Adesio
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Éditorialiste
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Gachiakuta tome 16
Votre avis :
star star star star star-empty 4/5
J’avais été assez sévère avec le tome 15, alors je suis plutôt content de le dire : j’ai davantage apprécié ce seizième volume. Pas au point de lever toutes mes réserves, loin de là, mais j’ai retrouvé ici un peu plus de ce qui m’avait accroché au début. L’intrigue avance enfin sur plusieurs fronts, avec cette recherche du Choker Maker qui conduit Rudo et les autres jusqu’au Doll Festival. Et forcément, l’arrivée de Too Lily apporte quelque chose de très particulier à cette séquence. J’aime beaucoup la manière dont Gachiakuta transforme ce festival en terrain de jeu aussi coloré que franchement inquiétant. Derrière les costumes, le spectacle et l’excentricité, le manga continue surtout à empiler ses mystères. Le problème, c’est que j’ai encore parfois l’impression de devoir courir derrière lui pour comprendre où il veut m’emmener. L’histoire de Rudo et des Shurbreck prend de l’importance, notamment avec le lien révélé autour des Watchmen Series. Sur le papier, c’est intrigant. À la lecture, je reste malgré tout avec pas mal de questions et surtout une sensation de confusion qui ne me quitte pas. Je comprends l’ambition de construire progressivement un univers immense, mais j’aimerais parfois que Gachiakuta me laisse respirer deux secondes. En revanche, j’ai nettement plus accroché à la partie consacrée à la mission contre les Hanjū. Rudo y prend davantage sa place, et le fait qu’il obtienne quelque chose de plus précieux qu’une simple victoire m’a davantage touché. C’est aussi là que je retrouve le Rudo que j’aime : impulsif, imparfait, mais réellement en train de grandir. Puis le Doll Festival reprend ses droits et le manga bascule progressivement vers quelque chose de beaucoup plus inquiétant. Too Lily fonctionne particulièrement bien dans cette montée de tension. Et Mymo finit par donner au volume une vraie décharge électrique avec son pouvoir de contrôle. L’idée d’utiliser le sang, les chokers et leur fabrication pour prendre possession des autres est franchement malsaine. J’ai aimé cette manière de transformer un objet déjà mystérieux en véritable instrument de domination. Visuellement, par contre, je ne peux toujours pas reprocher grand-chose à Kei Urana : c’est nerveux, fouillé, reconnaissable entre mille. Certaines planches ont une énergie que beaucoup de séries d’action pourraient lui envier. Mais cette virtuosité graphique ne suffit pas toujours à dissiper le brouillard de l’intrigue. Je termine donc ce tome 16 avec davantage d’envie de poursuivre qu’après le précédent, ce qui est déjà une bonne nouvelle. Gachiakuta me plaît toujours, mais j’attends désormais qu’il transforme enfin toutes ses idées en une histoire aussi limpide que spectaculaire.
Suicide red tome 2
Votre avis :
star star star star star 5/5
J’avoue avoir débuté ce tome 2 de Suicide Red avec une certaine fébrilité. Je crois beaucoup en Harimaru et j’ai vraiment envie que sa première œuvre soit un succès. Mais je veux aussi rester honnête avec moi-même : si je n’aime pas, je me le dirai. Et bonne nouvelle : j’ai aimé ce second opus. Vraiment. J’y ai même trouvé quelque chose de plus personnel que dans le premier tome. Madoka reste cette tête brûlée que j’aime suivre, toujours prête à foncer avant de réfléchir. Mais cette fois, son impulsivité prend une dimension différente parce que sa quête devient beaucoup plus concrète. Le grand-père n’est plus seulement une motivation lointaine qui sert à justifier son envie d’entrer dans la Zone Rouge. Harimaru commence à faire peser cette histoire sur Madoka de manière beaucoup plus brutale. Et certaines images autour de cette découverte m’ont franchement marqué. J’ai notamment aimé la façon dont le récit joue avec ce que Madoka croit retrouver… et ce qu’elle est réellement prête à affronter. Kid, de son côté, fonctionne toujours aussi bien à mes yeux. Le duo apporte ce mélange d’action, d’humour et d’étrangeté qui fait le charme de Suicide Red. Mais ce que je retiens surtout de ce tome, c’est son univers qui commence enfin à respirer davantage. La forêt souterraine, les créatures et cette impression de descendre toujours plus profondément donnent au monde une vraie identité. Je reste particulièrement sensible au bestiaire d’Harimaru, qui peut passer du grotesque au franchement inquiétant en quelques pages. Et puis il y a cette capacité à envoyer une scène d’action sans transformer mes yeux en boule de flipper. Tout va vite, mais je comprends ce qui se passe. Et ça, je l’apprécie énormément. Le dessin est spectaculaire, mais Harimaru ne semble jamais oublier qu’un combat doit aussi raconter quelque chose. J’ai également apprécié le changement de ton de la fin, avec ce retour à un quotidien presque banal après les événements souterrains. C’est suffisamment décalé pour me faire sourire, mais surtout suffisamment étrange pour me faire comprendre que la catastrophe n’a pas fini de produire ses conséquences. Je sens surtout qu’Harimaru commence à trouver le véritable ton de son manga. Le premier tome m’avait amusé et intrigué ; celui-ci commence à me convaincre. Suicide Red n’est peut-être pas encore le shōnen qui révolutionnera le genre, mais il devient clairement celui que j’ai envie de continuer à suivre. Et maintenant, je veux voir jusqu’où Harimaru compte pousser Madoka… parce que je commence sérieusement à m’attacher à cette casse-cou.
The bugle call tome 11
Votre avis :
star star star star star 5/5
Je pensais avoir déjà tout vu avec The Bugle Call, mais ce onzième tome vient sérieusement bousculer mes certitudes. En entraînant Luka et ses compagnons dans le village des Futuriens, Mozuku Sora nous emmène sur un terrain aussi fascinant qu'inquiétant. Dès les premières pages, je me suis laissé intriguer par cet endroit aux infrastructures étranges et à l'atmosphère franchement dérangeante. Ces habitants qui semblent vivre en spectateurs des aventures de la brigade d'élite ont quelque chose de profondément malsain. Et plus le récit avance, plus je sens que quelque chose cloche. Mais c'est la découverte de cette femme donnant naissance à d'abominables créatures végétales qui fait basculer le volume dans une tout autre dimension. L'horreur surgit sans prévenir et soulève des questions vertigineuses sur l'origine des branchus. J'adore cette manière qu'a la série de faire évoluer son univers en prenant des chemins aussi imprévisibles. Ce qui me plaît particulièrement ici, c'est cette capacité à renouveler constamment la menace. On quitte les affrontements militaires pour explorer une horreur presque organique, sans jamais perdre de vue les enjeux de la guerre. Le scénario joue habilement avec notre curiosité et distille ses révélations sans éventer trop vite ses mystères. Visuellement, Higoro Toumori se régale. Son trait nerveux, ses compositions et surtout sa représentation des créatures donnent à certaines séquences une véritable puissance cauchemardesque. Je trouve que le dessin participe pleinement à cette sensation d'étrangeté qui imprègne tout le volume. Et derrière cette plongée dans l'horreur, Luka reste un personnage qui m'intéresse justement parce qu'il n'a rien d'un héros conventionnel. Son rapport au monde et à la musique apporte une singularité bienvenue à cette dark fantasy décidément pas comme les autres. Avec ce onzième tome, The Bugle Call prouve une nouvelle fois qu'il ne se contente pas d'aligner les batailles spectaculaires. Il sait aussi surprendre, déranger et enrichir son univers de façon audacieuse. Je ressors de cette lecture avec une foule de questions et une seule véritable certitude : le T 12 vite !!!
Cosmos tome 3
Votre avis :
star star star star star-empty 4/5
Avec ce troisième tome, COSMOS commence clairement à changer de dimension. Jusqu’ici, j’aimais surtout cette façon qu’a Tamura de faire cohabiter l’étrange et le quotidien sans jamais forcer le trait. Mais ici, quelque chose se fissure. L’arrivée de Kurogane Soprano apporte d’abord une sacrée bouffée d’air frais. Une enquêtrice façon gyaru, ultra-décontractée en apparence, mais redoutablement compétente. Et surtout un personnage qui ne sert pas simplement à faire joli dans le casting. Son ouïe hors norme devient un véritable outil d’enquête, mais c’est sa personnalité qui m’a vraiment accroché. J’aime beaucoup la manière dont Tamura construit ses personnages par petites touches, sans leur coller immédiatement une étiquette. Le passage avec la sœur de Kaede fonctionne dans le même esprit. Un moment beaucoup plus quotidien, presque anodin, mais qui donne encore un peu plus d’épaisseur à notre héros. Et puis le manga commence à laisser tomber quelques barrières. L’apparition de STARS, la présence de Shinonome et surtout cette menace qui gravite autour du mystérieux homme à la flûte donnent au récit une ampleur nouvelle. COSMOS n’est plus seulement une succession d’histoires étranges autour d’une compagnie d’assurance pour extraterrestres. Une intrigue de fond commence à se dessiner. Et forcément, ça m’intéresse. J’ai néanmoins une petite crainte : ne pas perdre ce qui faisait justement le charme des premiers tomes. Car plus l’univers s’élargit, plus le risque de basculer vers le manga d’action classique existe. Tamura reste heureusement très à l’aise lorsqu’il revient au quotidien. C’est même là que COSMOS me paraît le plus singulier. Un extraterrestre, une assurance, une enquête, une lycéenne en uniforme… et soudain une situation qui devient étonnamment humaine. C’est ce mélange improbable qui fait encore la différence. Le dernier arc autour du joueur de flûte leaves volontairement beaucoup de questions en suspens. Et cette fois, ce n’est pas frustrant : j’ai réellement envie de voir où Tamura veut nous emmener. COSMOS prend donc un peu plus de risques avec ce troisième tome. Et pour l’instant, je signe.
Mobile suit Gundam - The Origin tome 9
Votre avis :
star star star star star 5/5
Avec ce neuvième tome, THE ORIGIN entre dans une zone où le spectaculaire devient presque secondaire. Et c’est précisément là qu’Yasuhiko est le plus redoutable. Le passage par Side-6 pourrait n’être qu’une parenthèse avant la prochaine bataille : il devient au contraire un formidable théâtre de retrouvailles et de blessures intimes. Amuro retrouve un père qu’il aurait peut-être préféré continuer à idéaliser. Tem Ray n’est plus vraiment l’homme qu’il a connu, et cette rencontre laisse derrière elle une amertume autrement plus forte qu’un simple drame familial. Puis vient Lalah. Sa première apparition possède quelque chose d’irréel, presque suspendu, qui tranche avec la brutalité habituelle de la guerre. Yasuhiko ne cherche pas à en faire immédiatement une icône : il laisse planer le mystère autour de cette jeune femme dont la sensibilité semble déjà dépasser celle des autres. Et lorsqu’Amuro la rencontre, quelque chose passe entre eux avant même que les mots aient véritablement leur place. Le plus fascinant reste pourtant la manière dont Char observe cette évolution. Pour une fois, il n’est pas seulement le rival flamboyant d’Amuro : il devient celui qui comprend avant les autres ce qui est en train de naître chez son adversaire. La rencontre entre les deux hommes, hors du champ de bataille, possède d’ailleurs une tension assez incroyable. Pas besoin de Zaku ni de Gundam : quelques regards suffisent. Le tome élargit ensuite son jeu avec Texas, où le passé de Char et Sayla revient brutalement contaminer le présent. Leur confrontation est bien plus rugueuse que dans la série animée et donne à leur relation une violence presque familiale. C’est là que THE ORIGIN montre toute sa différence : Yasuhiko ne se contente pas de raconter ce que les personnages font, il cherche à montrer ce que leurs décisions leur ont coûté. Même les affrontements avec les Mobile Suits prennent une autre dimension, notamment lorsque les capacités d’Amuro commencent à dépasser les possibilités du Gundam. La menace n’est donc plus seulement extérieure : elle vient aussi du décalage grandissant entre l’homme et sa machine. Et derrière tout cela se dessine évidemment la question des Newtypes. Mais Yasuhiko évite encore d’en faire une simple mécanique de scénario. Le phénomène reste étrange, presque inquiétant, parce qu’il semble rapprocher certains personnages tout en les condamnant à ne plus pouvoir communiquer comme avant. Lalah donne son titre au volume, mais ce tome est surtout celui où Amuro et Char commencent véritablement à se comprendre. Ou plutôt à comprendre qu’ils ne pourront jamais se comprendre complètement. C’est cette ambiguïté qui rend le volume aussi passionnant. THE ORIGIN n'est plus seulement une relecture de Gundam : c’est désormais une tragédie humaine qui utilise la guerre comme révélateur. Et franchement, à ce stade, difficile de décrocher.
Gachiakuta tome 15
Votre avis :
star star star star-empty star-empty 3/5
Gachiakuta a toujours eu pour lui une énergie visuelle assez folle, mais ce quinzième tome commence sérieusement à me perdre. Après les révélations autour de Rudo, des Shuabreck et des mystérieux objets capables de relier le Ciel et le Bas-Monde, j’attendais que l’intrigue passe enfin à la vitesse supérieure. Raté. Le tome s’attarde essentiellement sur l’affrontement entre Rudo et Follo, alors que leur opposition paraît finalement plus artificielle que réellement passionnante. Follo prend certes une place centrale, et son évolution est plutôt bien amenée, notamment dans cette manière qu’il a de se sous-estimer tout en voulant protéger les autres. Mais est-ce suffisant pour porter tout un volume ? Pas vraiment. La confrontation avec la bête tachetée offre quelques belles séquences, surtout lorsque Follo finit par prendre ses responsabilités et que son pouvoir évolue. Visuellement, c’est évidemment spectaculaire : Kei Urana continue de lâcher des planches qui claquent. Mais derrière cette virtuosité, j’ai de plus en plus de mal à discerner la direction générale du récit. Les révélations s’empilent, les personnages apparaissent, les pouvoirs se précisent, les mystères s’épaississent… et pourtant, j’ai la sensation que l’histoire piétine. Même l’arrivée d’Amo chez les Nettoyeurs, qui devrait constituer un véritable tournant, ne parvient pas complètement à réveiller l’ensemble. Elle apporte une dynamique sympathique au groupe, mais ressemble surtout à une nouvelle pièce ajoutée sur un échiquier déjà bien chargé. Et c’est probablement ce qui me gêne le plus dans ce tome : Gachiakuta semble avoir beaucoup de choses à raconter sans parvenir à me donner envie de savoir immédiatement lesquelles. Le manga possède pourtant un univers singulier, une identité graphique reconnaissable entre mille et quelques personnages qui gagnent progressivement en épaisseur. Mais l’intrigue, elle, commence à manquer cruellement de nerf. Je comprends que le tome cherche à développer Follo et à préparer la suite avec le Doll Festival. Je comprends aussi que certains mystères autour de Rudo doivent prendre leur temps. Mais entre comprendre une construction patiente et ressentir une impression de flottement, la frontière devient ténue. Et ici, je me suis ennuyé. Ce qui est assez problématique pour un manga qui repose autant sur son explosivité. Gachiakuta reste donc impressionnant à regarder, mais ce tome 15 me laisse surtout avec une question : où veut-il réellement nous emmener ? J’espère que le prochain volume saura enfin transformer toutes ces pistes en véritable trajectoire.
Magus of the library tome 2
Votre avis :
star star star star star-empty 4/5
Après un premier tome qui ressemblait presque à un immense prologue, Magus of the Library passe enfin à la vitesse supérieure. Sept années ont passé et Sio quitte Amun avec un objectif qui paraît aussi simple qu’immense : devenir kahuna. Mais surtout, il part avec cette idée presque obsessionnelle de rejoindre Aftzack, la cité des livres, et de rendre à Sedona l’ouvrage qu’il lui doit. Et c’est précisément là que j’aime cette série : le voyage n’est jamais un simple trajet entre deux points. Chaque étape ouvre une fenêtre sur ce monde extraordinairement construit. À Hamsé, la rencontre avec Chaku et son futur mariage avec un membre du peuple lakota esquissent déjà les tensions entre peuples et les préjugés qui traversent cet univers. Puis Itzamna, ses librairies et sa rencontre explosive avec Mihona donnent au récit une énergie plus légère. Mihona est un vrai numéro : brillante, imprévisible, théâtrale, et suffisamment maladroite pour rendre chacune de ses apparitions réjouissante. À Espleo, l’arrivée d’Alf change encore la dynamique. Petit, rusé et beaucoup plus observateur qu’il n’en a l’air, il constitue immédiatement un contrepoids idéal à Sio. Et puis il y a Uira, cette étrange petite créature blanche aux yeux rouges que Sio sauve, dont la présence paraît beaucoup moins anodine qu’elle n’en a l’air. J’aime surtout la manière dont Izumi Mitsu utilise ces rencontres pour faire grandir Sio sans jamais donner l’impression qu'il devient soudainement un héros accompli. Il a travaillé, étudié, encaissé les humiliations et appris à se défendre. Le garçon du premier tome existe toujours, mais quelque chose s’est durci dans son regard. Puis Aftzack apparaît enfin. Et là, le manga change de dimension. L’examen des kahunas commence avec cette fameuse épreuve écrite de trois jours, véritable cauchemar destiné à éprouver autant l’endurance que les connaissances. Le passage fonctionne parce que l’auteur transforme quelque chose d’a priori aussi peu spectaculaire qu’un examen en véritable épreuve d’aventure. Sio lutte contre la fatigue, le doute et le temps, tandis que ses souvenirs reviennent se mêler au présent. Et lorsqu’il faut enfin puiser au fond de lui, la mise en scène devient franchement magnifique. Ce tome 2 confirme surtout que Magus of the Library n’est pas simplement un manga sur les livres. C’est un récit sur ce que le savoir peut provoquer chez quelqu’un à qui l’on a longtemps expliqué qu’il n’avait pas sa place. Et cette idée, ici, ne reste jamais au stade du discours : elle avance, voyage et prend forme avec Sio. Un deuxième tome beaucoup plus vivant, plus aventureux et surtout plus ambitieux. La grande aventure commence réellement maintenant.
