

Votre avis :
5/5
Avec ce huitième tome, Saint Seiya entre dans une zone où chaque combat semble désormais pouvoir coûter la vie à l’un des héros.
Après le face-à-face avec Shaka, le récit enchaîne avec Shura et transforme le duel contre le Capricorne en véritable épreuve de foi.
Shura n’est pourtant pas seulement un obstacle : sa conviction aveugle envers le Pope donne au combat une dimension tragique.
La confrontation avec Shiryu fonctionne particulièrement bien parce qu’elle oppose deux conceptions de la justice, avant de bouleverser définitivement le destin du Dragon.
L’Excalibur devient alors bien plus qu’une technique spectaculaire : elle devient un héritage.
Mais c’est surtout Hyoga qui porte ce volume vers une intensité émotionnelle remarquable.
Après avoir été libéré de son cercueil de glace, il doit affronter Camus dans un duel qui ressemble davantage à un dialogue entre maître et disciple qu’à un simple combat.
Camus refuse de lui faire le moindre cadeau, tandis que Hyoga s’obstine à avancer malgré son état.
La scène atteint une forme de beauté glaciale lorsque les deux hommes se retrouvent pratiquement au même niveau de maîtrise du froid.
Le passage fonctionne parce que la victoire importe finalement moins que la reconnaissance mutuelle.
Puis vient Milo, et avec lui une autre facette de la bataille : celle de la volonté.
Le Scorpion pousse Hyoga jusqu’à ses dernières limites avec ses Scarlet Needle, transformant chaque coup en compte à rebours vers la mort.
Milo comprend pourtant que le jeune chevalier de bronze possède quelque chose que la simple puissance ne peut mesurer.
Son intervention autour de Camus donne d’ailleurs au personnage une épaisseur inattendue, loin du simple gardien de temple.
En parallèle, le sacrifice d’Ikki face à Shaka rappelle que les chevaliers d’or ne sont pas seulement des adversaires surpuissants, mais de véritables murs narratifs.
Même lorsqu’ils semblent invincibles, les chevaliers de bronze continuent de progresser à travers leurs défaites.
Le message laissé par Aiolos apporte ensuite une respiration étonnamment émouvante au milieu de cette course contre la montre.
Son testament transforme les cinq héros en héritiers d’une mission qui les dépasse complètement.
Puis le récit bascule vers le palais du Pope, où l’atmosphère devient soudain beaucoup plus inquiétante.
Le visage du Pope, son comportement et sa présence presque irréelle annoncent que le véritable ennemi n’est plus très loin.
La mise en scène finale, avec cette identité qui s’apprête à éclater, possède une efficacité presque théâtrale.
La Final Edition renforce encore certaines scènes par ses retouches graphiques et ses ajustements de dialogues, sans dénaturer la puissance de l’original.
Ce tome est surtout remarquable parce qu’il fait passer Saint Seiya du simple tournoi héroïque à une tragédie mythologique où chaque victoire laisse une cicatrice.
Et lorsque le rideau tombe sur le Pope, on comprend que tout ce qui précédait n’était finalement que le prélude au véritable affrontement.

Votre avis :
5/5
Ce tome prend un virage étonnamment intime sans jamais perdre l’énergie qui fait la force de la série.
Après l’affrontement autour de la sœur de Kiryu, Sakura et son camarade se retrouvent une nouvelle fois côte à côte, et cette proximité dit beaucoup du chemin parcouru.
Le Sakura qui fonçait seul vers le sommet commence désormais à comprendre que la force peut aussi se construire dans le regard des autres.
C’est justement cette question du « sommet » qui devient le véritable moteur du volume.
Après avoir vu Umemiya affronter Takiishi, Sakura mesure brutalement l’écart qui le sépare encore de celui qu’il considère comme l’incarnation de la puissance.
Le problème n’est donc plus seulement de devenir le plus fort : il doit comprendre ce que signifie réellement être au sommet.
Et c’est là que Togame intervient, avec une justesse qui tranche avec les habituels discours de motivation.
Leur virée au festival d’été aurait pu n’être qu’une parenthèse légère ; elle devient au contraire l’un des moments les plus importants du parcours de Sakura.
Togame ne lui demande pas de devenir Umemiya, mais de trouver ce que peut être sa propre manière d’avancer.
