Shimazaki in the land of peace tome 1
Gouten Hamada (Scénario) |
Takeshi Seshimo (Dessin)
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Avis et notes

Le récit offre une tension subtile : le contraste entre le milieu guerrier et le quotidien japonais. On sent que le mangaka joue sur ce décalage — les gestes simples, le café, le travail au café, un partage de repas — autant de moments qui font écho à un désir de normalité. Mais à chaque sourire, à chaque silence, le passé resurgit — que ce soit à travers des souvenirs, des incapacités liées à son conditionnement ou via les menaces toujours présentes de la LEL.
Le dessin de Takeshi Seshimo ajoute une dimension essentielle. D’un trait parfois sobre, presque documentaire, il capte les postures, la fatigue, les regards. Lorsqu’il s’agit de violence, ces moments sont d’autant plus frappants : le contraste avec le calme du départ rend les scènes d’action encore plus choc. Il y a une maîtrise du tempo visuel : les vignettes silencieuses n’en sont pas moins expressives.
L’importance donnée aux détails est caractéristique : les maladresses linguistiques de Shimazaki en japonais, sa difficulté à s’insérer dans le monde « civil », ses gestes de solidarité ou de curiosité envers les autres, même lorsque cela lui coûte. Ces éléments humbles participent à rendre son retour à la vie « normale » crédible, émouvant, mais jamais idéalisé.
Sur le plan thématique, ce premier volume soulève plusieurs questions particulièrement japonaises dans leur sens de la nuance : le poids du devoir, de la loyauté, jusqu’où le pardon est possible, aussi bien par rapport aux autres qu’à soi-même. Il s’interroge sur ce que signifie « vivre en paix » : est-ce oublier les souffrances du passé, fuir ses responsabilités, ou construire quelque chose malgré ses blessures ?
La structure narrative est bien calibrée : le lecteur alterne entre moments de calme, qui permettent de respirer, d’investir le personnage, et montées de tension qui rappellent que Shimazaki ne peut jamais totalement échapper à son passé. Ce rythme lent, réfléchi, est souvent un choix des œuvres plus contemplatives : il ne flatte pas l’immédiateté de l’action, mais construit peu à peu une atmosphère troublante, où la paix semble fragile.
Quelques réserves cependant : la progression de l’intrigue est parfois prévisible — le trope du déserteur traqué, de l’homme blessé accueillant la vie civile — mais ce sont les détails qui font la différence, et Shimazaki excelle dans son humanité, dans ses hésitations, dans ses moments de doute. Par ailleurs, certains personnages secondaires gagneraient à être plus étoffés dès ce premier tome, pour que leur impact émotionnel se fasse sentir dès maintenant.
En conclusion, ce tome 1 se présente comme un très bon départ : une œuvre dense, mélancolique, qui utilise le manga non pour la glorification de la lutte, mais pour poser des questions sur la guerre, la paix et ce que l’on doit porter avec soi pour avancer. Il promet une suite riche en confrontations intérieures, en larmes retenues et en conscience douloureuse. Une lecture à recommander pour celles et ceux qui aiment les récits de rédemption avec une empreinte réaliste.


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