Yu-gi-oh ! (édition Millénium) tome 2
Votre avis :
star star star star star 5/5
Avec ce deuxième tome, Yu-Gi-Oh ! confirme surtout une chose : à ses débuts, le manga de Kazuki Takahashi refuse obstinément de rentrer dans une case. L’arrivée de Shadi apporte une dimension beaucoup plus mystérieuse au récit, avec cet étrange personnage venu d’Égypte qui semble en savoir beaucoup trop sur Yugi et son Puzzle. Le manga commence alors à faire de son objet fétiche bien plus qu’un simple accessoire. Le Puzzle du Millénium devient une porte vers quelque chose d’ancien, de presque inquiétant, et Yugi découvre qu’il n’est peut-être pas le seul à porter un passé qui le dépasse. Les épreuves imaginées par Shadi sont particulièrement intéressantes parce qu’elles reposent moins sur la force que sur la capacité à garder son sang-froid. Le principe du jeu est simple, mais Takahashi sait lui donner une vraie tension en faisant progressivement vaciller les certitudes de ses personnages. C’est aussi l’occasion de mieux comprendre Jono-Uchi, dont la brutalité apparente masque une vraie fragilité. Son histoire avec son père et les ennuis dans lesquels il se retrouve donnent au personnage une épaisseur que les futurs arcs exploiteront largement. Puis Yu-Gi-Oh ! change complètement de registre. Et c’est précisément là que ce tome est savoureux. Entre l’animal numérique, les super-héros américains, le Capsule Monster Chess et cette histoire complètement improbable autour d’un pouce, Takahashi semble encore tester toutes les possibilités de son manga. On est très loin du Yu-Gi-Oh ! exclusivement consacré aux cartes que la licence deviendra quelques années plus tard. Le Capsule Monster Chess est d’ailleurs un excellent exemple de cette période d’expérimentation : les jeux changent, les règles changent, mais l’idée reste la même. Mettre les personnages face à une situation dont ils doivent comprendre les mécanismes avant d’en subir les conséquences. J’aime particulièrement cette liberté, parce qu’elle donne au manga un côté presque imprévisible. Même lorsqu’une histoire paraît légère, Takahashi garde cette capacité à faire surgir une menace ou une situation absurde au moment où on ne l’attend plus. Ce tome possède donc un charme très particulier : celui d’un manga encore en train de chercher sa forme definitiva. Yugi, Jono-Uchi et leurs compagnons ne sont pas encore les héros d’un immense jeu de cartes. Ils évoluent dans un univers où un puzzle, une paire de chaussures ou un jeu de plateau peuvent aussi bien devenir le centre d’une aventure. Et cette liberté-là, aujourd’hui, fait presque figure de curiosité. Yu-Gi-Oh ! n’a pas encore trouvé sa formule culte. Mais il a déjà trouvé son identité.
Hima-ten ! tome 2
Votre avis :
star star star star star-empty 4/5
Hima-ten ! confirme avec ce deuxième tome qu’il sait parfaitement où appuyer pour faire fonctionner une romcom. Le rendez-vous entre Ton'ichi et Honoka joue d’abord la carte de la douceur, sans chercher à fabriquer artificiellement du drame. Et c’est justement cette simplicité qui fonctionne : deux lycéens qui se plaisent, qui se cherchent, et qui n’osent pas encore franchir le pas. Honoka gagne énormément dans ces moments-là, loin de l’image un peu figée de la fille parfaite. Mais le plus intéressant arrive dès que Ton'ichi retrouve Himari. Parce qu’entre eux, le cadre professionnel devient de plus en plus difficile à distinguer d’une véritable intimité. La scène où Himari lui remet son premier salaire dit finalement beaucoup plus sur leur relation que leurs grandes déclarations. Elle devrait simplement être sa patronne ; elle attend pourtant ce moment avec une fébrilité presque suspecte. Et quand Ton'ichi lui confie ses sentiments pour Honoka, Himari choisit encore de jouer les entremetteuses. C’est là que le manga devient particulièrement amusant : celle qui devrait être au centre de l’histoire sentimentale se retrouve à organiser celle des autres. Puis Kanna débarque et vient méthodiquement dynamiter cet équilibre déjà précaire. Son arrivée n’a rien d’un simple ajout décoratif : elle connaît Himari, l’admire, et surtout elle tombe rapidement sous le charme de Ton'ichi. Son tempérament beaucoup plus frontal tranche avec la réserve de Honoka et les hésitations de Himari. Elle n’a surtout pas besoin de dix chapitres pour comprendre ce qu’elle veut. Le passage où elle finit par intégrer le même établissement donne au tome une vraie sensation d’accélération. À partir de là, Hima-ten ! cesse d’être seulement une romance à deux vitesses et commence à jouer avec un véritable triangle — voire davantage. J’aime particulièrement la façon dont Himari se retrouve coincée entre son rôle de patronne, son affection pour Ton'ichi et son envie sincère d’aider Honoka. Elle veut arranger les choses, mais chaque bonne intention semble rapprocher quelqu’un d’autre de celui qu’elle pourrait elle-même finir par regarder autrement. Le manga reste pourtant étonnamment léger, sans transformer chaque échange en déclaration capitale. Les petits gestes, les silences et les réactions embarrassées font encore mieux le travail que les gros ressorts de comédie romantique. Même les scènes de quotidien donnent à Ton'ichi une vraie place dans la vie des trois filles, ce qui rend la concurrence crédible. Le dessin de Genki Ono accompagne parfaitement cette mécanique, avec des expressions qui savent être mignonnes sans devenir sirupeuses. Ce tome 2 est donc celui où Hima-ten ! trouve véritablement son rythme et commence à poser ses pions. Et l’arrivée de Kanna change suffisamment la partie pour donner envie de voir jusqu’où cette joyeuse pagaille peut aller. Pour une série qui aurait pu se contenter d’aligner les situations de romcom, c’est déjà une belle petite surprise.
La forêt magique de Hoshigahara tome 4
Votre avis :
star star star star star-empty 4/5
Avec ce quatrième tome, La Forêt magique de Hoshigahara change clairement de saison… et presque de nature. Après l’incendie, le calme apparent de la forêt ne pouvait évidemment pas durer. Cette fois, c’est le vent qui manque, et avec lui quelque chose d’essentiel à l’équilibre du lieu. Les arbres perdent leurs feuilles, les animaux s’endorment, les esprits deviennent de plus en plus rares. La forêt semble doucement s’éteindre, sans grand fracas, ce qui rend le phénomène encore plus inquiétant. Au centre de ce dérèglement : l’absence de Brise, partie avec Tornade. Et face à cette situation, Sôichi n’est plus vraiment le même. Celui qui semblait jusque-là se contenter d’accompagner les esprits décide enfin d’agir. Il veut retrouver Brise, quitte à affronter Tornade. Ce changement donne au personnage une épaisseur nouvelle, parce que son attachement à la forêt n’est plus seulement une évidence : il devient un choix. Mais Iwaoka évite soigneusement d’en faire une quête héroïque classique. Ici, personne ne gagne vraiment par la force. Même la colère de Sôichi paraît dérisoire face à ce qui se joue autour de lui. Et c’est précisément ce que j’aime dans cette série : ses conflits les plus importants passent toujours par les émotions plutôt que par l’action. Tornade reste une présence profondément dérangeante, presque enfantine dans sa manière de transformer sa souffrance en violence. Il ne fait pas peur parce qu’il serait puissant, mais parce que son chagrin ne connaît plus aucune limite. À l’inverse, le retour de Brise possède quelque chose de presque miraculeux. Elle revient alors que la forêt est déjà profondément fragilisée, comme si son absence avait enfin rendu visible la place qu’elle occupait. Le merveilleux d’Iwaoka fonctionne alors à plein régime : les éléments naturels deviennent les prolongements des sentiments. Le vent n’est jamais seulement du vent. Le froid, le sommeil, les feuilles mortes racontent aussi les personnages. Et derrière cette apparente douceur, le récit devient étonnamment sombre. J’ai particulièrement aimé cette sensation de fragilité permanente, comme si la forêt pouvait disparaître sans que personne ne puisse réellement l’empêcher. Le dessin, toujours aussi délicat, accentue ce contraste entre la douceur des formes et la violence de certaines situations. Ce quatrième volume est finalement celui où Hoshigahara cesse de simplement nous émerveiller. Il commence à nous faire ressentir le poids de ce petit monde et de ceux qui l’habitent. Une forêt qui se fane, des personnages qui souffrent et, malgré tout, cette étrange impression que quelque chose peut encore renaître. C’est beau, mélancolique et parfois franchement cruel. Et surtout, ça donne au dernier tome une vraie charge émotionnelle.
Sou Bou Tei tome 12
Votre avis :
star star star star star 5/5
Le tome 12 de Sou Bou Tei est probablement celui qui m’a le plus dérangé depuis le début de la série. Pas parce qu’il serait moins spectaculaire. Au contraire : Fujita y délaisse presque le grand barnum horrifique pour s’attarder sur ce qui a fabriqué le monstre. Benio se retrouve seule face à Deido, prisonnière de ses souvenirs autant que de la demeure. Et ce face-à-face devient vite autre chose qu’une simple séquence de torture ou de révélation. Deido lui montre son passé, celui de Yutaro, gamin hypersensible dont la perception du monde passe par les sons, les couleurs et les images. Mais surtout, il y a Shinobu. Une sœur adorée, protectrice, qui encourage son frère à dessiner malgré les humiliations et les brimades. Puis quelque chose se fissure. L’arrivée du peintre Tsukihashi Eiza transforme progressivement Shinobu, jusqu’à faire d’elle une présence presque méconnaissable aux yeux de Yutaro. C’est là que Fujita frappe juste : Deido n’est pas présenté comme un monstre né monstrueux. Il est le résultat d’une accumulation de blessures, de frustrations et d’un amour qui finit par se transformer en haine. Et plus son passé se dévoile, plus son comportement présent devient dérangeant. On comprend mieux sa fascination maladive pour la peinture, son obsession de créer une œuvre capable de bouleverser celui qui la regarde. Pendant ce temps, l’histoire ne se repose pas sur ce flashback. Takahâ et les autres progressent vers les profondeurs de Sou Bou Tei, tandis que les morts creusent leur fameux « ankyo ». Shinoya et les militaires contrôlés par la demeure offrent une nouvelle opposition, avec cette sensation permanente que Sou Bou Tei possède encore plusieurs cartes cachées. C’est d’ailleurs ce contraste qui fait fonctionner le volume : l’intime et l’apocalyptique avancent simultanément. J’ai particulièrement aimé la manière dont Fujita fait du passé de Deido quelque chose de presque plus terrifiant que les créatures de la maison. Pas besoin de tentacules ou de transformations pour mettre mal à l’aise. Un enfant qui voit peu à peu disparaître la personne qu’il aime suffit largement. Le dessin, lui, accompagne cette descente avec une brutalité parfois franchement inconfortable. Certaines expressions de Shinobu restent en tête, précisément parce qu’elles ne cherchent jamais à être jolies. Ce tome est donc moins un chapitre de transition qu’une véritable autopsie de Deido. Et lorsqu’on referme le livre, le personnage n’est pas devenu plus sympathique. Il est devenu beaucoup plus tragique. Sou Bou Tei continue ainsi de brouiller sa frontière entre horreur surnaturelle et horreur profondément humaine. Et franchement, c’est quand Fujita revient à cette dimension-là que sa série me paraît la plus inquiétante.
Tough (édition double) tome 4
Votre avis :
star star star star star 5/5
Avec ce quatrième tome double, Tough commence vraiment à prendre une autre dimension. Les deux volumes originaux réunis ici racontent pourtant des histoires assez différentes, mais avec une même idée : pour progresser, Keybo doit accepter que la force ne suffit jamais à elle seule. Tout commence avec Kaneda, dont le fameux coup censé mettre n’importe quel adversaire hors de combat oblige Keybo à revoir complètement son approche. La préparation avec Kuroda apporte d’ailleurs une vraie tension, parce que l’affrontement dépasse rapidement le simple duel entre deux combattants. Kuroda va en faire les frais de manière particulièrement brutale. Et c’est justement là que Tough fonctionne le mieux : derrière les démonstrations martiales, Saruwatari sait encore faire exister les personnages. Keybo ne se bat plus seulement pour gagner. Il porte désormais quelque chose qui vient des autres, et son affrontement avec Kaneda prend alors une dimension beaucoup plus personnelle. Le combat est évidemment spectaculaire, mais ce qui me plaît surtout, c’est cette façon de transformer chaque technique en problème à résoudre. On n’est pas dans une simple succession de coups toujours plus puissants : il faut comprendre l’adversaire, encaisser, s’adapter et trouver la faille. Puis le récit bifurque brutalement vers Iron Kiba. Et là, Saruwatari sort une nouvelle carte de sa manche avec Takaishi Yoshiki. Le personnage débarque comme une anomalie totale : ancien catcheur banni du milieu, surnommé « l’homme qui mange les hommes », et suffisamment dangereux pour que son simple nom fasse changer l’atmosphère. Ce qui est assez fascinant, c’est que Tough commence déjà à construire cette galerie de monstres qui deviendra l’une des marques de fabrique de la série. Yoshiki n’a pourtant pas besoin de quinze pages d’explications pour imposer sa présence. Il suffit de quelques scènes, d’une violence complètement décomplexée et de cette manière qu’a Saruwatari de dessiner des corps qui semblent capables de supporter absolument n’importe quoi. Iron Kiba, lui, devient progressivement le véritable centre de gravité de cette seconde partie. Sa décision de prendre sa retraite et de choisir comme dernier adversaire celui qui aura vaincu le clan Naru-Shinkage donne au récit un parfum de passage de témoin. Et c’est là que ce tome devient particulièrement intéressant pour la suite : Keybo n’est plus simplement le jeune prodige qui cherche à prouver sa valeur. Il commence à se retrouver au milieu d’un monde beaucoup plus vaste que lui. Entre Kaneda, Kuroda, Kiba et Yoshiki, Saruwatari élargit considérablement son terrain de jeu. Les combats restent démesurés, parfois franchement absurdes, mais il y a déjà cette identité très particulière de Tough : un mélange de brutalité, de sérieux martial et de situations complètement improbables. J’aime surtout cette période de la série parce qu’elle possède encore une vraie fraîcheur. Avant que Tough ne devienne une gigantesque machine à surenchère, il y a ici quelque chose de plus direct, presque sauvage. Et quand Yoshiki entre en scène, on comprend que Keybo n’a clairement pas fini de prendre des coups. Un excellent tome double, qui fait passer la série d’un simple manga de baston à une véritable saga de combattants.
The strange house tome 5
Votre avis :
star star star star star-empty 4/5
Ce cinquième tome avait une sacrée montagne de mystères à faire redescendre sur terre. Et pourtant, contre toute attente, le dénouement tient plutôt bien debout. La mère de Yuzuki finit par raconter ce qui s’est réellement joué autour de la maison. La fameuse « offrande de la main gauche » prend alors une dimension franchement glaçante. Ce qui ressemblait à une étrange superstition devient le symptôme d’une véritable mécanique familiale. Une mécanique qui broie les générations les unes après les autres. Le cas d’Ayano et de Keita apporte surtout une dimension tragiquement humaine à cette histoire. Keita n’est plus seulement une pièce du puzzle : il devient celui qui tente désespérément d’en sortir. Son plan pour protéger Ayano donne enfin un sens à plusieurs éléments restés jusque-là particulièrement opaques. Et c’est là que le manga devient intéressant : il ne cherche plus seulement à nous faire trouver le « coupable ». Il faut comprendre pourquoi chacun a fini par agir comme il l’a fait. La famille Katabuchi apparaît alors moins comme une succession de monstres que comme une machine à fabriquer des victimes. Même les enfants se retrouvent enfermés dans des rôles qui les dépassent complètement. Le fameux enfant privé de sa main prend ainsi une place particulièrement sinister dans l’ensemble. Mais le manga garde toujours cette volonté de nous faire douter de ce que l’on croit avoir compris. Certaines révélations semblent refermer une porte avant qu’une autre ne s’entrouvre aussitôt. C’est parfois un peu chargé, voire franchement alambiqué. Il faut accepter de se perdre dans les liens familiaux, les mensonges et les versions contradictoires. Mais cette complexité participe aussi au malaise général. Et surtout, Ayano et Keita donnent enfin une véritable épaisseur émotionnelle à cette histoire de maison bizarre. Le dessin d’Ayano Akira accompagne très bien cette bascule vers quelque chose de plus sombre et oppressant. Les espaces, les silences et les visages racontent souvent autant que les explications. La conclusion de l’arc Katabuchi laisse donc une impression assez étrange : satisfaisante, mais pas totalement rassurante. Car évidemment, une dernière petite graine de doute est soigneusement plantée avant de tourner la page. Et maintenant que cette première maison a livré ses secrets, je suis curieux de voir jusqu’où la suivante nous emmènera.