Cette idée paraît simple, mais elle touche directement au cœur du personnage.
Sakura a longtemps construit son identité contre les autres ; il commence ici à la construire avec eux.
Même la rencontre avec Yugo participe à cette évolution, en montrant combien les liens noués par Togame autour de Sakura ont désormais une véritable portée.
Le tome change ensuite complètement de registre avec l’école de Furin et l’arrivée de Natsuki.
Cette gamine agressive, qui rejette immédiatement les autres et refuse même sa propre fête de bienvenue, aurait pu n’être qu’un nouveau personnage secondaire.
Nii Satoru en fait pourtant un miroir particulièrement pertinent de Sakura et de Kotoha.
Parce que derrière son agressivité, Natsuki cherche surtout à vérifier si quelqu’un peut rester malgré son rejet.
Et Sakura, avec sa délicatesse involontaire, comprend cela bien mieux qu’il ne pourrait l’expliquer.
Le voir la raccompagner sur son dos puis rester près d’elle pendant le repas est probablement l’un des plus beaux rappels de son évolution.
Plus encore, le flash-back consacré à Kotoha et à Umemiya donne une profondeur supplémentaire à cette séquence.
On comprend alors que la capacité à tendre la main aux caractères les plus difficiles n’est pas apparue par magie chez Sakura.
Le volume crée ainsi un véritable fil entre les générations de Furin : ceux qui ont été sauvés deviennent à leur tour capables de sauver quelqu’un.
C’est précisément là que WIND BREAKER dépasse définitivement le simple manga de baston.
Nii Satoru sait que ses combats sont spectaculaires, mais il sait surtout que leur véritable enjeu est ce qui reste une fois les coups terminés.
Le tome 23 est peut-être moins explosif que certains précédents, mais il est beaucoup plus important pour Sakura.
Un volume de transition en apparence, mais en réalité un formidable chapitre de maturation : Sakura ne cherche plus seulement à atteindre le sommet, il commence enfin à comprendre pourquoi il veut y arriver.

Votre avis :
5/5
MAD confirme avec ce troisième tome qu’il possède quelque chose de vraiment particulier.
Yusuke Otori intensifie encore la tension et livre un volume plus sombre, plus brutal et surtout beaucoup plus riche.
L’intrigue autour de Jéricho, où John se retrouve prisonnier, pousse le personnage dans une situation particulièrement éprouvante.
Son isolement et les épreuves qu’il endure donnent une dimension beaucoup plus humaine à son parcours.
En parallèle, l’expédition menée par les Compatibles permet d’explorer davantage cet univers dévasté et ses zones encore inconnues.
Cette partie apporte surtout de nouvelles interrogations sur les extraterrestres et sur leur véritable nature.
Et c’est probablement là que MAD devient le plus fascinant.
L’ennemi n’est plus simplement une menace à éliminer : il devient progressivement un mystère que les personnages doivent comprendre.
La frontière entre l’humain et l’alien continue ainsi de se brouiller, avec des conséquences particulièrement intrigantes.
Otori sait parfaitement distiller ses informations sans jamais donner l’impression de tout révéler trop rapidement.
Chaque réponse apporte finalement son lot de nouvelles questions.
Le rythme est également remarquable, alternant passages d’action extrêmement violents et séquences beaucoup plus oppressantes.
Certaines scènes dégagent une véritable sensation de malaise, renforcée par les décors en ruine et cette impression permanente que le danger peut surgir à tout moment.
Graphiquement, le manga est toujours aussi impressionnant.
Les créatures possèdent des silhouettes et des textures organiques particulièrement dérangeantes, tandis que les environnements donnent une vraie ampleur au monde imaginé par l’auteur.
Mais ce qui me plaît le plus dans ce tome, c’est cette capacité à ne jamais se contenter d’être un simple manga de survie.
MAD construit peu à peu une réflexion sur l’identité, la transformation et la frontière entre ce qui est humain et ce qui ne l’est plus.
John lui-même devient le reflet de cette question, à mesure que les événements l’obligent à dépasser ses propres limites.
Le récit gagne donc en profondeur sans perdre son efficacité ni sa brutalité.
Et surtout, ce troisième tome donne réellement l’impression que l’histoire prend son envol.
L’univers s’élargit, les mystères se multiplient et la menace paraît plus inquiétante que jamais.
