Mujina into the deep tome 1
Inio Asano (Scénario,Dessin)
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Le personnage d’Ubume, jeune tueuse exclue — une « Mujina » — incarne à la fois l'ombre et le rejet. Elle vit au-delà des lois, pourtant ses épreuves la lient intimement à la norme qu’elle rejette. Inio Asano montre ici une forme de dualité : la marginalité comme pouvoir autant que comme malédiction.
Le rythme est solide : l’auteur n’hésite pas à mêler scènes d’action violente et moments plus introspectifs, de silence ou de contemplation. L’équilibre entre spectacle et réflexion est fragile, mais souvent bien tenu.
Graphiquement, on retrouve la maîtrise d’Asano : des décors réalistes, un soin des perspectives, des décors urbains – trains, immeubles, ruelles –, qui renforcent l’atmosphère oppressante. Les angles de vue et les plans rapprochés sur les visages sont utilisés pour montrer la lutte intérieure, les doutes.
Certains visages, quelques figures secondaires, ne sont pas encore complètement définies, mais cela semble voulu : l’incertitude autour des personnages secondaires cadre avec le thème de l’identité et de l’appartenance sociale.
Un élément particulièrement japonais : la critique implicite du conformisme, de la surveillance, de l’isolement. Dans Mujina Into the Deep, la carte de droits fonctionne comme une métaphore : de la norme imposée, de la valeur sociale mesurée, des vies qui comptent ou non selon leur statut.
La dimension technologique, faussement futuriste, n’efface pas les préoccupations morales : qu’est-ce que cela signifie de vivre sans droits ? Quel est le prix de la liberté si elle signifie l’illégalité ? Asano pose ces questions sans discours lourd, dans les actes et les silences.
Quelques scènes un peu trop abruptes subissent le déséquilibre : le ton passe parfois trop vite du violent à l’intime, du concret à l’allégorie. Ce sont des passages qui pourraient déconcerter celui qui attend une intrigue linéaire.
Mais c’est peut-être l’un des points forts : l’imprévisibilité, le sentiment que ce monde pourrait basculer à tout moment, que les certitudes cachées sous la surface vont être remises en cause. Ce premier tome installe plusieurs fils narratifs — sur les Mujina, sur la société, sur Ubume — sans encore résoudre quoi que ce soit, mais en donnant envie de poursuivre.
Ce premier tome est une réussite dans le sens où il annonce une saga sombre, intelligemment construite, où l’action sert la critique sociale, où le personnage principal est à la fois fascinant et tourmenté. Déjà un incontournable ? Une chose est sûre, ce titre frappe déjà fort, très fort...

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