Super ball girls tome 5
Votre avis :
star star star star-empty star-empty 3/5
Avec ce cinquième tome, Super Ball Girls continue de courir après son propre concept sans jamais vraiment parvenir à lui donner une direction. Cette fois, les filles sont devenues les héroïnes officielles du pays, mais derrière les sourires de façade, tout part en vrille. Ichi est retenu comme otage et Satsuki utilise sa relation avec Eliza pour obtenir exactement ce qu’il veut. Le baiser forcé n’est pas seulement un ressort provocateur : il fait voler en éclats l’équilibre déjà fragile du groupe. Eliza se retrouve complètement brisée, incapable de fonctionner normalement sans Ichi, tandis que Shuka et Kikka continuent de prendre leur nouveau statut d’« héroïnes » avec une légèreté qui accentue encore le décalage. Pendant ce temps, Ichi est transformé en coupable idéal et présenté publiquement comme responsable de la catastrophe. L’idée aurait pu être intéressante : retourner contre lui le système qu’il essayait justement de protéger. Mais le manga préfère encore une fois l’escalade permanente à la construction d’une véritable tension. Même le passage consacré à Ouka, qui tente de comprendre les relations humaines et va jusqu’à expérimenter les rencontres amoureuses, semble appartenir à un autre manga. Puis arrive le nouveau monstre : dix Sphere fusionnées en une seule créature. Et là, Super Ball Girls retrouve ce goût du grand n’importe quoi qui faisait peut-être son charme au début. Le problème, c’est qu’on a désormais l’impression que chaque idée doit obligatoirement être plus énorme que la précédente. Le climax va encore plus loin : Ichi est mortellement touché, Eliza l’embrasse et provoque une nouvelle transformation. Ichi renaît alors dans le corps d’Eliza, tandis que sa conscience semble avoir pris le dessus. Le concept est complètement dingue, mais il arrive après tellement de retournements que le choc finit presque par devenir mécanique. Le plus amusant reste peut-être que cette nouvelle créature n’est même plus vulnérable au chocolat. Super Ball Girls vient donc de supprimer l’une des règles fondamentales de son propre univers. Sur le papier, c’est audacieux. À la lecture, c’est surtout symptomatique d’un récit qui ne sait plus très bien où placer ses limites. Et c’est dommage, parce que le dessin de Hiramoto continue d’être sacrément efficace dès qu’il s’agit de donner une vraie présence aux personnages ou de rendre une scène complètement malsaine. Mais entre le délire SF, le harem, l’humour graveleux, le gore et les pseudo-enjeux apocalyptiques, tout finit par se mélanger. Ce tome 5 possède donc quelques bonnes idées, mais elles sont noyées sous une avalanche de twists. Je continue de lire parce que je veux savoir jusqu’où cette histoire peut aller. Mais franchement, à ce stade, ce n’est plus vraiment de l’impatience : c’est de la curiosité morbide.
Shimazaki in the land of peace tome 5
Votre avis :
star star star star star 5/5
Avec ce cinquième tome, Shimazaki in the Land of Peace cesse définitivement de jouer avec l’idée d’une simple réadaptation à la vie civile. L’arrivée de Sata change brutalement la nature du récit. Ce gamin, formé au combat par une structure liée au LEL, est surtout le miroir déformé de Shimazaki enfant. Même abandon, même violence apprise trop tôt, même existence réduite à une fonction. Et c’est précisément là que le manga devient beaucoup plus cruel qu’il n’en a l’air. Shimazaki ne cherche plus seulement à sauver sa propre peau : il voit devant lui quelqu’un qui pourrait devenir ce qu’il a été. Sa relation avec Sata est d’ailleurs particulièrement touchante parce qu’elle reste profondément maladroite. Shimazaki ne sait pas vraiment comment parler à un enfant, mais il sait reconnaître la solitude. Les auteurs évitent surtout le piège du héros qui vient miraculeusement « réparer » le garçon. Au contraire, Sata reste marqué par ce qu’on lui a fait subir, et le mal est déjà profondément installé. Puis le récit bascule. Le Peaceful College transforme cette histoire presque intimiste en véritable cauchemar, avec cette idée glaçante d’enfants préparés à devenir des armes. Et quand Shimazaki passe à l’action pour récupérer Sata, le contraste est saisissant. Il est capable de neutraliser une pièce entière avec une facilité presque terrifiante, mais son objectif n’est justement plus de tuer. C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants du personnage : sa puissance reste intacte, mais quelque chose a changé dans son rapport à la violence. La scène finale avec les yakuzas pousse cette évolution encore plus loin. Shimazaki pourrait les éliminer. Il le sait, eux aussi. Mais, pour la première fois, il choisit consciemment de ne pas redevenir l’homme qu’il était. Et lorsqu’il retire son masque et révèle qui il est, ce n’est pas un simple effet spectaculaire. C’est une prise de risque énorme, presque un acte de foi. « Je veux changer » : tout le tome est finalement contenu dans cette idée. Le problème, évidemment, c’est que le monde autour de lui n’a aucune intention de lui faciliter la tâche. Le compteur continue de tourner. Et cette fameuse paix que Shimazaki cherche depuis son retour au Japon paraît soudain beaucoup plus fragile qu’au début de la série. Un tome particulièrement tendu, parfois brutal, mais surtout beaucoup plus humain. Et cette fois, ce n’est pas seulement Shimazaki qu’on a envie de voir survivre. On veut aussi croire que Sata peut échapper à la trajectoire qu’on lui a imposée.
DogsRed tome 7
Votre avis :
star star star star star 5/5
Avec ce tome 7, Dogsred transforme littéralement la pénurie de joueurs en arme narrative. Six contre vingt-deux : sur le papier, ce n’est plus un match, c’est une condamnation. Et pourtant, Noda Satoru trouve encore le moyen d’en faire un des affrontements les plus jubilatoires de la série. L’idée de l’équipe adverse est simple : faire courir les six de Rōnoshin jusqu’à l’épuisement. Sauf qu’ils ont oublié un détail : ces types s’entraînent déjà comme s’ils avaient quelque chose à prouver au diable. Tout ce que le manga pouvait sembler exagérer dans les entraînements précédents prend ici un sens presque brutal. La fatigue devient le véritable adversaire, bien plus que les joueurs d’Ōwashi. Et c’est là que Dogsred est particulièrement fort : chaque effort consenti auparavant revient sur la glace au meilleur moment. Même les personnages qui semblaient encore en retrait commencent à trouver leur place dans cette mécanique collective. Rō, surtout, donne l’impression de franchir un cap. Son talent naturel ne suffit plus : il commence enfin à comprendre ce que signifie jouer avec les autres. J’aime énormément cette évolution, parce que Noda ne la transforme jamais en grande déclaration héroïque. Elle passe par les gestes, les réflexes, la confiance et quelques secondes gagnées sur la glace. Pendant ce temps, Genma continue d’impressionner par son calme presque inquiétant. Face au chaos, il ne cherche pas à devenir spectaculaire : il fait simplement ce qu’il faut. Et plus le match avance, plus cette sobriété devient impressionnante. Le rythme est infernal, mais jamais illisible, malgré la vitesse et le nombre de joueurs. Noda réussit même à conserver son humour absurde sans casser la tension du match. C’est probablement ce mélange qui rend Dogsred si singulier : on peut rire franchement d’une page avant de se retrouver crispé sur la suivante. Le match contre Ōwashi ressemble finalement à une gigantesque démonstration par l’absurde. Une équipe censée être condamnée survit grâce à ce qu’elle a construit quand personne ne regardait. Et quand le dernier verrou saute, la victoire ne ressemble pas à un miracle. Elle ressemble à la conséquence logique de tout ce qui a été travaillé avant. C’est peut-être ça que je préfère dans ce tome : Dogsred ne célèbre pas seulement le talent. Il célèbre la répétition, la douleur, les erreurs et cette capacité à continuer quand le corps dit stop. Un volume quasiment entièrement consacré à un match, donc. Mais certainement pas un volume qui tourne en rond. Au contraire, Noda fait de cette rencontre un véritable accélérateur pour toute l’équipe. Et franchement, après un tome pareil, difficile de ne pas avoir envie de retourner immédiatement sur la glace.
Under ninja tome 16
Votre avis :
star star star star star 5/5
Avec ce tome 16, Under Ninja donne l’impression de retirer le sol sous nos pieds. Et, pour une fois, ce n’est pas seulement une façon de parler. Après le carnage contre les jumelles kunoichi, l’histoire se déplace vers un endroit presque banal pour la série : le sous-sol de la Diète. Sauf qu’y réunir le gouvernement, les NIN et les UN au même endroit était évidemment une très mauvaise idée. Katô, Sasama, le Premier ministre Oda, le chef des UN et Yamada se retrouvent ainsi autour d’une même table. Une scène de négociation qui pourrait presque sembler sérieuse si Hanazawa ne s’amusait pas à la saboter de l’intérieur. Car le véritable sujet de cette rencontre n’est finalement pas la paix entre les factions. C’est Kashi Kojin. Cette figure presque mythologique qui plane depuis longtemps sur l’histoire prend soudain une dimension beaucoup plus inquiétante. On découvre notamment que les clans Kumogakure et Kamigakure avaient historiquement pour mission de le protéger. Mais surtout, l’arme la plus terrifiante de Kashi Kojin n’est peut-être pas une arme. C’est la capacité à faire douter quelqu’un de ce qu’il croit être sa propre réalité. Et c’est précisément ce qui arrive à Katô. Le personnage qui semblait jusqu’ici incarner la maîtrise, la froideur et la compétence se retrouve progressivement incapable de faire confiance à ses propres souvenirs. Ses certitudes se fissurent, ses souvenirs se contredisent et certaines images de son passé deviennent soudain suspectes. C’est probablement le meilleur coup de Hanazawa dans ce volume. Parce qu’il ne détruit pas Katô physiquement : il s’attaque directement à son identité. Même la relation entre les NIN et les UN change de nature lorsque leur objectif commun devient la lutte contre Kashi Kojin. Et forcément, tout ce qu’on croyait avoir compris jusque-là mérite d’être regardé autrement. J’aime particulièrement cette manière qu’a Under Ninja de transformer une révélation en nouveau problème plutôt qu’en réponse définitive. On croit enfin comprendre la mécanique du monde, puis Hanazawa déplace une pièce et tout recommence à trembler. Le manga reste parfois volontairement opaque, voire franchement frustrant dans sa façon de brouiller les camps et les motivations. Mais cette confusion devient ici une véritable arme narrative. Le tome 16 n’est donc pas celui où Under Ninja apporte enfin toutes les réponses : c’est celui où il nous fait comprendre que certaines de nos certitudes étaient peut-être elles-mêmes une illusion.
Teenager rampage tome 1
Votre avis :
star star star star star 5/5
Teenager Rampage commence comme une mauvaise idée… et c’est précisément ce qui le rend difficile à lâcher. Maruo Higurashi est un lycéen paumé, obsédé par le sexe et incapable de trouver sa place parmi les autres. Il fantasme sur Tabe, une fille étrange, couverte de blessures et apparemment indifférente à tout ce qui l’entoure. Jusque-là, rien de franchement nouveau dans le registre du loser adolescent qui préfère fantasmer plutôt que vivre. Sauf que Maruo ne se contente pas de regarder : il revend à ses camarades des photos volées de filles de son lycée. Puis son modèle absolu, son grand frère Shunya, se fait arrêter pour des faits autrement plus graves. Le choc est brutal : et si Maruo était finalement en train de prendre exactement le même chemin ? C’est là que le manga devient beaucoup plus intéressant que son vernis de provocation. Parce que Maruo ne décide pas de changer : il décide de profiter de sa jeunesse avant qu’il ne soit trop tard. Et la personne qui l’y encourage est précisément celle dont il aurait probablement mieux valu se méfier. Tabe a quelque chose de profondément dérangeant derrière son calme et son indifférence. Elle ne cherche pas à sauver Maruo, mais plutôt à lui ouvrir une porte dont il ignore encore où elle mène. La maison abandonnée de Shunya devient alors le terrain de jeu d’une bande d’adolescents qui n’ont visiblement aucune idée des limites à ne pas franchir. Takuto, Kasumi, Tabe et les autres composent progressivement un groupe où chacun semble cacher sa propre part de saleté. Et c’est probablement là que Ken Sogen frappe le plus juste. Il ne transforme jamais vraiment ses personnages en héros auxquels on aurait envie de s’identifier. Ils sont maladroits, frustrés, cruels, lâches, parfois franchement glauques… et pourtant étrangement humains. Le manga donne surtout l’impression de soulever la croûte d’une adolescence beaucoup moins innocente que les récits de lycée habituels. Le sexe n’y est pas un fantasme romantique, mais une pulsion embarrassante, parfois malsaine, qui déforme les rapports entre les personnages. Même les moments qui pourraient prêter à rire laissent derrière eux une petite sensation de malaise. Visuellement, Sogen accompagne cette gêne avec des gueules très expressives et une mise en scène qui sait rendre le quotidien franchement poisseux. Le plus fort reste cette impression de voir Maruo courir vers quelque chose qu’il prend pour la liberté sans comprendre qu’il s’agit peut-être simplement d’une chute. Le tome 1 ne donne donc pas vraiment envie de « vivre sa jeunesse » : il donne surtout envie de savoir jusqu’où ces gamins vont se brûler. Teenager Rampage est crade, inconfortable et parfois franchement limite, mais son malaise n’est jamais complètement gratuit. Reste maintenant à voir si cette descente adolescente saura dépasser la provocation pour devenir le véritable portrait d’une génération en perdition.
Oni goroshi tome 9
Votre avis :
star star star star star-empty 4/5
Avec Oni Goroshi, même le calme a quelque chose de franchement inquiétant. Après la folie du tome 8, Kawabe ralentit légèrement la cadence. Mais certainement pas la tension. Shinjo tente de remettre de l’ordre dans ses ruines, tandis que chacun avance désormais avec son propre agenda. Les femmes du groupe Kimen décident, elles, de ne plus rester spectatrices. Et leur cible est Ryo. C’est là que le tome devient particulièrement intéressant. En lui révélant que Shūhei Sakata est son véritable père, elles pensent simplement remettre une pièce sur l’échiquier. Erreur monumentale. Car Ryo n’est pas seulement une victime à qui l’on vient restituer un passé. C’est une bombe dont la mèche vient d’être rallumée. Pendant quinze ans, elle a vécu sous une autre identité, avec une mémoire et une histoire qui ne lui appartenaient pas complètement. La révélation fissure tout. Kawabe joue alors sur une violence différente. Moins spectaculaire, mais beaucoup plus sournoise. Les fusillades et les corps broyés sont toujours là, mais l’essentiel se joue désormais dans les regards, les manipulations et les secrets. Et franchement, Oni Goroshi n’est vraiment pas à mettre entre toutes les mains. Certaines scènes sont particulièrement malsaines, dérangeantes, voire franchement choquantes. Kawabe ne cherche jamais à rendre cette violence confortable. J’aime particulièrement cette sensation de calme avant l’explosion. On sent les pièces se déplacer, les alliances se déformer et les rancœurs changer de camp. Le tome 9 n’est donc pas celui où Oni Goroshi lâche les chevaux. C’est celui où il les met en ligne. Et vu la dernière ligne droite de Ryo, difficile de croire que la course va rester calme longtemps.