C’est exactement le genre de volume qui donne envie de poser immédiatement le suivant sur la table.
MAD atteint ici un équilibre particulièrement réussi entre horreur, action, science-fiction et mystère.
Un véritable coup de cœur pour ce troisième tome, qui transforme une excellente découverte en série que j’attends désormais avec une réelle impatience.

Votre avis :
5/5
Avec ce sixième volume de l’édition Prestige, Kentarō Miura referme l’Âge d’or dans une déflagration qui dépasse tout ce que le récit avait laissé entrevoir.
Les dernières résistances de la Troupe du Faucon sont d’abord confrontées à la brutalité de Wyald, créature grotesque dont la sauvagerie rappelle que l’horreur de Berserk ne vient pas uniquement des champs de bataille.
Mais derrière cette violence physique se joue surtout une tragédie beaucoup plus intime : Griffith n’est plus l’homme charismatique qui guidait autrefois ses troupes.
Brisé dans son corps comme dans ses ambitions, il devient presque silencieux, réduit à observer ceux qui l’entourent.
Cette transformation modifie complètement la dynamique du groupe et donne à chaque regard une importance nouvelle.
Guts, lui, découvre progressivement que sauver Griffith ne signifie pas nécessairement pouvoir retrouver celui qu’il était.
Son attachement à Casca devient également plus évident, alors que la jeune femme cesse peu à peu d’être uniquement la guerrière déterminée qu’elle semblait être.
Miura prend le temps de faire émerger cette fragilité avant de précipiter ses personnages dans l’abîme.
C’est précisément cette préparation qui rend la seconde moitié du volume aussi difficile à encaisser.
Lorsque le Beherit s’active enfin, le récit abandonne brutalement les repères du drame historique pour basculer dans une horreur métaphysique.
L’apparition de la Main de Dieu donne à l’Éclipse une dimension presque cosmique, mais Miura ne perd jamais de vue les individus pris au piège de cet événement.
Le véritable choc ne vient donc pas seulement de la monstruosité des créatures, mais de la décision que Griffith doit prendre.
Tout ce qu’il a construit depuis son enfance se retrouve soudain placé sur une balance dont le prix est humain.
La question du rêve, longuement développée auparavant, prend alors une signification terriblement concrète.
Griffith ne devient pas monstrueux simplement parce qu’il est confronté à l’enfer : l’enfer révèle jusqu’où il est prêt à aller pour poursuivre son ambition.
Face à lui, Guts représente au contraire l’attachement à ceux qui donnent un sens à une existence, même lorsque cette existence est faite de combats et de souffrance.
Le contraste entre les deux hommes atteint ici une intensité remarquable.
Miura utilise également Casca pour faire de cette catastrophe autre chose qu’un simple massacre : elle devient le centre émotionnel autour duquel se cristallisent les liens entre les trois protagonistes.
Graphiquement, certaines planches de l’Éclipse donnent l’impression que la page elle-même ne suffit plus à contenir les corps, les monstres et la panique.
Les compositions deviennent vertigineuses, tandis que les silences et les regards remplacent parfois les dialogues.
Cette maîtrise du découpage explique pourquoi les scènes les plus terribles ne reposent pas uniquement sur le gore, mais sur l’attente de ce qui semble inévitable.
Le volume 6 est ainsi moins une conclusion qu’un point de rupture : après l’Éclipse, le Berserk que l’on connaissait ne peut plus exister.
Miura transforme la chute d’une troupe de mercenaires en tragédie sur le désir, l’ambition, l’amitié et le prix d’un rêve.
Et lorsque les dernières pages se referment, le sentiment dominant n’est pas seulement l’horreur : c’est celui d’avoir assisté à la destruction méthodique d’un monde auquel on s’était attaché.

Votre avis :
4/5
Un cap de franchi avec ce volume ! Et c'est tant mieux car je renoue enfin avec l'intérêt de cette série.
Après la violence du tome précédent, la classe A décide de capturer Nagi afin de retrouver le Sensei qu’elle connaissait autrefois.
Mais cette volonté de sauver leur professeur les conduit à dépasser une limite en s’en prenant à quelqu’un de précieux pour Nagi.
La réaction du jeune homme est immédiate : sa colère transforme la confrontation avec Waniguchi en véritable duel de volonté.
