Holyland tome 15
Kouji Mori (Scénario,Dessin)
Izawa Mai exprime à son frère et à Yû son inquiétude concernant Megu : depuis quelque temps, elle fait preuve d’un comportement étrange, passant de la plus vive énergie à l’apathie. Yû comprend que Megu est devenue accro au "True", une drogue terrifiante qui est apparue depuis peu en ville. Comprenant qu’il s’agit d’un nouveau danger qui menace le "holyland", Yû décide de prendre le risque d’affronter les yakuzas responsables du marché du True.
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Avis et notes

Le personnage de Megu gagne en complexité : elle n’est pas seulement victime, elle incarne le point de basculement. Son comportement oscillant entre vitalité franche et apathie révèle le coût psychologique de l’environnement dans lequel vivent ces jeunes : la rue n’est pas un champ de bataille extérieur seulement, elle s’installe dans les âmes. Mori ne choisit pas la facilité : il montre les dégâts, les doutes, les failles. Son trait, en noir et blanc, accentue les contrastes — les visages, les regards, les silences — qui deviennent presque palpables.
L’un des grands plaisirs de ce tome est la manière dont Mori module le rythme : les scènes contemplatives (les moments où Yû observe, se remémore, hésite) alternent avec des séquences plus rudes, celles où l’affrontement est imminent ou déjà engagé. Cette alternance donne de l’amplitude au récit, permet au lecteur de respirer, de digérer les enjeux avant de replonger dans l’action. C’est un souffle, mais aussi une mise en garde : les plus beaux combats, parfois, sont ceux qu’on mène contre soi-même.
Le dessin, quant à lui, atteint un degré de maturité remarquable. Les postures de combat restent grandiosement réalistes, sans fioritures inutiles, et les scènes urbaines – les ruelles, les ombres – sont rendues avec un soin qui dépasse le décor : elles sont atmosphère. On ressent le poids de la nuit, la solitude, le danger latent. L’encrage est plus appuyé dans les moments de tension, les traits plus estompés ou flous dans les moments d’émotion ou de doute.
Ce tome élève aussi les enjeux dramatiques : Yû n’est plus seulement le combattant marginal, il devient le rempart entre un idéal qu’il croit protéger et une réalité sombre. Le fait qu’il choisisse d’affronter non seulement la violence extérieure, mais un mal diffus — la drogue — change le registre : c’est une lutte moins spectaculaire, mais sans doute plus humaine, plus universelle.
Cet opus confirme que Kouji Mori ne se contente pas d’écrire des combats de rue, mais qu’il explore les fractures de l’âme, la responsabilité, les choix dans l’effroi. Pour le lecteur, c’est presque un “carrefour” narratif : ce qui suit ne sera plus tout à fait la même lutte. Ceux qui attendaient que la voie du seinen dépasse le simple pugilat ne seront pas déçus.

