Kagurabachi tome 10 (collector)
Votre avis :
star star star star star-empty 4/5
Avec ce dixième tome, Kagurabachi commence à changer de dimension. On quitte presque complètement Chihiro pour plonger au cœur de la guerre entre la Kamunabi et les Hishaku. Et, franchement, ce choix fait un bien fou à la série. Parce que l’un des grands atouts de ce volume est de laisser enfin respirer ses personnages secondaires. Uruha, Natsuki, Yura et Kitakuto ne sont plus de simples pièces sur l’échiquier : ils deviennent le moteur du récit. Le duel qui les oppose est brutal, lisible et surtout chargé d’une vraie personnalité. J’ai particulièrement apprécié Natsuki, dont la relation avec son frère défunt donne une épaisseur inattendue à cette bataille. Son affrontement avec Kitakuto n’est pas seulement une démonstration de puissance : il y a une histoire derrière chaque coup porté. Et c’est précisément là que Kagurabachi devient beaucoup plus intéressant que son statut de manga d’action pourrait le laisser croire. Même Uruha, pourtant déjà solidement installé, gagne ici une autre stature. Son corps vieillissant n’efface pas son instinct de combattant, il lui donne au contraire quelque chose de presque désespéré. La série joue aussi beaucoup mieux avec la notion de « sabreur » : combattre n’est plus une affaire de pose ou de technique spectaculaire, mais presque une manière de survivre. En parallèle, l’infiltration de la Kamunabi fait monter la tension d’un cran. La révélation autour de Kaisen fonctionne parce qu’elle remet en cause la confiance que l’on pouvait accorder à cette organisation. Et surtout, la Shinuchi cesse enfin d’être une simple épée mythique dont tout le monde parle. Son pouvoir commence à peser concrètement sur le récit. La façon dont Yura l’utilise transforme littéralement le champ de bataille en quelque chose de beaucoup plus inquiétant. J’aime aussi le fait que l’auteur ne cherche pas à rendre ses combats propres ou confortables. Les corps prennent cher, les situations dérapent et les victoires semblent toujours provisoires. Visuellement, Hokazono continue de trouver ce mélange assez rare entre élégance du trait et violence sèche. Certaines compositions donnent même l’impression que les personnages sont déjà condamnés avant que le combat ne commence. Le seul bémol reste peut-être une narration qui empile énormément d’informations et de protagonistes en très peu de pages. Mais cette densité participe aussi à l’identité de la série : Kagurabachi avance comme s’il avait toujours un train d’avance. Et ce tome 10 est probablement l’un de ceux où cette ambition fonctionne le mieux. Pas forcément le plus spectaculaire, mais certainement l’un des plus solides depuis le début de la série.
La forêt magique de Hoshigahara tome 3
Votre avis :
star star star star star 5/5
Ce troisième tome est celui où la douceur de Hoshigahara commence sérieusement à se fissurer. Depuis le début, Sôichi cherche Brise, et la retrouver enfermée au fond d’un vieux puits donne immédiatement au récit une tonalité différente. Elle n’attend plus vraiment d’être sauvée : elle semble surtout avoir accepté l’idée de disparaître. Sôichi, lui, refuse cette fatalité avec une simplicité désarmante. Il veut simplement retrouver Brise et continuer à vivre avec elle, comme si l’évidence de leur attachement suffisait à régler le reste. Mais dans cette forêt, rien n’est jamais aussi simple. L’arrivée de Brise auprès des autres esprits crée d’ailleurs une drôle de situation : chacun craint qu’elle ne prenne trop de place auprès de Sôichi. Et pourtant, petit à petit, la méfiance laisse place à quelque chose de beaucoup plus touchant. Brise apprend à connaître cette étrange petite communauté tandis que Sôichi découvre une facette de celle qu’il cherchait depuis si longtemps. Le problème, c’est que Brise porte avec elle un passé qu’elle préférerait oublier. Son attachement aux humains n’est pas né d’un simple coup de cœur : il est lié à une histoire ancienne, douloureuse, qui donne enfin du sens à son comportement. Même la fameuse carte de tampons de Sôichi prend une autre dimension. Ce qui ressemblait à un petit jeu enfantin devient progressivement le symbole d’un mensonge construit pour retenir quelqu’un qui lui est précieux. Et c’est là que Hisae Iwaoka frappe juste : personne ne cherche réellement à faire du mal, mais chacun cache quelque chose pour protéger l’autre. Puis Tornade entre véritablement dans l’équation. Son obsession pour Brise transforme une histoire d’attachement en rapport de force, avec cette manière particulièrement inquiétante de se persuader qu’il agit pour son bien. Le manga devient alors beaucoup moins innocent qu’il n’en avait l’air. L’apparition de Yôhei accentue encore ce malaise : son innocence d’enfant le rend vulnérable à une rencontre surnaturelle qu’il ne peut évidemment pas comprendre. Et lorsque la forêt est finalement menacée par les flammes, tout ce fragile équilibre vole en éclats. Iwaoka ne cherche pourtant jamais le spectaculaire pour le spectaculaire. L’incendie fonctionne parce qu’il détruit quelque chose de profondément intime : le refuge que Sôichi et les esprits ont construit ensemble. J’aime surtout la façon dont ce tome transforme progressivement Brise. Elle n’est plus seulement cette mystérieuse divinité du vent que Sôichi poursuit depuis des volumes. Elle devient un personnage avec des regrets, des contradictions et surtout une peur terrible : celle de ne jamais pouvoir appartenir véritablement à cet endroit. La poésie est toujours là, mais elle devient plus amère. Et derrière les créatures adorables et les situations presque enfantines, la forêt révèle enfin ses règles cruelles. Ce troisième tome est donc un vrai tournant : plus sentimental, plus sombre et surtout beaucoup plus inquiétant. Hoshigahara reste magnifique, mais désormais je la regarde avec un peu moins d’innocence.
Tokyo cannabis tome 8
Votre avis :
star star star star star-empty 4/5
Morio n’est plus simplement ce type passionné par les plantes qui s’est aventuré trop loin dans un milieu qu’il ne maîtrisait pas. Son association avec le groupe de Shibuya change complètement la donne. Surtout, son savoir-faire donne naissance à l’Ultra Red, une variété pensée pour les liquides et dont les effets vont rapidement dépasser toutes les prévisions. Le plus intéressant, c’est que l’auteur ne présente pas cette réussite comme une simple victoire. Plus l’Ultra Red rencontre le succès, plus Morio s’enfonce dans quelque chose qui lui échappe. Le produit circule, séduit aussi bien les consommateurs occasionnels que les habitués, et transforme progressivement son créateur en véritable enjeu du marché. C’est là que le manga devient particulièrement efficace. Morio reste en retrait, mais son influence grandit à une vitesse vertigineuse. À l’inverse, Shimizu se retrouve dans une position de plus en plus inconfortable au sein de Kurobe. Il doit comprendre qui se cache derrière Mick X, et surtout mettre la main sur celui qui bouleverse l’équilibre du trafic. La traque apporte une tension différente des précédents tomes. On n’est plus seulement dans la conquête d’un territoire : chacun cherche désormais à identifier celui qui tire réellement les ficelles. J’aime particulièrement cette évolution parce qu’elle rend le personnage de Morio presque inquiétant sans avoir besoin de le transformer artificiellement en caïd. Son arme reste son intelligence. Sa connaissance des plantes, qui pouvait sembler presque anodine au début de la série, est devenue une véritable force de frappe. Et c’est précisément ce paradoxe qui fait encore fonctionner Tokyo Cannabis. Morio veut contrôler ce qu’il a créé, mais le succès de l’Ultra Red commence à lui échapper. Même le rapport de force entre les différents groupes semble désormais dépendre de ses décisions. Le tome 8 accélère donc la mécanique criminelle sans sacrifier ce qui faisait l’originalité de la série. Il montre surtout que le plus dangereux dans cette histoire n’est peut-être pas celui qui tient une arme, mais celui qui sait fabriquer ce que tout le monde veut. Une nouvelle étape particulièrement efficace, où la réussite de Morio ressemble de plus en plus à une condamnation. Et franchement, après huit tomes, le « roi du cannabis » commence surtout à ressembler à un homme qui ne sait plus comment redescendre.
XxxHOLiC tome 10
Votre avis :
star star star star star 5/5
Avec ce dixième tome, xxxHOLiC cesse définitivement de jouer avec le mystère autour de Himawari : il le regarde en face, et ce qu’il révèle est autrement plus cruel que prévu. Tout commence pourtant presque banalement, avec Watanuki envoyé chercher une eau particulière au fond d’un vieux puits. Mais chez CLAMP, une simple corvée n’est jamais vraiment une simple corvée. Une présence derrière une fenêtre, une inquiétude de Himawari, une promesse de faire attention… puis tout bascule lorsque Watanuki chute par la fenêtre de l’école. Le moment où Himawari lui demande s’il a enfin compris est glaçant précisément parce qu’elle ne joue pas au personnage mystérieux. Elle sait depuis longtemps que quelque chose se produit autour d’elle. Depuis l’enfance, les personnes qui l’approchent connaissent accidents, drames ou malheurs, sans qu’elle puisse réellement choisir les victimes. Et c’est là que le tome devient beaucoup plus intéressant qu’une simple révélation surnaturelle : Himawari n’est pas une fille maudite qu’il faudrait sauver. Elle est surtout quelqu’un qui a appris à vivre avec l’idée terrifiante d’être dangereuse pour ceux qu’elle aime. Son sourire permanent prend alors une autre dimension. Ce qui paraissait être de la légèreté devient presque une forme de protection. Le plus fort reste cependant la réaction de Watanuki. Lui qui a longtemps été capable de se sacrifier sans réfléchir comprend progressivement que payer n’importe quel prix pour quelqu’un n’est pas forcément une preuve d’amour. Après ce qu’il a vécu avec Doumeki, il commence enfin à saisir qu’un sacrifice peut aussi faire souffrir celui que l’on prétend sauver. C’est une vraie évolution du personnage, discrète mais essentielle. Et CLAMP ne transforme heureusement pas cette révélation en mélodrame facile. Watanuki ne rejette pas Himawari, ne cherche pas à la « réparer » et ne transforme pas son pouvoir en excuse à tout. Il choisit simplement de continuer à la considérer comme Himawari. La scène finale possède ainsi une force assez remarquable, parce qu’elle renverse tout ce que le lecteur pouvait croire depuis le début. Derrière la fille solaire se cachait une immense culpabilité, et derrière l’obsession de Watanuki se cachait finalement quelque chose de beaucoup plus sincère. Même Yûko, pourtant habituée aux situations impossibles, ne peut pas simplement effacer ce problème avec une formule magique. Ce tome marque donc un véritable tournant pour Watanuki : il commence à comprendre que les liens entre les êtres ont parfois plus de valeur que le fait de vouloir les sauver à tout prix. Et c’est précisément ce qui rend ce dixième volume si réussi. xxxHOLiC ne parle plus seulement des monstres que l’on voit : il parle de ceux que l’on croit être soi-même. Un tome plus douloureux que spectaculaire, mais probablement l’un des plus importants de la série.
Saru tome 1
Votre avis :
star star star star star 5/5
Avec Saru, Daisuke Igarashi ne cherche clairement pas à nous prendre par la main. Il nous attrape plutôt par le col et nous balance dans un monde où mythologie, religion et apocalypse commencent doucement à se mélanger. Au départ, Nana pourrait presque passer pour une héroïne de thriller fantastique assez classique. Étudiante japonaise en France, elle découvre qu’elle est victime d’un maléfice dont elle ignorait absolument tout. Puis arrive Namgyal, moine bhoutanais et danseur traditionnel, capable de comprendre immédiatement ce qui lui arrive. À partir de là, le récit quitte progressivement le terrain du simple surnaturel. Car derrière le sortilège de Nana se cache la trace d’une présence beaucoup plus ancienne : le « singe ». Une créature dont l’ombre semble traverser les époques, les cultures et les croyances. Et Igarashi adore justement cette idée d’un même cauchemar ayant pris mille visages au fil de l’Histoire. Le passage consacré à Irène marque un vrai tournant dans le volume. Cette gamine qui affirme être Son Goku pourrait facilement provoquer le sourire. Ici, elle met surtout franchement mal à l’aise. Lorsqu’un exorciste officiel du Vatican entre dans la danse, Saru assume pleinement son mélange improbable de mysticisme, d’horreur et d’aventure. Et c’est là que le manga devient vraiment fascinant. Igarashi ne cherche jamais à rendre son univers parfaitement confortable ou parfaitement explicable. Ses personnages avancent dans un brouillard de signes, de légendes et de phénomènes qu’ils comprennent à peine eux-mêmes. Le dessin participe énormément à cette sensation : son trait organique donne aux apparitions quelque chose de presque vivant, comme si elles débordaient des cases. J’aime particulièrement cette manière de faire monter la menace sans forcément avoir besoin de multiplier les effets spectaculaires. Un regard, une posture ou une présence silencieuse peuvent devenir plus inquiétants qu’un véritable monstre. Le problème, forcément, c’est que Saru demande au lecteur de s’accrocher. La première moitié peut sembler dispersée, voire franchement obscure, avant que les pièces commencent à se rapprocher. Mais une fois le déclic arrivé, impossible de ne pas vouloir comprendre jusqu’où Igarashi compte pousser son délire. Ce premier tome ressemble finalement moins à une histoire de singe qu’à l’ouverture d’une gigantesque porte sur quelque chose que l’humanité aurait probablement préféré laisser fermée. Et vu la dernière impression laissée par le volume, je suis clairement de ceux qui vont pousser cette porte.
Coq de baston - Rooster Fighter tome 10
Votre avis :
star star star star star-empty 4/5
Avec ce dixième tome, Rooster Fighter entre clairement dans une nouvelle phase. Tsumegaki n’est plus une menace abstraite : il traque Keiji et sa bande avec une obstination qui donne enfin à leur fuite un vrai sentiment d’urgence. Pour lui échapper, direction les profondeurs de la forêt d’Aokigahara, et surtout un lieu d’entraînement dont le simple accès ressemble déjà à une épreuve. Sakuratani aurait pu se contenter d’enchaîner les combats de coqs surdimensionnés, mais il choisit ici de faire évoluer son univers. Et c’est probablement ce qui rend ce tome plus intéressant qu’il n’en a l’air. Le récit prend le temps de revenir sur Morio et Piyoko, avec cette étonnante capacité à rendre touchant un personnage qui ressemble pourtant à une montagne de muscles prête à tout défoncer. Puis le manga replonge dans son registre favori : des créatures improbables, des affrontements démesurés et une mise en scène qui prend chaque coup beaucoup trop au sérieux. C’est justement ce décalage qui fait toujours le charme de la série. Un coq reste un coq, même lorsqu’il se retrouve au milieu d’un récit qui commence furieusement à ressembler à un grand shōnen de baston. Mais quelque chose change ici. L’humour n’est plus seulement là pour faire rire : il sert aussi à désamorcer une histoire qui devient progressivement beaucoup plus ambitieuse. La forêt, les cavernes volcaniques et ce lieu scellé donnent au manga une atmosphère presque mystique. On sent que les secrets autour des Goshikidori et des pouvoirs de Keiji sont loin d’avoir livré toutes leurs cartes. Et surtout, l’auteur prépare ses personnages à affronter un adversaire qui semble appartenir à une autre catégorie. Tsumegaki impose ainsi une pression nouvelle sur le récit, beaucoup plus inquiétante que les traditionnels kijû expédiés à coups de bec. J’aime particulièrement cette manière qu’a Sakuratani de faire passer Rooster Fighter du gag improbable au pur manga de baston sans jamais abandonner son idée de départ. Le dessin accompagne parfaitement cette évolution : les combats ont une vraie brutalité, tandis que les animaux conservent cette expressivité presque absurde qui empêche le sérieux de devenir pesant. Le tome 10 fonctionne donc moins comme un aboutissement que comme un sas avant quelque شيء de beaucoup plus gros. Il y a certes quelques passages d’entraînement qui sentent le passage obligé du shōnen, mais l’auteur les détourne suffisamment pour éviter la routine. Et puis il reste Keiji, toujours aussi incapable de faire les choses à moitié, ce qui est probablement sa meilleure qualité comme son principal défaut. Rooster Fighter ne cherche désormais plus seulement à être « le manga avec un coq qui tabasse des monstres ». Il construit réellement son propre univers, avec ses clans, ses pouvoirs, ses mystères et ses enjeux. Ce dixième volume est donc une étape de transition, mais une transition qui donne franchement envie de voir jusqu’où Sakuratani compte pousser son délire. Parce qu’à ce stade, le plus inquiétant n’est peut-être même plus Tsumegaki : c’est de découvrir jusqu’où un simple coq peut encore aller.
