Hare-kon tome 4
Non (Scénario,Dessin)
Koharu, fatiguée de ne tomber que sur des hommes mariés, menteurs et volages, se décide à quitter la ville et à rentrer chez ses parents. Mais elle découvre bien vite que ceux-ci croulent sous les dettes et que leur petit commerce est menacé... Arrive alors un homme étrange, qui propose de solder la dette... en échange de la main de Koharu. Et comme si cela ne suffisait pas, l’homme n’hésite pas à le dire : il a déjà deux épouses !
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Avis et notes

La force du récit réside dans sa capacité à rendre tangible ce qu’on pourrait qualifier d’« épuisement émotionnel marital » : Koharu ne se contente plus d’être la nouvelle épouse, elle se pose la question de ce que cela lui coûte, ce qu’elle renonce. Le manga change de rythme : on passe de l’« institution polygame » comme gimmick à la découverte de ses impacts concrets sur le couple, l’intimité, la liberté individuelle. Et c’est précisément cette tension entre l’idéal affiché (« je peux aimer plusieurs personnes ») et la réalité douloureuse (« je m’épuise dans cet amour ») qui donne à ce tome un relief inhabituel.
Graphiquement, le découpage est toujours aussi bien fait : les espaces clos, les regards fuyants, les silences sont mieux exploités. Les variations de plan entre la chambre d’une épouse et la chambre voisine, ou encore les couloirs de la maison matrimoniale, deviennent autant de métaphores visuelles du malaise. C'est comme si l’auteur faisait « parler » les murs de la maison : l’enchevêtrement des corps, des regards et des non-dits s’inscrit dans les planches avec talent.
Le passage obligé des « confrontations » entre épouses, même s’il est traité avec plus de finesse, reste un peu attendu, et certains panneaux retombent dans le sensationnalisme. On peut regretter que la sphère familiale de Koharu, pourtant évoquée depuis le début, soit un peu mise en arrière-plan ici : la dette, le retour chez les parents, la vulnérabilité économique qu’on avait entrevue semblent confinés à un rôle d’amorce, alors que le cœur du volume tourne autour de la cohabitation conjugale. Ce glissement vers l’intime gomme partiellement l’aspect « critique de la polygamie » pour le remplacer par un drame intérieur très féminin — ce qui peut enrichir, mais aussi restreindre la portée thématique.
L’évolution psychologique de Ryūnosuke, le mari, reste assez opaque. Alors qu’il faisait jusque-là figure de catalyseur, il devient ici surtout le personnage autour duquel gravite le conflit, sans beaucoup d’initiative propre.
Néanmoins, ce qu’il faut retenir, c’est que ce tome marque un tournant dans la série : l’auteur semble s’engager à explorer non seulement l’effet de la polygamie, mais ses conséquences. Le désœuvrement, la culpabilité, la solitude au sein d’un foyer qui se veut multiple deviennent des thèmes plus centraux. Certains passages touchent profondément parce qu’ils montrent l’absurdité de la promesse « être aimé de tous » : plus les épouses se multiplient, moins chacune d’elles se sent entière.
Ainsi, ce quatrième volume est moins spectaculaire que ce que la série nous avait offert jusque-là, mais il est plus mature, plus crispé, plus utile. Il n’est pas exempt de lourdeurs ou de scories, mais il pose un nouveau cap émotionnel.
On passe toujours un excellent moment de lecture. Voilà pourquoi, de mon point de vue, c'est 5 étoiles.



