Ce face-à-face constitue l’un des grands moments du volume, parce qu’il ne repose pas uniquement sur la puissance physique.
Waniguchi apparaît enfin comme un véritable contrepoids à Nagi, avec une détermination qui donne une autre dimension à leur rivalité.
Pourtant, Yashiro ne s’arrête pas à l’affrontement : ce conflit ouvre progressivement la voie à une réconciliation avec les membres de la classe A.
C’est là que le volume surprend le plus, en faisant évoluer les rapports entre personnages plutôt qu’en enchaînant simplement les combats.
La relation entre Nagi et Naozumi gagne également en importance.
Affaibli par le Death Rock, Nagi ne peut plus compter uniquement sur ses propres capacités.
Naozumi devient alors bien davantage qu’un simple soutien technique : il participe directement à la nouvelle évolution du Tank Chair.
Et cette évolution porte un nom particulièrement spectaculaire : le Mark Nine, ou « Octo Power Assist ».
Cette nouvelle forme ne ressemble pas à un simple changement esthétique destiné à impressionner.
Elle matérialise au contraire l’idée que Nagi devient plus dangereux lorsqu’il accepte de combattre avec les autres.
C’est une évolution particulièrement intéressante pour une série construite autour d’un héros dont la force repose justement sur l’isolement et la réaction à la menace.
Le dessin de Yashiro accompagne parfaitement cette progression, avec des affrontements où la lisibilité du mouvement reste aussi importante que leur brutalité.
Le volume conserve ainsi cette identité visuelle faite de corps déformés, de machines massives et d’attaques qui semblent constamment sur le point de déborder du cadre.
Mais derrière cette démesure, le véritable enjeu reste désormais le lien entre les élèves et leur professeur.
Lorsque Nagi et la classe A se retrouvent face à Sensei, le combat prend une dimension presque intime.
Ce qui était présenté comme une mission de sauvetage devient alors une confrontation entre une génération d’élèves et celui qui les a façonnés.
Le tome prépare ainsi naturellement un changement de perspective autour du passé de Sensei et de la mystérieuse organisation qui gravite autour de lui.
Surtout, Yashiro évite de donner l’impression que la menace est déjà totalement définie : l’Ordre semble encore dissimuler plusieurs zones d’ombre.
Ce neuvième volume fonctionne donc comme un véritable tournant : il referme une première partie du conflit tout en ouvrant une histoire beaucoup plus personnelle.
Tank Chair reste explosif, mais ce sont désormais ses personnages et leurs liens qui donnent à cette déferlante d’action toute sa puissance.

Votre avis :
4/5
Avec ce cinquième tome, Ikka Matsuki ouvre une nouvelle phase particulièrement ambitieuse de son récit.
Après la guerre contre le Seii, le Japon de Nippon Sangoku change brutalement de visage.
Taira Denki obtient le titre de roi et transforme progressivement son pouvoir politique en véritable domination personnelle.
La scène de son accession résume à elle seule la mécanique de ce nouveau régime : intimidation, violence et soumission remplacent les derniers simulacres d’autorité impériale.
Quatre années passent alors, permettant à Matsuki de montrer les conséquences concrètes de cette prise de pouvoir.
Le pays semble plus stable, mais cette stabilité repose désormais sur une concentration inquiétante du pouvoir entre les mains d’un seul homme.
C’est dans ce contexte qu’Aoteru retrouve enfin sa liberté après son long emprisonnement.
Sa confrontation avec Denki est d’autant plus forte qu’elle repose moins sur la colère que sur une maîtrise de soi presque glaçante.
Aoteru refuse de sacrifier son objectif de paix à son désir de vengeance, malgré la présence de l’homme responsable de la mort de son épouse.
Cette décision donne au personnage une profondeur nouvelle et transforme sa quête personnelle en véritable projet politique.
Le tome marque surtout son passage décisif du théoricien au stratège capable d’influencer directement le cours d’une bataille.
Son association avec Asama Yoshitsune constitue à ce titre l’une des grandes réussites du volume.
Leur confiance réciproque donne une remarquable fluidité aux préparatifs comme à l’exécution des opérations militaires.
La bataille du mont Kasagi permet enfin de mesurer concrètement ce que valent les capacités tactiques d’Aoteru.
Plutôt que de miser uniquement sur la puissance militaire, Matsuki construit l’affrontement autour de la lecture du terrain, de l’anticipation et de la capacité à exploiter les failles adverses.