Underground
Votre avis :
star star star star star 5/5
Avec Underground, Suehiro Maruo s’aventure sur un terrain étonnamment personnel : celui de la naissance d’un mangaka, mais certainement pas sous la forme d’un joli récit initiatique. Migeru a dix-neuf ans, débarque à Tokyo après avoir connu la misère et les petits boulots, et rêve de devenir dessinateur. À ses côtés, Sachiko, sa cousine, serveuse au caractère bien trempé, tente elle aussi de survivre dans une capitale qui promet beaucoup mais ne donne presque rien. Le Tokyo de Maruo n’a rien de la carte postale des sixties : c’est une ville poisseuse, bruyante, sexuelle, violente, où le miracle économique semble surtout profiter aux autres. Migeru accumule les humiliations, les emplois abandonnés et les déconvenues lorsqu’il cherche à entrer dans le monde du manga. Même lorsqu’une porte semble enfin s’ouvrir, Maruo prend un malin plaisir à rappeler que le talent ne suffit pas et que les milieux artistiques ne sont pas moins cruels que le reste de la société. Le passage où Migeru se fait éconduire après avoir espéré devenir assistant résume parfaitement cette logique : son rêve est toujours à portée de main, mais quelqu’un s’empresse de le lui retirer. Et puis il y a Sachiko, personnage formidablement ambigu, à la fois soutien, objet de désir et victime d’un environnement où les rapports humains sont constamment contaminés par l’argent et le sexe. Maruo fait progressivement basculer cette chronique sociale dans quelque chose de beaucoup plus dérangeant. Les hallucinations de Migeru, notamment cette présence grotesque du Konaki-jiji qui semble s’accrocher à lui à mesure que les échecs s’accumulent, matérialisent littéralement son désespoir. Le réel finit par devenir aussi absurde que les visions qui le contaminent. C’est là que le manga devient particulièrement fascinant : on ne sait plus très bien si Migeru sombre dans son imagination ou si Tokyo est réellement devenu un cauchemar. Maruo injecte également dans cette histoire la figure de Nagayama, jeune homme marginal qui rappelle directement le parcours du meurtrier Nagayama Norio. Son apparition donne au récit une gravité supplémentaire, car derrière les errances de Migeru se dessine une autre trajectoire possible pour cette jeunesse abandonnée. Deux garçons issus de la même époque, écrasés par la pauvreté, mais qui ne prennent évidemment pas le même chemin. Le manga ne cherche pourtant jamais à transformer cette réalité en leçon de morale. Maruo préfère l’ironie, la provocation, les références culturelles et une succession de situations qui deviennent progressivement de plus en plus malsaines. Il se moque au passage de cette contre-culture qui prétend vouloir changer le monde tout en reproduisant ses propres rapports de domination. Les artistes autoproclamés géniaux, les révolutionnaires de salon et les apprentis intellectuels ne sont pas épargnés. Même le rêve de devenir mangaka est traité avec une certaine cruauté : créer ne protège ni de la misère, ni de la médiocrité, ni de la violence. J’ai surtout aimé cette façon qu’a Maruo de transformer son propre imaginaire en piège narratif. Sous ses allures de chronique underground, Underground raconte finalement quelque chose de très simple : que faire de ses rêves lorsqu’on n’a absolument rien pour les réaliser ? Et chez Maruo, la réponse ne pouvait évidemment pas être rassurante. On ressort de ce one-shot avec l’impression d’avoir traversé un Tokyo fantôme, coincé entre rêve de réussite, désir de création et pulsion de destruction. Un Maruo moins immédiatement spectaculaire que dans ses œuvres les plus extrêmes, mais peut-être plus intime, plus amer et finalement assez bouleversant.
Pet - remastered édition tome 2
Votre avis :
star star star star star-empty 4/5
Avec ce deuxième tome, Pet devient encore plus fascinant… et surtout beaucoup plus malsain. Là où le premier volume posait les règles, celui-ci s’intéresse davantage aux dégâts qu’elles provoquent chez ceux qui les utilisent. Tsukasa est clairement au centre de cette évolution. Son rapport avec Hayashi prend une tournure particulièrement dérangeante, entre admiration, dépendance et véritable haine. Ce qui pourrait ressembler à un simple lien entre deux personnages devient progressivement quelque chose de beaucoup plus viscéral. Et c’est là que Miyake Ranjō frappe fort. Elle ne raconte jamais ses personnages comme de simples victimes ou de simples bourreaux. Tsukasa peut être bouleversant une page et franchement inquiétant quelques cases plus loin. La confrontation avec Hayashi donne d’ailleurs au tome certaines de ses séquences les plus tendues. On ne se bat pas avec des poings : on se bat directement avec les souvenirs, les traumatismes et les émotions. Le principe pourrait sembler abstrait, mais l’autrice le rend terriblement concret. Entrer dans l’esprit de quelqu’un revient ici à pénétrer dans un territoire où la moindre faiblesse peut être retournée contre lui. Hiroki gagne également en importance et révèle une maîtrise de ses capacités qui contraste avec son apparente innocence. Son lien avec Tsukasa devient l’un des éléments les plus troublants du récit. Car chez ces personnages, l’affection n’est jamais vraiment saine. Elle protège autant qu’elle enferme. Katsuragi, de son côté, laisse entrevoir une part beaucoup plus sombre de l’organisation et de son fonctionnement. On comprend surtout que ces jeunes capables de manipuler les souvenirs ne sont pas seulement utilisés pour leurs pouvoirs. Ils sont maintenus dans une dépendance affective qui les rend beaucoup plus faciles à contrôler. C’est probablement ce qui rend Pet aussi inconfortable. La manipulation mentale n’est finalement que la partie visible du problème. Le véritable poison se trouve dans les liens qui unissent les personnages. Même lorsque certains cherchent à se libérer, ils restent prisonniers de ceux qui leur ont permis de survivre. Et plus le récit avance, plus la frontière entre protéger quelqu’un et le posséder devient floue. Le dessin participe pleinement à cette sensation d’étouffement, avec des passages mentaux volontairement déstabilisants. Les souvenirs ne sont jamais présentés comme quelque chose de fiable ou d’immuable. Ils peuvent être déformés, détruits, reconstruits… mais certaines blessures refusent visiblement de disparaître. C’est cette idée qui donne au tome 2 une vraie puissance émotionnelle. Pet ne cherche pas à nous rassurer : il nous enferme dans la tête de personnages profondément abîmés. Un deuxième tome plus sombre, plus intime et surtout plus cruel. Et quand arrive la dernière partie, une seule envie domine : comprendre jusqu’où cette histoire va pouvoir aller.
Hirayasumi tome 10
Votre avis :
star star star star star 5/5
Avec ce dixième tome, Hirayasumi franchit un cap sans jamais donner l’impression de forcer son évolution. Et c’est probablement là que Shinzō Keigo est le plus fort : faire avancer ses personnages sans les transformer artificiellement. Cette fois, Hiroto revient véritablement au centre du récit, alors que Natsumi continue de se débattre avec son manga et ses propres exigences. Elle qui voulait avancer se retrouve rattrapée par les délais, la fatigue et cette pression de devoir prouver qu’elle a quelque chose à raconter. Hiroto, lui, semble toujours aussi détaché… sauf qu’une question commence sérieusement à le rattraper : qu’est-ce qu’il veut faire de sa vie ? Le garçon qui semblait avoir parfaitement accepté de ne rien planifier se découvre finalement incapable de rester éternellement immobile. Et cette contradiction donne au personnage une profondeur nouvelle. J’ai particulièrement aimé la manière dont le manga traite cette prise de conscience sans transformer Hiroto en héros soudainement ambitieux. Il avance à sa façon, par petites impulsions, presque malgré lui. Même chose pour Yomogi, coincée depuis longtemps entre les sentiments de Hiroto et ceux d’Ishikawa. Son refus ne ressemble d’ailleurs pas vraiment à une fermeture définitive, mais plutôt à l’incapacité de choisir quand choisir implique de bouleverser son quotidien. À côté, Akari franchit un vrai seuil avec son exposition et la perspective de partir étudier en Allemagne. Et forcément, la question de Yamada devient beaucoup plus concrète : rester ou suivre quelqu’un qu’il aime dans une aventure qui n’était pas la sienne ? C’est précisément ce genre de dilemme qui fait la force de Hirayasumi. Personne ne reçoit une révélation miraculeuse et personne ne possède la bonne réponse. Même les rencontres les plus anodines, comme celle avec Shibata et son appartement complètement envahi, trouvent leur place dans cette réflexion sur la manière de vivre. Shinzō Keigo refuse toujours le spectaculaire, mais il sait créer de véritables secousses avec trois phrases et une conversation autour d’un repas. Le chapitre consacré au ramen, notamment, possède cette simplicité trompeuse qui finit par toucher beaucoup plus profondément qu’elle ne devrait. Puis arrive Noël, avec ce sentiment étrange que quelque chose est en train de se déplacer dans la vie de chacun. Le plus beau, finalement, est que personne ne semble réellement savoir où tout cela va mener. Hirayasumi parle moins de trouver sa voie que d’accepter enfin de commencer à la chercher. Et après dix tomes, Hiroto n’est plus simplement celui qui refuse de courir : il commence à comprendre pourquoi il doit peut-être se mettre en mouvement. Un tome doux en apparence mais beaucoup plus important qu’il n’y paraît et qui rapproche doucement Hirayasumi de son dernier virage.
Saint Seiya - final edition tome 8
Votre avis :
star star star star star 5/5
Avec ce huitième tome, Saint Seiya entre dans une zone où chaque combat semble désormais pouvoir coûter la vie à l’un des héros. Après le face-à-face avec Shaka, le récit enchaîne avec Shura et transforme le duel contre le Capricorne en véritable épreuve de foi. Shura n’est pourtant pas seulement un obstacle : sa conviction aveugle envers le Pope donne au combat une dimension tragique. La confrontation avec Shiryu fonctionne particulièrement bien parce qu’elle oppose deux conceptions de la justice, avant de bouleverser définitivement le destin du Dragon. L’Excalibur devient alors bien plus qu’une technique spectaculaire : elle devient un héritage. Mais c’est surtout Hyoga qui porte ce volume vers une intensité émotionnelle remarquable. Après avoir été libéré de son cercueil de glace, il doit affronter Camus dans un duel qui ressemble davantage à un dialogue entre maître et disciple qu’à un simple combat. Camus refuse de lui faire le moindre cadeau, tandis que Hyoga s’obstine à avancer malgré son état. La scène atteint une forme de beauté glaciale lorsque les deux hommes se retrouvent pratiquement au même niveau de maîtrise du froid. Le passage fonctionne parce que la victoire importe finalement moins que la reconnaissance mutuelle. Puis vient Milo, et avec lui une autre facette de la bataille : celle de la volonté. Le Scorpion pousse Hyoga jusqu’à ses dernières limites avec ses Scarlet Needle, transformant chaque coup en compte à rebours vers la mort. Milo comprend pourtant que le jeune chevalier de bronze possède quelque chose que la simple puissance ne peut mesurer. Son intervention autour de Camus donne d’ailleurs au personnage une épaisseur inattendue, loin du simple gardien de temple. En parallèle, le sacrifice d’Ikki face à Shaka rappelle que les chevaliers d’or ne sont pas seulement des adversaires surpuissants, mais de véritables murs narratifs. Même lorsqu’ils semblent invincibles, les chevaliers de bronze continuent de progresser à travers leurs défaites. Le message laissé par Aiolos apporte ensuite une respiration étonnamment émouvante au milieu de cette course contre la montre. Son testament transforme les cinq héros en héritiers d’une mission qui les dépasse complètement. Puis le récit bascule vers le palais du Pope, où l’atmosphère devient soudain beaucoup plus inquiétante. Le visage du Pope, son comportement et sa présence presque irréelle annoncent que le véritable ennemi n’est plus très loin. La mise en scène finale, avec cette identité qui s’apprête à éclater, possède une efficacité presque théâtrale. La Final Edition renforce encore certaines scènes par ses retouches graphiques et ses ajustements de dialogues, sans dénaturer la puissance de l’original. Ce tome est surtout remarquable parce qu’il fait passer Saint Seiya du simple tournoi héroïque à une tragédie mythologique où chaque victoire laisse une cicatrice. Et lorsque le rideau tombe sur le Pope, on comprend que tout ce qui précédait n’était finalement que le prélude au véritable affrontement.
Wind breaker tome 23
Votre avis :
star star star star star 5/5
Ce tome prend un virage étonnamment intime sans jamais perdre l’énergie qui fait la force de la série. Après l’affrontement autour de la sœur de Kiryu, Sakura et son camarade se retrouvent une nouvelle fois côte à côte, et cette proximité dit beaucoup du chemin parcouru. Le Sakura qui fonçait seul vers le sommet commence désormais à comprendre que la force peut aussi se construire dans le regard des autres. C’est justement cette question du « sommet » qui devient le véritable moteur du volume. Après avoir vu Umemiya affronter Takiishi, Sakura mesure brutalement l’écart qui le sépare encore de celui qu’il considère comme l’incarnation de la puissance. Le problème n’est donc plus seulement de devenir le plus fort : il doit comprendre ce que signifie réellement être au sommet. Et c’est là que Togame intervient, avec une justesse qui tranche avec les habituels discours de motivation. Leur virée au festival d’été aurait pu n’être qu’une parenthèse légère ; elle devient au contraire l’un des moments les plus importants du parcours de Sakura. Togame ne lui demande pas de devenir Umemiya, mais de trouver ce que peut être sa propre manière d’avancer. Cette idée paraît simple, mais elle touche directement au cœur du personnage. Sakura a longtemps construit son identité contre les autres ; il commence ici à la construire avec eux. Même la rencontre avec Yugo participe à cette évolution, en montrant combien les liens noués par Togame autour de Sakura ont désormais une véritable portée. Le tome change ensuite complètement de registre avec l’école de Furin et l’arrivée de Natsuki. Cette gamine agressive, qui rejette immédiatement les autres et refuse même sa propre fête de bienvenue, aurait pu n’être qu’un nouveau personnage secondaire. Nii Satoru en fait pourtant un miroir particulièrement pertinent de Sakura et de Kotoha. Parce que derrière son agressivité, Natsuki cherche surtout à vérifier si quelqu’un peut rester malgré son rejet. Et Sakura, avec sa délicatesse involontaire, comprend cela bien mieux qu’il ne pourrait l’expliquer. Le voir la raccompagner sur son dos puis rester près d’elle pendant le repas est probablement l’un des plus beaux rappels de son évolution. Plus encore, le flash-back consacré à Kotoha et à Umemiya donne une profondeur supplémentaire à cette séquence. On comprend alors que la capacité à tendre la main aux caractères les plus difficiles n’est pas apparue par magie chez Sakura. Le volume crée ainsi un véritable fil entre les générations de Furin : ceux qui ont été sauvés deviennent à leur tour capables de sauver quelqu’un. C’est précisément là que WIND BREAKER dépasse définitivement le simple manga de baston. Nii Satoru sait que ses combats sont spectaculaires, mais il sait surtout que leur véritable enjeu est ce qui reste une fois les coups terminés. Le tome 23 est peut-être moins explosif que certains précédents, mais il est beaucoup plus important pour Sakura. Un volume de transition en apparence, mais en réalité un formidable chapitre de maturation : Sakura ne cherche plus seulement à atteindre le sommet, il commence enfin à comprendre pourquoi il veut y arriver.
Mad tome 3 (édition limitée)
Votre avis :
star star star star star 5/5
MAD confirme avec ce troisième tome qu’il possède quelque chose de vraiment particulier. Yusuke Otori intensifie encore la tension et livre un volume plus sombre, plus brutal et surtout beaucoup plus riche. L’intrigue autour de Jéricho, où John se retrouve prisonnier, pousse le personnage dans une situation particulièrement éprouvante. Son isolement et les épreuves qu’il endure donnent une dimension beaucoup plus humaine à son parcours. En parallèle, l’expédition menée par les Compatibles permet d’explorer davantage cet univers dévasté et ses zones encore inconnues. Cette partie apporte surtout de nouvelles interrogations sur les extraterrestres et sur leur véritable nature. Et c’est probablement là que MAD devient le plus fascinant. L’ennemi n’est plus simplement une menace à éliminer : il devient progressivement un mystère que les personnages doivent comprendre. La frontière entre l’humain et l’alien continue ainsi de se brouiller, avec des conséquences particulièrement intrigantes. Otori sait parfaitement distiller ses informations sans jamais donner l’impression de tout révéler trop rapidement. Chaque réponse apporte finalement son lot de nouvelles questions. Le rythme est également remarquable, alternant passages d’action extrêmement violents et séquences beaucoup plus oppressantes. Certaines scènes dégagent une véritable sensation de malaise, renforcée par les décors en ruine et cette impression permanente que le danger peut surgir à tout moment. Graphiquement, le manga est toujours aussi impressionnant. Les créatures possèdent des silhouettes et des textures organiques particulièrement dérangeantes, tandis que les environnements donnent une vraie ampleur au monde imaginé par l’auteur. Mais ce qui me plaît le plus dans ce tome, c’est cette capacité à ne jamais se contenter d’être un simple manga de survie. MAD construit peu à peu une réflexion sur l’identité, la transformation et la frontière entre ce qui est humain et ce qui ne l’est plus. John lui-même devient le reflet de cette question, à mesure que les événements l’obligent à dépasser ses propres limites. Le récit gagne donc en profondeur sans perdre son efficacité ni sa brutalité. Et surtout, ce troisième tome donne réellement l’impression que l’histoire prend son envol. L’univers s’élargit, les mystères se multiplient et la menace paraît plus inquiétante que jamais. C’est exactement le genre de volume qui donne envie de poser immédiatement le suivant sur la table. MAD atteint ici un équilibre particulièrement réussi entre horreur, action, science-fiction et mystère. Un véritable coup de cœur pour ce troisième tome, qui transforme une excellente découverte en série que j’attends désormais avec une réelle impatience.
Berserk - prestige tome 6
Votre avis :
star star star star star 5/5
Avec ce sixième volume de l’édition Prestige, Kentarō Miura referme l’Âge d’or dans une déflagration qui dépasse tout ce que le récit avait laissé entrevoir. Les dernières résistances de la Troupe du Faucon sont d’abord confrontées à la brutalité de Wyald, créature grotesque dont la sauvagerie rappelle que l’horreur de Berserk ne vient pas uniquement des champs de bataille. Mais derrière cette violence physique se joue surtout une tragédie beaucoup plus intime : Griffith n’est plus l’homme charismatique qui guidait autrefois ses troupes. Brisé dans son corps comme dans ses ambitions, il devient presque silencieux, réduit à observer ceux qui l’entourent. Cette transformation modifie complètement la dynamique du groupe et donne à chaque regard une importance nouvelle. Guts, lui, découvre progressivement que sauver Griffith ne signifie pas nécessairement pouvoir retrouver celui qu’il était. Son attachement à Casca devient également plus évident, alors que la jeune femme cesse peu à peu d’être uniquement la guerrière déterminée qu’elle semblait être. Miura prend le temps de faire émerger cette fragilité avant de précipiter ses personnages dans l’abîme. C’est précisément cette préparation qui rend la seconde moitié du volume aussi difficile à encaisser. Lorsque le Beherit s’active enfin, le récit abandonne brutalement les repères du drame historique pour basculer dans une horreur métaphysique. L’apparition de la Main de Dieu donne à l’Éclipse une dimension presque cosmique, mais Miura ne perd jamais de vue les individus pris au piège de cet événement. Le véritable choc ne vient donc pas seulement de la monstruosité des créatures, mais de la décision que Griffith doit prendre. Tout ce qu’il a construit depuis son enfance se retrouve soudain placé sur une balance dont le prix est humain. La question du rêve, longuement développée auparavant, prend alors une signification terriblement concrète. Griffith ne devient pas monstrueux simplement parce qu’il est confronté à l’enfer : l’enfer révèle jusqu’où il est prêt à aller pour poursuivre son ambition. Face à lui, Guts représente au contraire l’attachement à ceux qui donnent un sens à une existence, même lorsque cette existence est faite de combats et de souffrance. Le contraste entre les deux hommes atteint ici une intensité remarquable. Miura utilise également Casca pour faire de cette catastrophe autre chose qu’un simple massacre : elle devient le centre émotionnel autour duquel se cristallisent les liens entre les trois protagonistes. Graphiquement, certaines planches de l’Éclipse donnent l’impression que la page elle-même ne suffit plus à contenir les corps, les monstres et la panique. Les compositions deviennent vertigineuses, tandis que les silences et les regards remplacent parfois les dialogues. Cette maîtrise du découpage explique pourquoi les scènes les plus terribles ne reposent pas uniquement sur le gore, mais sur l’attente de ce qui semble inévitable. Le volume 6 est ainsi moins une conclusion qu’un point de rupture : après l’Éclipse, le Berserk que l’on connaissait ne peut plus exister. Miura transforme la chute d’une troupe de mercenaires en tragédie sur le désir, l’ambition, l’amitié et le prix d’un rêve. Et lorsque les dernières pages se referment, le sentiment dominant n’est pas seulement l’horreur : c’est celui d’avoir assisté à la destruction méthodique d’un monde auquel on s’était attaché.
Tank chair tome 9
Votre avis :
star star star star star-empty 4/5
Un cap de franchi avec ce volume ! Et c'est tant mieux car je renoue enfin avec l'intérêt de cette série. Après la violence du tome précédent, la classe A décide de capturer Nagi afin de retrouver le Sensei qu’elle connaissait autrefois. Mais cette volonté de sauver leur professeur les conduit à dépasser une limite en s’en prenant à quelqu’un de précieux pour Nagi. La réaction du jeune homme est immédiate : sa colère transforme la confrontation avec Waniguchi en véritable duel de volonté. Ce face-à-face constitue l’un des grands moments du volume, parce qu’il ne repose pas uniquement sur la puissance physique. Waniguchi apparaît enfin comme un véritable contrepoids à Nagi, avec une détermination qui donne une autre dimension à leur rivalité. Pourtant, Yashiro ne s’arrête pas à l’affrontement : ce conflit ouvre progressivement la voie à une réconciliation avec les membres de la classe A. C’est là que le volume surprend le plus, en faisant évoluer les rapports entre personnages plutôt qu’en enchaînant simplement les combats. La relation entre Nagi et Naozumi gagne également en importance. Affaibli par le Death Rock, Nagi ne peut plus compter uniquement sur ses propres capacités. Naozumi devient alors bien davantage qu’un simple soutien technique : il participe directement à la nouvelle évolution du Tank Chair. Et cette évolution porte un nom particulièrement spectaculaire : le Mark Nine, ou « Octo Power Assist ». Cette nouvelle forme ne ressemble pas à un simple changement esthétique destiné à impressionner. Elle matérialise au contraire l’idée que Nagi devient plus dangereux lorsqu’il accepte de combattre avec les autres. C’est une évolution particulièrement intéressante pour une série construite autour d’un héros dont la force repose justement sur l’isolement et la réaction à la menace. Le dessin de Yashiro accompagne parfaitement cette progression, avec des affrontements où la lisibilité du mouvement reste aussi importante que leur brutalité. Le volume conserve ainsi cette identité visuelle faite de corps déformés, de machines massives et d’attaques qui semblent constamment sur le point de déborder du cadre. Mais derrière cette démesure, le véritable enjeu reste désormais le lien entre les élèves et leur professeur. Lorsque Nagi et la classe A se retrouvent face à Sensei, le combat prend une dimension presque intime. Ce qui était présenté comme une mission de sauvetage devient alors une confrontation entre une génération d’élèves et celui qui les a façonnés. Le tome prépare ainsi naturellement un changement de perspective autour du passé de Sensei et de la mystérieuse organisation qui gravite autour de lui. Surtout, Yashiro évite de donner l’impression que la menace est déjà totalement définie : l’Ordre semble encore dissimuler plusieurs zones d’ombre. Ce neuvième volume fonctionne donc comme un véritable tournant : il referme une première partie du conflit tout en ouvrant une histoire beaucoup plus personnelle. Tank Chair reste explosif, mais ce sont désormais ses personnages et leurs liens qui donnent à cette déferlante d’action toute sa puissance.
Les nations du soleil sanglant tome 5
Votre avis :
star star star star star-empty 4/5
Avec ce cinquième tome, Ikka Matsuki ouvre une nouvelle phase particulièrement ambitieuse de son récit. Après la guerre contre le Seii, le Japon de Nippon Sangoku change brutalement de visage. Taira Denki obtient le titre de roi et transforme progressivement son pouvoir politique en véritable domination personnelle. La scène de son accession résume à elle seule la mécanique de ce nouveau régime : intimidation, violence et soumission remplacent les derniers simulacres d’autorité impériale. Quatre années passent alors, permettant à Matsuki de montrer les conséquences concrètes de cette prise de pouvoir. Le pays semble plus stable, mais cette stabilité repose désormais sur une concentration inquiétante du pouvoir entre les mains d’un seul homme. C’est dans ce contexte qu’Aoteru retrouve enfin sa liberté après son long emprisonnement. Sa confrontation avec Denki est d’autant plus forte qu’elle repose moins sur la colère que sur une maîtrise de soi presque glaçante. Aoteru refuse de sacrifier son objectif de paix à son désir de vengeance, malgré la présence de l’homme responsable de la mort de son épouse. Cette décision donne au personnage une profondeur nouvelle et transforme sa quête personnelle en véritable projet politique. Le tome marque surtout son passage décisif du théoricien au stratège capable d’influencer directement le cours d’une bataille. Son association avec Asama Yoshitsune constitue à ce titre l’une des grandes réussites du volume. Leur confiance réciproque donne une remarquable fluidité aux préparatifs comme à l’exécution des opérations militaires. La bataille du mont Kasagi permet enfin de mesurer concrètement ce que valent les capacités tactiques d’Aoteru. Plutôt que de miser uniquement sur la puissance militaire, Matsuki construit l’affrontement autour de la lecture du terrain, de l’anticipation et de la capacité à exploiter les failles adverses. Le récit gagne ainsi une dimension presque pédagogique sans jamais perdre son efficacité dramatique. Cette évolution élargit également l’univers : les territoires, les rapports de force et les enjeux géographiques deviennent aussi importants que les personnages eux-mêmes. Mais le plus intéressant reste le paradoxe qui se dessine autour d’Aoteru : pour construire le monde qu’il souhaite, il doit momentanément servir celui qu’il entend un jour renverser. La relation entre Aoteru et Asama conserve elle aussi une part d’ambiguïté, leur alliance reposant autant sur leurs intérêts communs que sur une véritable confiance. Matsuki évite ainsi de transformer ses personnages en simples pièces d’un échiquier politique et laisse planer le doute sur leurs choix futurs. Visuellement, les affrontements conservent cette nervosité caractéristique de la série, avec une mise en scène qui privilégie la lisibilité des mouvements et la brutalité des conséquences. Ce cinquième tome fonctionne donc comme un formidable tremplin : Denki consolide son pouvoir tandis qu’Aoteru commence enfin à devenir le stratège annoncé depuis le début. L’arc de la « Chasse au clan Taira » ne fait que commencer, mais cette première étape pose déjà les bases d’un affrontement politique et militaire qui pourrait changer définitivement le visage du Japon.
Choujin X tome 13
Votre avis :
star star star star star-empty 4/5
Choujin X atteint avec ce treizième tome un degré d’intensité rarement égalé depuis le début de la série. La bataille autour de la tour de Zora semblait pourtant toucher à son terme lorsque Tokio choisit la voie du dialogue plutôt que celle de la confrontation. Ce choix résume à lui seul l’évolution d’un héros qui refuse désormais de considérer l’affrontement comme l’unique réponse possible. Mais l’irruption de Bâtista fait voler en éclats cette fragile perspective de paix. Avec lui, Ishida transforme progressivement le combat en véritable cauchemar métaphysique. Son pouvoir de reconstruction bouleverse jusqu’à la notion même de victoire : ce qui vient d’arriver peut être défait, puis recommencer. Chaque tentative de Tokio, d’Eli et de Thunderbolt semble ainsi condamnée à être absorbée par un adversaire qui peut réécrire l’issue du combat. Cette mécanique donne aux affrontements une dimension particulièrement oppressante, car l’accumulation des efforts ne garantit plus aucun progrès. Pourtant, le véritable tour de force du volume réside moins dans cette démesure que dans ce qu’elle révèle de Bâtista. Son obsession pour Hartley cesse d’être celle d’un simple antagoniste avide de puissance. Le récit revient sur l’homme qu’il était avant que le deuil et la culpabilité ne dévorent tout le reste. La découverte de la vérité sur la mort de Hartley et de son enfant donne alors à sa quête une dimension tragiquement intime. Bâtista ne cherche pas seulement à vaincre ses ennemis : il veut reprendre possession d’un passé qu’il considère comme volé. Et c’est précisément là que son affrontement avec Tokio devient passionnant. Tokio regarde vers un avenir encore incertain tandis que Bâtista veut abolir le présent pour retrouver celui qu’il a perdu. Deux conceptions du temps et de la souffrance se retrouvent ainsi face à face. Eli apporte une contradiction indispensable à l’idéalisme de Tokio, notamment lorsqu’elle envisage une solution beaucoup plus radicale. Son épuisement psychologique rappelle que les conséquences de cette guerre ne peuvent pas être effacées par de belles intentions. Même Thunderbolt, lorsqu’il tente de ramener Bâtista à la raison, se heurte à un frère qui n’est plus celui qu’il connaissait. Graphiquement, Ishida accompagne cette fracture par des transformations toujours plus dérangeantes, où les corps paraissent perdre leurs limites naturelles. La monstruosité n’est cependant jamais gratuite : elle matérialise les blessures intérieures des personnages. Le tome réussit ainsi à faire cohabiter l’absurde, le grotesque, la violence et une mélancolie presque poignante. Quelques passages peuvent volontairement donner le sentiment de perdre pied tant les pouvoirs de Bâtista dépassent les règles habituelles du récit. Mais cette confusion participe aussi à l’expérience : face à un homme capable de recommencer le monde, le lecteur ne possède plus de terrain stable. Avec ce treizième volume, Choujin X ne se contente donc pas de préparer un nouvel affrontement : il interroge ce que signifie réellement vouloir réparer le passé, et frappe surtout par son mélange de vertige, de cruauté et d’émotion.
After god tome 10
Votre avis :
star star star star star 5/5
Du grand art, un volume d'une virtuosité narrative qui pousse à l'admiration ! Avec ce dixième tome, After God opère un vertigineux retour aux sources : et si tout ce que nous pensions être le début n’était en réalité qu’une étape parmi d’autres ? Face à Worokapi, Tokinaga livre enfin le récit de ce qui lui est arrivé dans le « premier monde », avant même l’apparition des IPO. C’est là qu’il rencontre Waka, une jeune femme dont les paroles étrangement familières suggèrent immédiatement que quelque chose échappe à la logique. Car Waka semble connaître Tokinaga avant même de véritablement le rencontrer. Son énigmatique « cette fois encore » prend alors une dimension particulièrement troublante. À mesure que son récit progresse, Tokinaga découvre surtout que cette première rencontre est le point de départ d’une succession de tragédies. La mort de Waka, l’apparition de Nisroka et le contrat qui s’ensuit font basculer l’histoire dans une mécanique de répétition dont Tokinaga ne semble jamais pouvoir sortir. Le manga transforme ainsi le traditionnel voyage dans le temps en véritable piège : chaque tentative pour réparer le passé produit une nouvelle version du désastre. La révélation des différentes itérations de la vie de Tokinaga donne d’ailleurs un autre poids à des événements que l’on croyait jusqu’ici définitifs. Certaines vies ont été meilleures que celle que nous connaissons : dans l’une d’elles, Waka et Shion survivent et construisent même une vie heureuse. Mais Tokinaga refuse de s’arrêter là, incapable de considérer son propre bonheur comme suffisant tant que le reste du monde demeure condamné. C’est probablement l’un des aspects les plus forts du volume : son héros n’est pas prisonnier de la boucle uniquement à cause d’une malédiction. Il l’est aussi à cause de sa propre conception du bien. Chaque retour en arrière devient donc à la fois un acte de compassion et une nouvelle condamnation. Et le prix de ces retours est terrible : son corps se pétrifie progressivement, transformant son pouvoir en compte à rebours. Pendant ce temps, la figure de Waka se complexifie encore lorsque le passé révèle son lien avec la « sorcière » et avec Nisroka. Le rapport entre Waka, Alura et les IPO oblige alors à reconsidérer la place qu’occupe réellement cette jeune femme dans le récit. Ce qui ressemblait autrefois à une simple énigme personnelle devient une pièce du fonctionnement même du monde. C’est là toute la réussite du tome 10 : il ne se contente pas de répondre aux questions accumulées depuis le premier volume. Il revient sur ces questions pour leur donner un sens différent, parfois même contradictoire avec notre première lecture. Le véritable tour de force d’Akemi Enoshima est ainsi de faire du passé non pas une explication, mais une nouvelle source d’incertitude. Plus Tokinaga raconte, plus le lecteur comprend que la chronologie d’After God est elle-même devenue un piège. À l’arrivée, le tome 10 ressemble moins à une pause explicative qu’à une gigantesque pièce manquante venant modifier l’ensemble du puzzle. Et lorsqu’on referme le volume, l’envie de retourner au premier tome devient presque irrésistible : certaines scènes ne peuvent tout simplement plus être regardées de la même manière.
Immortalité et châtiment tome 7
Votre avis :
star star star star star-empty 4/5
Avec ce septième tome, Immortalité et Châtiment franchit enfin le seuil du love hotel. Mais sortir de cette prison ne signifie aucunement retrouver la liberté. Satô transforme même l’évasion en une nouvelle descente aux enfers. Le kidnapping de Mei par Rumiya précipite une confrontation d’une brutalité saisissante. Face à lui, Kazahari comprend surtout qu’il ne lui reste plus beaucoup de temps. Son sacrifice constitue sans doute le moment le plus marquant de ce volume. Parce qu’il ne cherche pas seulement à survivre : il choisit enfin pour qui il veut mourir. La mise en scène de sa dernière lutte possède une sobriété presque étonnante. Satô évite d’en faire un héros traditionnel, et c’est précisément ce qui rend son destin poignant. Son dernier regard donne davantage de poids au personnage que toutes ses apparitions précédentes. À peine cette perte digérée, le récit refuse pourtant de laisser respirer ses survivants. L’arrivée du mari de Misawa permet une fuite in extremis, mais révèle une nouvelle horreur. Akari est vivante, oui, mais déjà condamnée par l’infection. La détresse de Misawa rappelle alors que, dans cet univers, survivre peut devenir une autre forme de souffrance. Le groupe quitte enfin l’espace claustrophobique du quartier de Shinjuku. Pourtant, l’ouverture du monde ne produit aucun sentiment de soulagement. L’idée d’Edo apparaît comme une promesse de refuge aussi fragile qu’incertaine. Et c’est justement là que Fumito recommence à s’isoler. Alors que les autres tentent de sauver leur avenir, lui retourne vers son passé. Sa décision de partir à la recherche de Shoka donne au tome une inflexion beaucoup plus intime. Le zombie cesse alors d’être son seul adversaire : la culpabilité redevient son véritable ennemi. Le contraste entre la fuite collective et cette quête personnelle fonctionne particulièrement bien. Satô fait ainsi converger deux histoires qui semblaient jusque-là avancer en parallèle. La violence reste omniprésente, mais ce sont désormais les choix des personnages qui font le plus mal. Un tome charnière, cruel et fortement tendu, qui transforme la survie en véritable question morale.