Le récit gagne ainsi une dimension presque pédagogique sans jamais perdre son efficacité dramatique.
Cette évolution élargit également l’univers : les territoires, les rapports de force et les enjeux géographiques deviennent aussi importants que les personnages eux-mêmes.
Mais le plus intéressant reste le paradoxe qui se dessine autour d’Aoteru : pour construire le monde qu’il souhaite, il doit momentanément servir celui qu’il entend un jour renverser.
La relation entre Aoteru et Asama conserve elle aussi une part d’ambiguïté, leur alliance reposant autant sur leurs intérêts communs que sur une véritable confiance.
Matsuki évite ainsi de transformer ses personnages en simples pièces d’un échiquier politique et laisse planer le doute sur leurs choix futurs.
Visuellement, les affrontements conservent cette nervosité caractéristique de la série, avec une mise en scène qui privilégie la lisibilité des mouvements et la brutalité des conséquences.
Ce cinquième tome fonctionne donc comme un formidable tremplin : Denki consolide son pouvoir tandis qu’Aoteru commence enfin à devenir le stratège annoncé depuis le début.
L’arc de la « Chasse au clan Taira » ne fait que commencer, mais cette première étape pose déjà les bases d’un affrontement politique et militaire qui pourrait changer définitivement le visage du Japon.

Votre avis :
4/5
Choujin X atteint avec ce treizième tome un degré d’intensité rarement égalé depuis le début de la série.
La bataille autour de la tour de Zora semblait pourtant toucher à son terme lorsque Tokio choisit la voie du dialogue plutôt que celle de la confrontation.
Ce choix résume à lui seul l’évolution d’un héros qui refuse désormais de considérer l’affrontement comme l’unique réponse possible.
Mais l’irruption de Bâtista fait voler en éclats cette fragile perspective de paix.
Avec lui, Ishida transforme progressivement le combat en véritable cauchemar métaphysique.
Son pouvoir de reconstruction bouleverse jusqu’à la notion même de victoire : ce qui vient d’arriver peut être défait, puis recommencer.
Chaque tentative de Tokio, d’Eli et de Thunderbolt semble ainsi condamnée à être absorbée par un adversaire qui peut réécrire l’issue du combat.
Cette mécanique donne aux affrontements une dimension particulièrement oppressante, car l’accumulation des efforts ne garantit plus aucun progrès.
Pourtant, le véritable tour de force du volume réside moins dans cette démesure que dans ce qu’elle révèle de Bâtista.
Son obsession pour Hartley cesse d’être celle d’un simple antagoniste avide de puissance.
Le récit revient sur l’homme qu’il était avant que le deuil et la culpabilité ne dévorent tout le reste.
La découverte de la vérité sur la mort de Hartley et de son enfant donne alors à sa quête une dimension tragiquement intime.
Bâtista ne cherche pas seulement à vaincre ses ennemis : il veut reprendre possession d’un passé qu’il considère comme volé.
Et c’est précisément là que son affrontement avec Tokio devient passionnant.
Tokio regarde vers un avenir encore incertain tandis que Bâtista veut abolir le présent pour retrouver celui qu’il a perdu.
Deux conceptions du temps et de la souffrance se retrouvent ainsi face à face.
Eli apporte une contradiction indispensable à l’idéalisme de Tokio, notamment lorsqu’elle envisage une solution beaucoup plus radicale.
Son épuisement psychologique rappelle que les conséquences de cette guerre ne peuvent pas être effacées par de belles intentions.
Même Thunderbolt, lorsqu’il tente de ramener Bâtista à la raison, se heurte à un frère qui n’est plus celui qu’il connaissait.
Graphiquement, Ishida accompagne cette fracture par des transformations toujours plus dérangeantes, où les corps paraissent perdre leurs limites naturelles.
La monstruosité n’est cependant jamais gratuite : elle matérialise les blessures intérieures des personnages.
Le tome réussit ainsi à faire cohabiter l’absurde, le grotesque, la violence et une mélancolie presque poignante.
Quelques passages peuvent volontairement donner le sentiment de perdre pied tant les pouvoirs de Bâtista dépassent les règles habituelles du récit.
Mais cette confusion participe aussi à l’expérience : face à un homme capable de recommencer le monde, le lecteur ne possède plus de terrain stable.