En selle, Sakamichi ! tome 15
Votre avis :
star star star star star 5/5
Quand le sprint devient un combat intérieur ! Le quinzième tome délaisse momentanément Sakamichi pour placer Hakone et Kyoto Fushimi au centre de la course. Une décision qui pourrait sembler risquée, mais qui permet à Wataru Watanabe de révéler une nouvelle facette de son affrontement entre équipes. Tout part d'une provocation de Midôsuji, qui cherche moins à battre Hakone qu'à fissurer mentalement ses coureurs. Face à lui se dresse Shinkai, l'as sprinteur de l'équipe championne. Derrière son calme habituel se cache pourtant une blessure que Midôsuji s'est donné la peine de déterrer. Des années auparavant, Shinkai a percuté un lapin alors qu'il tentait de dépasser un adversaire par la gauche. Depuis, cette simple portion de la route est devenue pour lui une frontière infranchissable. Le détail pourrait paraître extravagant, mais Watanabe en fait progressivement un véritable enjeu dramatique. Car Midôsuji comprend que la meilleure manière de battre Shinkai n'est pas forcément d'aller plus vite que lui. Il lui suffit de l'empêcher d'utiliser pleinement ses propres capacités. Le duel devient alors une bataille psychologique autant qu'un sprint. C'est là que le tome trouve sa véritable force : la vitesse ne dépend plus seulement des jambes, mais de ce que le coureur est capable d'affronter. Face à la froideur calculatrice de Midôsuji, Shinkai oppose une mémoire douloureuse et la confiance de ceux qui ont continué à croire en lui. La présence de Fukutomi dans son passé donne d'ailleurs une profondeur inattendue au personnage. On comprend que le « démon de la ligne droite » n'est pas né d'une simple volonté de dominer ses adversaires. Il est aussi le résultat d'une lutte intime contre sa propre peur. Lorsque Shinkai finit par accepter de franchir cette limite, son changement d'attitude est particulièrement saisissant. Watanabe transforme alors le sprint en véritable scène de libération, avec des visages et des postures poussés jusqu'à l'extrême. Cette démesure graphique peut sembler excessive, mais elle correspond parfaitement à la logique émotionnelle du manga. Pendant ce temps, Sakamichi et Tadokoro poursuivent leur remontée, rappelant que la course ne se résume jamais aux hommes qui occupent la tête. Le contraste entre leur progression et le duel des sprinteurs entretient ainsi une tension permanente dans le peloton. Et surtout, le tome montre que chaque coureur transporte avec lui une histoire qui peut devenir une force… ou une faiblesse. Midôsuji excelle précisément parce qu'il sait transformer cette fragilité en arme. Shinkai, lui, découvre qu'il peut reprendre le contrôle de ce qu'il croyait définitivement perdu. Un quinzième volume particulièrement nerveux, qui fait du sprint non pas une simple démonstration de puissance, mais un combat contre soi-même.
Hellsing - perfect edition tome 5 (édition collector)
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star star star star star-empty 4/5
Le dernier tome de Hellsing ne cherche pas seulement à conclure une guerre : il met un terme à une vision du monde où l'humanité et la monstruosité se définissent mutuellement. Après le chaos qui a englouti Londres, Kouta Hirano concentre son récit sur les ultimes affrontements, moins guidés par la stratégie que par les convictions profondes de chacun. Le duel entre Seras Victoria et le Capitaine offre une démonstration de force impressionnante, mais révèle surtout l'aboutissement de la métamorphose de Seras. Désormais pleinement consciente de sa nature, elle assume enfin le pouvoir qu'elle refusait jusque-là. Au cœur du volume, le plan du Major atteint son objectif lorsque Schrödinger s'intègre au flot de sang absorbé par Alucard. Cette idée, aussi déroutante que brillante, transforme le combat final en une réflexion sur l'identité. Un être capable de contenir des millions d'existences peut-il encore affirmer qu'il existe réellement ? La confrontation entre Integra et le Major abandonne progressivement les armes pour devenir un affrontement idéologique. L'un célèbre la guerre comme une fin en soi, l'autre défend obstinément la volonté humaine face aux monstres qu'elle a pourtant appris à contrôler. Hirano impressionne par sa capacité à faire naître une tension constante au milieu d'un déluge de violence. Chaque page déborde d'énergie, mais cette démesure n'est jamais gratuite : elle participe à l'esthétique opératique qui caractérise toute la série. Le dessin atteint ici son apogée. Les doubles pages foisonnent de détails, les expressions sont d'une intensité rare et les jeux d'ombres donnent aux personnages une présence presque théâtrale. L'épilogue, situé plusieurs décennies plus tard, apporte une conclusion inattendue. Le retour d'Alucard auprès d'Integra ne ressemble pas à une victoire triomphale, mais à l'acceptation d'une longue errance nécessaire pour retrouver sa propre existence. Cette dernière scène résume parfaitement Hellsing. Derrière les torrents de sang, les discours grandiloquents et les affrontements titanesques, le manga n'a cessé d'interroger ce qui distingue véritablement un homme d'un monstre. Rarement un seinen d'action aura su pousser aussi loin son esthétique gothique tout en conservant une véritable cohérence philosophique. Ce dixième tome referme magistralement une œuvre excessive, spectaculaire et profondément singulière, dont la conclusion demeure aussi mémorable que son héros.
Slam dunk - deluxe tome 16
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star star star star star 5/5
Avec ce seizième tome de l'édition Deluxe, Takehiko Inoue livre l'une des conclusions de match les plus mémorables du manga sportif. Le duel entre Shôhoku et Ryônan atteint son point de rupture, où chaque possession devient décisive et où la moindre hésitation peut faire basculer le destin d'une équipe. Le titre du premier chapitre, « Concentration », résume parfaitement l'enjeu : les joueurs ne luttent plus seulement contre leurs adversaires, mais contre leurs propres limites mentales. Cette idée revient souvent dans les analyses japonaises, qui saluent la manière dont Inoue transforme la tension psychologique en véritable moteur narratif. Sakuragi, encore imparfait techniquement, démontre ici que son instinct et son refus d'abandonner valent parfois autant que le talent brut. Son énergie contagieuse continue d'influencer toute l'équipe. Face à lui, Sendô confirme son statut de génie du basket. Calme, lucide et capable de prendre ses responsabilités dans les dernières minutes, il incarne un adversaire admirable plutôt qu'un simple obstacle. L'affrontement entre Akagi et Uozumi apporte une dimension physique impressionnante. Les deux pivots se répondent coup pour coup dans une bataille où la fierté compte autant que les paniers inscrits. Mais la véritable réussite du tome réside dans son rythme. Inoue ralentit volontairement le temps : quelques secondes de jeu occupent plusieurs pages, permettant au lecteur de ressentir chaque respiration, chaque regard et chaque hésitation. Son découpage atteint un niveau exceptionnel. Les silences prennent autant d'importance que les dialogues, tandis que les expressions des joueurs racontent leurs émotions sans avoir besoin de mots. Le dernier chapitre refuse tout triomphalisme. La victoire de Shôhoku procure une immense satisfaction, mais la défaite de Ryônan est traitée avec une profonde humanité. Personne n'est ridiculisé ; chacun sort grandi par ce combat. Le coach Taoka bénéficie d'ailleurs d'un traitement particulièrement touchant. Derrière la frustration de l'élimination transparaît tout l'investissement d'un entraîneur qui croyait sincèrement en ses joueurs. Cette conclusion rappelle que Slam Dunk ne célèbre pas uniquement les vainqueurs. Le manga rend hommage à tous ceux qui donnent tout sans garantie de succès. Le dessin impressionne par son réalisme. Les corps fatigués, les gouttes de sueur, les regards épuisés et les impacts sous le panier donnent au match une authenticité rarement égalée. Ce tome marque également une étape importante dans la maturation de Sakuragi. Derrière ses provocations habituelles apparaît un compétiteur qui commence réellement à comprendre ce que signifie jouer pour son équipe. En refermant ce volume, on comprend pourquoi cette rencontre est régulièrement citée au Japon parmi les plus grandes confrontations du manga sportif : elle ne repose pas uniquement sur le suspense, mais sur la valeur humaine accordée aussi bien à la victoire qu'à la défaite. Un tome magistral, où Takehiko Inoue prouve que le basket n'est finalement qu'un moyen de raconter le dépassement de soi et le respect de l'adversaire.
Les carnets de l'apothicaire tome 13
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star star star star star 5/5
Avec ce treizième tome, Les Carnets de l'apothicaire délaisse les grands bouleversements politiques pour revenir à une succession d'affaires en apparence plus modestes, mais d'une redoutable finesse. Ce retour au quotidien du palais n'a rien d'un temps mort : il permet au contraire de mettre en lumière tout ce qui fait la richesse de la série. Désormais informée du véritable secret de Jinshi, Mao Mao ne change pourtant pas radicalement d'attitude. Cette retenue nourrit une tension délicieuse entre les deux personnages, où chaque échange devient plus ambigu que le précédent sans jamais sombrer dans une romance facile. Le tome enchaîne plusieurs enquêtes mémorables. L'étrange apparition dans les bains impériaux rappelle combien la série excelle à transformer une superstition en démonstration logique. De la même manière, l'incident impliquant Xiaolan et la précieuse glace commandée par Loulan révèle toute l'ingéniosité de Mao Mao, capable de retourner une catastrophe en exploit scientifique grâce à une improvisation aussi crédible que savoureuse. Cette alternance entre mystère, humour et savoir demeure la véritable signature de l'œuvre. Les connaissances médicales ou techniques ne sont jamais de simples démonstrations érudites : elles deviennent des outils narratifs qui façonnent les personnages et désamorcent les conflits. On saluera également dans ce volume son rythme plus léger, sans sacrifier la progression psychologique des protagonistes. L'humour retrouve une place centrale, notamment grâce aux réactions impassibles de Mao Mao face aux avances maladroites de Jinshi, offrant plusieurs scènes particulièrement réjouissantes. Graphiquement, Neko Kurage continue d'impressionner. Les expressions de Mao Mao oscillent avec une précision remarquable entre froideur analytique, amusement discret et fascination scientifique, tandis que la mise en scène sublime aussi bien les instants comiques que les séquences plus contemplatives. Ce treizième tome prouve qu'une intrigue n'a pas besoin de bouleverser le destin de l'empire pour captiver. En privilégiant les détails du quotidien, les énigmes ingénieuses et l'évolution imperceptible des relations humaines, il rappelle pourquoi Les Carnets de l'apothicaire demeure l'une des séries les plus intelligemment écrites du manga contemporain.
Beastars tome 10
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star star star star star 5/5
Après le choc de la révélation du meurtrier de Tem, Paru Itagaki refuse la facilité du duel immédiat. Ce dixième volume privilégie au contraire la préparation, l'introspection et la remise en question, offrant un récit plus subtil qu'il n'y paraît. Legoshi sait désormais qui est son adversaire, mais il comprend surtout qu'il ne pourra pas l'emporter par la seule force. Son entraînement auprès de Gohin prend alors une dimension presque philosophique : apprendre à dominer son instinct plutôt qu'à le nier. Chaque exercice devient une réflexion sur ce qui distingue réellement un prédateur d'un monstre. L'autrice enrichit cette quête à travers des scènes inattendues, comme celle où Legoshi accepte de consommer une simple larve. Ce moment, déroutant au premier abord, interroge la hiérarchie que les animaux établissent eux-mêmes entre les différentes formes de vie. Derrière cette séquence insolite se cache une méditation sur le poids de la prédation et de la culpabilité. En parallèle, l'histoire de Tao et Kibi constitue l'une des plus belles surprises du volume. Après l'accident qui coûte un bras à Kibi, Itagaki montre qu'un carnivore peut blesser sans haine et qu'un herbivore peut choisir le pardon sans naïveté. Ce récit secondaire répond directement aux thèmes centraux de la série et nuance encore davantage les rapports entre espèces. Le parcours de Louis continue lui aussi de gagner en épaisseur. Sa relation avec Ibuki dépasse progressivement le simple rapport entre chef et subordonné. Au sein du Shishigumi, chacun influence l'autre, révélant un attachement inattendu qui brouille les frontières entre loyauté, admiration et besoin d'appartenance. Le rythme volontairement posé pourrait surprendre, mais il sert admirablement la montée en tension. Plutôt que d'accumuler les affrontements, Paru Itagaki construit patiemment les convictions de ses personnages, préparant un affrontement dont l'issue dépendra autant de leur évolution intérieure que de leur puissance physique. Graphiquement, l'autrice continue d'impressionner. Les expressions animales traduisent des émotions profondément humaines, tandis que les silences et les regards remplacent souvent les longs discours. Cette économie de mots donne au volume une force émotionnelle remarquable. On souligne régulièrement que Beastars excelle lorsqu'il détourne les codes du manga d'action pour explorer des dilemmes moraux. Le tome 10 en est une parfaite illustration : chaque intrigue, même la plus discrète, nourrit la réflexion sur la coexistence, le pardon et la responsabilité individuelle. Sans chercher l'escalade spectaculaire, ce volume s'impose comme une étape essentielle de la série. En approfondissant ses personnages et en donnant du sens à chacune de leurs décisions, Paru Itagaki signe un tome d'une grande maturité, où la tension naît moins des combats que des choix impossibles auxquels chacun doit faire face.
Dandadan tome 23 (édition limitée)
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star star star star star 5/5
Avec ce vingt-troisième volume, Yukinobu Tatsu démontre une nouvelle fois son incroyable capacité à transformer le chaos en spectacle parfaitement orchestré. Alors que Momo et ses compagnons se rendent à Izumo afin de lever la malédiction du Jubako, le voyage en avion bascule rapidement dans un affrontement aussi absurde que haletant. L'attaque de la famille Kito, bien décidée à assouvir sa vengeance, fait déjà grimper la tension avant qu'un événement encore plus insensé ne vienne tout bouleverser : un requin gelé percute l'appareil, révélant l'influence du mystérieux Homme-Typhon. Ce tome repose sur une idée brillante : enfermer les héros dans un espace clos où chaque seconde compte. La menace ne vient plus seulement des ennemis, mais également de la catastrophe aérienne qui se déroule sous leurs pieds. Cette contrainte renforce considérablement le rythme et donne aux combats une intensité rarement atteinte dans la série. L'une des grandes forces du volume réside dans l'alliance de circonstance entre les protagonistes et la famille Kito. Tatsu joue habilement avec les rancœurs accumulées pour créer une coopération aussi improbable que crédible, où chacun doit mettre de côté ses motivations personnelles face à un danger commun. Visuellement, le mangaka impressionne encore. Les doubles pages consacrées au typhon, à l'avion en perdition et aux attaques surnaturelles débordent d'énergie. Malgré la densité des dessins, la lisibilité reste exemplaire, confirmant une maîtrise remarquable de la mise en scène. Le tome ne se contente pourtant pas d'enchaîner les scènes d'action. Les personnages continuent d'évoluer, notamment face à leurs limites physiques et psychologiques. Cette progression donne davantage de poids aux affrontements et évite que le spectaculaire ne prenne le pas sur l'émotion. On retrouve ici l'équilibre qui fait toute l'identité de Dan DaDan : une imagination débordante, des rebondissements impossibles à anticiper et une sincère affection pour ses personnages. En refermant ce tome, une évidence s'impose : Yukinobu Tatsu refuse toute routine. Chaque nouvel arc repousse les limites de son univers tout en conservant cette énergie communicative qui rend la lecture si addictive. Ce vingt-troisième volume s'impose ainsi comme une étape particulièrement spectaculaire, où la folie permanente du récit trouve un équilibre étonnant avec une tension dramatique de tous les instants.
Sing Yesterday for me tome 8
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star star star star star 5/5
Dans ce tome, les faux-semblants laissent progressivement place à des choix qui, sans être spectaculaires, bouleversent durablement l'équilibre entre les personnages. L'annonce de la relation entre Rikuo et Shinako agit comme un électrochoc pour Haru. Déchirée entre son envie sincère de voir celui qu'elle aime enfin heureux et l'impossibilité d'étouffer ses propres sentiments, elle traverse sans doute l'une des phases les plus touchantes de son évolution. Kei Tôme refuse pourtant tout mélodrame. Les silences, les regards et les hésitations racontent davantage que les déclarations. Haru demeure fidèle à elle-même, mais son optimisme naturel se fissure avec une justesse désarmante. L'arrivée d'Amamiya dans son quotidien apporte une respiration bienvenue. Sans jamais se transformer en rival caricatural, il incarne une possibilité nouvelle, une relation fondée sur une écoute que Rikuo n'a jamais réellement su lui offrir. En parallèle, Rou découvre le monde des Beaux-Arts à travers une jeune modèle. Cette intrigue secondaire paraît légère au premier abord, mais elle accompagne intelligemment son passage vers l'âge adulte et son émancipation progressive de son obsession pour Shinako. Ce tome se démarque surtout par sa manière de montrer que l'amour ne résout pas automatiquement les blessures du passé. Même désormais en couple, Shinako et Rikuo peinent à accorder leurs rythmes et leurs attentes. Le dessin de Kei Tôme reste d'une élégance rare. Les décors urbains respirent le quotidien, tandis que les expressions discrètes traduisent toute la complexité émotionnelle des protagonistes. Le rythme contemplatif pourra déconcerter les lecteurs en quête de rebondissements, mais il constitue précisément la force de la série. Chaque chapitre laisse mûrir les émotions sans jamais les forcer. Ce huitième tome n'est pas celui des grandes révélations, mais celui des conséquences. Les personnages cessent peu à peu de vivre dans les regrets pour accepter que grandir implique aussi de faire souffrir, d'être blessé et d'aller malgré tout de l'avant. Une étape charnière, subtile et profondément humaine, qui confirme Sing Yesterday for Me comme l'un des plus beaux récits intimistes de son époque.
Cervin - Le roi oublié tome 4
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star star star star star-empty 4/5
La pression politique et militaire monte d'un cran dans ce volume ! Alors que Cervin et le prince Paradis se dirigent vers Halpania afin d'obtenir un soutien contre Ambrosia, leur progression est brutalement interrompue par une forêt infestée d'araignées géantes, séquence où l'auteur démontre une nouvelle fois son talent pour mêler horreur organique et héroïsme désespéré. En parallèle, l'intrigue consacrée à Arsinoé, Minelpha et aux mystères entourant le dieu Ain prend une importance inattendue. Le récit ne se contente plus d'opposer royaumes et armées : il introduit progressivement une dimension religieuse où les croyances semblent dissimuler des manipulations bien plus anciennes. Les allusions à un « faux dieu » renforcent un sentiment de malaise qui imprègne tout le volume. Le récit privilégie une tension permanente plutôt que des révélations spectaculaires. Hamada multiplie les signes annonciateurs d'une catastrophe imminente, sans jamais précipiter son intrigue. Chaque dialogue politique, chaque déplacement de troupe ou découverte archéologique semble préparer un conflit dont personne ne sortira indemne. Visuellement, ce tome impressionne par la richesse de ses compositions. Les créatures monstrueuses, les champs de bataille et les architectures monumentales témoignent d'une ambition graphique rare, mais l'auteur n'oublie jamais les regards et les silences de ses personnages. Cette alternance entre gigantisme et émotion donne une véritable densité à l'ensemble. L'une des grandes réussites de ce volume réside également dans l'élargissement du casting. Les nouveaux alliés ne sont pas de simples renforts militaires : chacun apporte une vision différente de la guerre, tandis que plusieurs figures secondaires gagnent une profondeur inattendue. Cette attention portée aux personnages nourrit une impression de chronique historique plus que de simple aventure fantastique. Si ce quatrième tome offre moins de révélations que l'on pourrait l'espérer, il gagne dans un autre registre : celui de la préparation. Hamada construit méthodiquement les fondations d'un affrontement majeur en entretenant une atmosphère d'inquiétude constante. Cette montée en puissance, servie par une mise en scène somptueuse et un sens aigu du rythme, confirme que Cervin s'impose parmi les dark fantasy les plus ambitieuses de ces dernières années. Une lecture exigeante certes, mais prometteuse pour la suite. Attention tout de même à ce que cela ne fasse pas "pshit"... à la fin...
Les carnets de l'apothicaire tome 12
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star star star star star 5/5
Après la résolution de l'affaire liée à l'ancien empereur, l'intrigue paraît d'abord retrouver une certaine légèreté avant de glisser, avec une remarquable maîtrise, vers un tournant décisif de la série. L'ouverture consacrée à une veillée de récits de fantômes pourrait sembler anecdotique. Pourtant, comme le soulignent souvent les lecteurs japonais, ces histoires macabres ne sont jamais de simples divertissements : elles nourrissent une atmosphère d'inquiétude où chaque superstition dissimule une part de vérité. Cette manière de transformer un folklore de cour en exercice d'observation est l'une des grandes forces de Natsu Hyūga. Mao Mao demeure fidèle à elle-même, rationnelle face aux croyances, mais sa curiosité scientifique la conduit toujours plus près des secrets du palais. La seconde moitié du volume change progressivement de tonalité lorsque Jinshi convie Mao Mao à une partie de chasse. Ce qui ressemble d'abord à une parenthèse champêtre se transforme rapidement en nouvel incident, rappelant que le danger ne quitte jamais les personnages bien longtemps. La mise en scène joue alors sur une tension plus physique que d'habitude. Les silences, les regards et les situations ambiguës prennent le pas sur les longues explications, offrant un rythme particulièrement efficace. Le moment clé du tome reste évidemment la célèbre scène de la grenouille. Derrière un épisode presque burlesque se cache une révélation capitale : Mao Mao découvre enfin le secret que dissimule Jinshi depuis le début de l'œuvre. Ce passage bouleverse subtilement la dynamique entre les deux protagonistes sans jamais sacrifier leur personnalité. L'écriture impressionne par sa retenue. Là où beaucoup de mangas auraient choisi un spectaculaire retournement dramatique, Les Carnets de l'apothicaire privilégie le trouble, le non-dit et les conséquences psychologiques. Le dessin de Nekokurage accompagne parfaitement cette évolution. Les expressions de Mao Mao oscillent entre froide lucidité, embarras involontaire et humour pince-sans-rire, tandis que Jinshi laisse entrevoir une fragilité rarement visible jusque-là. L'humour demeure omniprésent, mais il sert désormais un récit qui gagne en profondeur émotionnelle. Les échanges entre les deux héros prennent une saveur nouvelle, chaque dialogue étant désormais chargé d'une connaissance que le lecteur partage avec Mao Mao. Ce tome illustre également la capacité de la série à mêler enquête, chronique de cour et romance implicite sans que l'un de ces aspects n'éclipse les autres. Plus qu'un simple volume de transition, ce douzième opus constitue un véritable point de bascule. Il referme plusieurs arcs narratifs tout en ouvrant des perspectives inédites pour la suite. Rarement un manga aura su faire d'une scène aussi inattendue un moment aussi déterminant. Derrière son apparente légèreté, ce tome redéfinit les rapports entre les personnages et confirme que Les Carnets de l'apothicaire excelle autant dans les mystères de cour que dans l'évolution psychologique de ses protagonistes. Un volume particulièrement marquant, où chaque détail prépare avec finesse les enjeux des prochains chapitres.
XxxHOLiC tome 9
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star star star star star 5/5
Exit les récits indépendants, ce volume resserre progressivement son intrigue autour des conséquences des liens invisibles qui unissent les êtres. Le fil conducteur est la situation de la Zashiki-warashi, dont la disparition bouleverse autant le monde des humains que celui des esprits. Son absence n'est pas un simple prétexte dramatique : elle révèle combien chaque existence dépend d'un fragile équilibre entre attachement, sacrifice et responsabilité. Watanuki n'est plus seulement le garçon bruyant chargé des corvées de Yûko. Face aux demandes de l'Ame-warashi et aux dangers qui entourent la jeune divinité, il agit désormais selon ses propres convictions, même lorsque celles-ci l'exposent directement au danger. CLAMP développe ici une idée chère au folklore japonais : porter secours à autrui n'efface jamais le prix à payer. Chaque décision entraîne une réaction en chaîne, sans véritable distinction entre récompense et punition. Le volume baigne dans une atmosphère plus lourde que d'habitude. Les apparitions surnaturelles ne cherchent plus uniquement à émerveiller ; elles deviennent les manifestations concrètes d'un monde où les règles existent bien avant les désirs humains. La présence récurrente de la Jorōgumo, tapie dans l'ombre, installe une menace persistante qui rompt avec la structure habituelle des histoires courtes. Le sentiment d'inéluctabilité gagne progressivement chaque chapitre. La manière dont CLAMP fait évoluer Watanuki sans jamais le transformer brutalement, ce tome en offre une démonstration exemplaire : son empathie devient une force, mais aussi une faiblesse que les créatures surnaturelles peuvent exploiter. Le contraste entre les dialogues souvent légers de Yûko et la gravité des événements renforce encore cette impression d'équilibre précaire. Derrière chaque remarque ironique se cache une vérité que Watanuki devra comprendre seul. Graphiquement, le trait s'allonge davantage encore. Les grands aplats noirs, les silhouettes élancées et les espaces vides donnent aux scènes une dimension presque théâtrale, où chaque regard semble charged de sens. Les créatures issues du folklore japonais ne sont jamais réduites à de simples monstres. Elles incarnent des valeurs, des émotions ou des lois naturelles qui dépassent la morale humaine. Le tome prépare ainsi la suite avec une remarquable maîtrise narrative. Rien n'y paraît spectaculaire, mais chaque événement déplace imperceptiblement les rapports entre les personnages. Cette capacité à transformer une succession de rencontres surnaturelles en véritable réflexion sur le destin constitue l'une des plus grandes réussites de CLAMP. Le lecteur referme ce volume avec l'impression que l'histoire vient seulement de révéler son véritable visage. Le neuvième tome ne cherche pas à impressionner par l'action, mais par la profondeur de ses implications. Une étape charnière, mélancolique et d'une grande élégance, qui confirme que xxxHOLiC est autant un récit initiatique qu'une œuvre fantastique, où les liens invisibles ont toujours plus de poids que les combats visibles.
Crows tome 7
Votre avis :
star star star star star 5/5
Changement de rythme dans la construction de la légende de Bôya Harumichi. Après avoir imposé sa présence, le héros se retrouve confronté à une opposition qui ne cherche plus seulement à tester sa force, mais à enrayer son ascension. Cette nuance donne au volume une tension particulière. L'essentiel du tome est porté par l'affrontement contre les trois fortes têtes de la classe E. Plus qu'une succession de coups, Hiroshi Takahashi transforme cette confrontation en duel idéologique : d'un côté des élèves attachés à leur territoire et à leur réputation, de l'autre un Harumichi qui refuse obstinément toute logique de clan. Cette opposition donne une vraie personnalité au combat et l'empêche de sombrer dans la simple démonstration de puissance. La mise en scène impressionne toujours autant. Les silences, les regards et les respirations entre deux échanges de coups pèsent souvent davantage que les impacts eux-mêmes. Takahashi maîtrise parfaitement ce langage visuel hérité des mangas de voyous des années 1990, où la crédibilité d'un personnage passe autant par son attitude que par sa victoire. On soulignera cette capacité de l'auteur à raconter la hiérarchie de Suzuran sans recourir à de longues explications. Un simple déplacement dans un couloir ou la réaction d'un témoin suffit à faire comprendre que l'équilibre du lycée est en train de changer. Cette économie de dialogues constitue l'une des grandes forces du volume. Ce tome montre également que la réputation d'Harumichi commence à dépasser le simple cadre des bagarres. Son refus de suivre les règles implicites de Suzuran intrigue autant qu'il dérange, ce qui explique pourquoi certains adversaires finissent par lui témoigner une forme de respect malgré leur défaite. Cette évolution donne davantage d'épaisseur aux personnages secondaires. Graphiquement, le dessin gagne encore en efficacité. Les visages tuméfiés, les postures cassées et les arrière-plans volontairement épurés concentrent toute l'attention sur l'émotion du combat. Takahashi ne cherche jamais l'esbroufe ; chaque case sert la dramaturgie. Enfin, ce septième volume prépare discrètement l'élargissement de l'univers de Crows. Derrière la résolution du conflit interne à Suzuran apparaissent déjà les prémices de menaces extérieures, annonçant une montée en puissance progressive de la série sans sacrifier la conclusion de l'arc en cours. C'est précisément cet équilibre entre récit autonome et préparation de la suite qui fait de ce tome l'un des plus solides du début de la série, une lecture où la violence n'est jamais gratuite mais toujours au service de la construction des personnages.
Manchuria opium squad tome 20
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star star star star star-empty 4/5
Avec ce vingtième volume, Manchuria Opium Squad délaisse momentanément les affrontements frontaux pour explorer un enjeu tout aussi crucial : faire d'une invention révolutionnaire le pilier d'un empire criminel. L'Opium X, désormais au point, fascine autant par ses effets que par les difficultés qu'il pose. Concevoir une drogue capable de surpasser l'Opium S n'était finalement que la première étape ; encore faut-il parvenir à la produire à grande échelle sans en altérer les propriétés. Cette nouvelle problématique apporte une dimension inédite au récit. Isamu comprend rapidement que son seul talent ne suffira plus à répondre à la demande croissante. Il doit trouver une personne capable de maîtriser un procédé de fabrication d'une extrême complexité, un défi qui renouvelle habilement les enjeux et introduit un personnage dont les compétences pourraient rebattre les cartes. En parallèle, Reika confirme une nouvelle fois son sens aigu des affaires. Derrière son élégance se cache une redoutable négociatrice, prête à employer tous les moyens pour imposer l'Opium X sur un marché déjà dominé par des organisations impitoyables. Les luttes d'influence prennent ici autant d'importance que les affrontements physiques, rappelant que le véritable pouvoir se construit aussi dans l'ombre. Le volume s'attarde également sur l'évolution d'Isamu. Animé autrefois par un objectif personnel, il raisonne désormais comme le dirigeant d'une organisation. Cette métamorphose n'a rien de glorieux : elle s'accompagne d'une froideur grandissante qui laisse planer le doute sur l'homme qu'il est en train de devenir. Ce glissement psychologique constitue l'un des aspects les plus marquants du tome. Le dessin reste d'une grande précision, alternant scènes de tension, regards lourds de sens et séquences où chaque détail participe à installer une atmosphère oppressante. Les auteurs démontrent une nouvelle fois leur maîtrise du rythme, en faisant monter la pression sans recourir systématiquement à l'action. Plus stratégique qu'explosif, ce volume montre que la guerre contre l'Opium S ne se gagnera pas uniquement grâce à une drogue plus performante, mais aussi par la capacité à la produire, à la distribuer et à conserver une longueur d'avance sur des adversaires toujours plus dangereux. Une évolution passionnante qui prépare avec intelligence les prochains affrontements.
The bugle call tome 10
Votre avis :
star star star star star 5/5
Plongeon au cœur de l'univers de ce manga remarquable. Après l'intensité de la bataille du mont Tombe et la fuite de la Couronne de fleurs, le retour à Thermi offre un répit trompeur où les armes cèdent enfin la place aux révélations. La longue discussion entre Luka et le pape constitue le véritable pivot du volume. En levant le voile sur la nature des Tours et sur les véritables motivations de cette guerre interminable, Mozuku Sora transforme profondément notre lecture des événements précédents. Les conflits ne sont plus seulement politiques ou religieux : ils semblent désormais répondre à une logique bien plus vaste, presque inéluctable. L'intérêt de ce tome réside justement dans ce changement d'échelle. L'auteur ne cherche pas à multiplier les combats spectaculaires, mais préfère installer un sentiment de vertige face aux secrets du monde. Chaque réponse ouvre de nouvelles interrogations, sans jamais donner l'impression de briser le mystère. Cette évolution profite énormément à Luka. Plus que jamais, le jeune capitaine refuse de céder au fatalisme malgré les vérités accablantes qui lui sont révélées. Son rêve de musique paraît toujours aussi fragile, mais il devient paradoxalement le moteur de sa résistance face à un destin qui semble déjà écrit. Le dessin de Higoro Toumori accompagne parfaitement cette orientation plus introspective. Les expressions, les silences et les jeux d'ombre donnent autant de poids aux échanges qu'aux affrontements des volumes précédents, tandis que les quelques visions liées aux Tours entretiennent une inquiétude constante. Ce dixième opus marque ainsi une rupture assumée dans le rythme de la série. Moins explosif que son prédécesseur, il n'en est pas moins captivant grâce à la richesse de son univers et à la portée de ses révélations. En redéfinissant les enjeux sans sacrifier la tension dramatique, The Bugle Call démontre qu'il ne se contente pas d'être un excellent manga de guerre : il s'affirme désormais comme une ambitieuse fresque de dark fantasy dont les secrets ne font que commencer à se dévoiler.