Avec ce treizième volume, Choujin X ne se contente donc pas de préparer un nouvel affrontement : il interroge ce que signifie réellement vouloir réparer le passé, et frappe surtout par son mélange de vertige, de cruauté et d’émotion.

Votre avis :
5/5
Du grand art, un volume d'une virtuosité narrative qui pousse à l'admiration ! Avec ce dixième tome, After God opère un vertigineux retour aux sources : et si tout ce que nous pensions être le début n’était en réalité qu’une étape parmi d’autres ? Face à Worokapi, Tokinaga livre enfin le récit de ce qui lui est arrivé dans le « premier monde », avant même l’apparition des IPO. C’est là qu’il rencontre Waka, une jeune femme dont les paroles étrangement familières suggèrent immédiatement que quelque chose échappe à la logique. Car Waka semble connaître Tokinaga avant même de véritablement le rencontrer. Son énigmatique « cette fois encore » prend alors une dimension particulièrement troublante. À mesure que son récit progresse, Tokinaga découvre surtout que cette première rencontre est le point de départ d’une succession de tragédies. La mort de Waka, l’apparition de Nisroka et le contrat qui s’ensuit font basculer l’histoire dans une mécanique de répétition dont Tokinaga ne semble jamais pouvoir sortir. Le manga transforme ainsi le traditionnel voyage dans le temps en véritable piège : chaque tentative pour réparer le passé produit une nouvelle version du désastre. La révélation des différentes itérations de la vie de Tokinaga donne d’ailleurs un autre poids à des événements que l’on croyait jusqu’ici définitifs. Certaines vies ont été meilleures que celle que nous connaissons : dans l’une d’elles, Waka et Shion survivent et construisent même une vie heureuse. Mais Tokinaga refuse de s’arrêter là, incapable de considérer son propre bonheur comme suffisant tant que le reste du monde demeure condamné. C’est probablement l’un des aspects les plus forts du volume : son héros n’est pas prisonnier de la boucle uniquement à cause d’une malédiction. Il l’est aussi à cause de sa propre conception du bien. Chaque retour en arrière devient donc à la fois un acte de compassion et une nouvelle condamnation. Et le prix de ces retours est terrible : son corps se pétrifie progressivement, transformant son pouvoir en compte à rebours. Pendant ce temps, la figure de Waka se complexifie encore lorsque le passé révèle son lien avec la « sorcière » et avec Nisroka. Le rapport entre Waka, Alura et les IPO oblige alors à reconsidérer la place qu’occupe réellement cette jeune femme dans le récit. Ce qui ressemblait autrefois à une simple énigme personnelle devient une pièce du fonctionnement même du monde. C’est là toute la réussite du tome 10 : il ne se contente pas de répondre aux questions accumulées depuis le premier volume. Il revient sur ces questions pour leur donner un sens différent, parfois même contradictoire avec notre première lecture. Le véritable tour de force d’Akemi Enoshima est ainsi de faire du passé non pas une explication, mais une nouvelle source d’incertitude. Plus Tokinaga raconte, plus le lecteur comprend que la chronologie d’After God est elle-même devenue un piège. À l’arrivée, le tome 10 ressemble moins à une pause explicative qu’à une gigantesque pièce manquante venant modifier l’ensemble du puzzle. Et lorsqu’on referme le volume, l’envie de retourner au premier tome devient presque irrésistible : certaines scènes ne peuvent tout simplement plus être regardées de la même manière.

Votre avis :
4/5
Avec ce septième tome, Immortalité et Châtiment franchit enfin le seuil du love hotel.
Mais sortir de cette prison ne signifie aucunement retrouver la liberté.
Satô transforme même l’évasion en une nouvelle descente aux enfers.
Le kidnapping de Mei par Rumiya précipite une confrontation d’une brutalité saisissante.
Face à lui, Kazahari comprend surtout qu’il ne lui reste plus beaucoup de temps.
Son sacrifice constitue sans doute le moment le plus marquant de ce volume.
Parce qu’il ne cherche pas seulement à survivre : il choisit enfin pour qui il veut mourir.
La mise en scène de sa dernière lutte possède une sobriété presque étonnante.
Satô évite d’en faire un héros traditionnel, et c’est précisément ce qui rend son destin poignant.
Son dernier regard donne davantage de poids au personnage que toutes ses apparitions précédentes.
À peine cette perte digérée, le récit refuse pourtant de laisser respirer ses survivants.
L’arrivée du mari de Misawa permet une fuite in extremis, mais révèle une nouvelle horreur.
Akari est vivante, oui, mais déjà condamnée par l’infection.
La détresse de Misawa rappelle alors que, dans cet univers, survivre peut devenir une autre forme de souffrance.
Le groupe quitte enfin l’espace claustrophobique du quartier de Shinjuku.
Pourtant, l’ouverture du monde ne produit aucun sentiment de soulagement.
L’idée d’Edo apparaît comme une promesse de refuge aussi fragile qu’incertaine.
Et c’est justement là que Fumito recommence à s’isoler.
Alors que les autres tentent de sauver leur avenir, lui retourne vers son passé.
Sa décision de partir à la recherche de Shoka donne au tome une inflexion beaucoup plus intime.
Le zombie cesse alors d’être son seul adversaire : la culpabilité redevient son véritable ennemi.
Le contraste entre la fuite collective et cette quête personnelle fonctionne particulièrement bien.
Satô fait ainsi converger deux histoires qui semblaient jusque-là avancer en parallèle.
La violence reste omniprésente, mais ce sont désormais les choix des personnages qui font le plus mal.
Un tome charnière, cruel et fortement tendu, qui transforme la survie en véritable question morale.

Votre avis :
5/5
Quand le sprint devient un combat intérieur !
Le quinzième tome délaisse momentanément Sakamichi pour placer Hakone et Kyoto Fushimi au centre de la course.
Une décision qui pourrait sembler risquée, mais qui permet à Wataru Watanabe de révéler une nouvelle facette de son affrontement entre équipes.
Tout part d'une provocation de Midôsuji, qui cherche moins à battre Hakone qu'à fissurer mentalement ses coureurs.
Face à lui se dresse Shinkai, l'as sprinteur de l'équipe championne.
Derrière son calme habituel se cache pourtant une blessure que Midôsuji s'est donné la peine de déterrer.
Des années auparavant, Shinkai a percuté un lapin alors qu'il tentait de dépasser un adversaire par la gauche.
Depuis, cette simple portion de la route est devenue pour lui une frontière infranchissable.
Le détail pourrait paraître extravagant, mais Watanabe en fait progressivement un véritable enjeu dramatique.
Car Midôsuji comprend que la meilleure manière de battre Shinkai n'est pas forcément d'aller plus vite que lui.
Il lui suffit de l'empêcher d'utiliser pleinement ses propres capacités.
Le duel devient alors une bataille psychologique autant qu'un sprint.
C'est là que le tome trouve sa véritable force : la vitesse ne dépend plus seulement des jambes, mais de ce que le coureur est capable d'affronter.
Face à la froideur calculatrice de Midôsuji, Shinkai oppose une mémoire douloureuse et la confiance de ceux qui ont continué à croire en lui.
La présence de Fukutomi dans son passé donne d'ailleurs une profondeur inattendue au personnage.
On comprend que le « démon de la ligne droite » n'est pas né d'une simple volonté de dominer ses adversaires.
Il est aussi le résultat d'une lutte intime contre sa propre peur.
Lorsque Shinkai finit par accepter de franchir cette limite, son changement d'attitude est particulièrement saisissant.
Watanabe transforme alors le sprint en véritable scène de libération, avec des visages et des postures poussés jusqu'à l'extrême.
Cette démesure graphique peut sembler excessive, mais elle correspond parfaitement à la logique émotionnelle du manga.
Pendant ce temps, Sakamichi et Tadokoro poursuivent leur remontée, rappelant que la course ne se résume jamais aux hommes qui occupent la tête.
Le contraste entre leur progression et le duel des sprinteurs entretient ainsi une tension permanente dans le peloton.
Et surtout, le tome montre que chaque coureur transporte avec lui une histoire qui peut devenir une force… ou une faiblesse.
Midôsuji excelle précisément parce qu'il sait transformer cette fragilité en arme.
Shinkai, lui, découvre qu'il peut reprendre le contrôle de ce qu'il croyait définitivement perdu.
Un quinzième volume particulièrement nerveux, qui fait du sprint non pas une simple démonstration de puissance, mais un combat contre soi-même.