Gekikô Kamen tome 2
Takayuki Yamaguchi (Scénario,Dessin)
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Avis et notes

Là où le premier volume installait la fascination maladive d’Otoya pour les héros costumés, ce second acte plonge frontalement dans les séquelles de cette obsession. Le passé universitaire au sein du club Toku Arts n’est plus évoqué comme une nostalgie douce-amère, mais comme une expérience borderline, où la fabrication du costume devient une entreprise quasi sacrificielle.
Yamaguchi accentue ici la dimension dérangeante du personnage d’Otoya, désormais marqué par le surnom de « boucher », qui agit comme une cicatrice narrative. Ce n’est plus seulement un rêveur désabusé : c’est un individu hanté par les conséquences concrètes d’un fantasme héroïque poussé trop loin.
Dans une approche très proche de certaines critiques japonaises contemporaines, le manga insiste sur la matérialité du corps : le costume n’est pas une abstraction, il pèse, il contraint, il déforme. Cette physicalité extrême rappelle que devenir un héros n’est pas un idéal, mais une transformation violente, presque grotesque.
Le tome 2 se distingue aussi par sa structure plus introspective. Les scènes d’action, bien que toujours percutantes, laissent davantage place à des moments de confrontation intérieure. Otoya n’affronte pas seulement des adversaires : il affronte la définition même du mot « héros ».
Ce questionnement est au cœur du volume. Peut-on être un héros dans le réel sans sombrer dans la folie ? Yamaguchi ne répond jamais frontalement, préférant multiplier les situations ambiguës où la frontière entre justice et pulsion devient floue.
Graphiquement, le mangaka pousse encore plus loin son trait organique. Les visages se crispent, les regards se vident, et les corps semblent constamment sur le point de se briser. Cette intensité visuelle, typique de son style depuis Shigurui, sert parfaitement le propos.
On note également une mise en scène plus fragmentée, presque heurtée, qui évoque les productions tokusatsu tout en les déconstruisant. Les poses héroïques apparaissent, mais elles sont souvent immédiatement désamorcées par une violence crue ou une absurdité dérangeante.
Le tome développe aussi le rapport collectif au héros : les anciens membres du club ne partagent pas tous la même vision, révélant des fractures idéologiques. Ce traitement choral enrichit considérablement la portée du récit.
Loin d’un simple récit de transformation, ce volume agit comme une autopsie du mythe héroïque. Il montre comment une passion peut devenir une pathologie, et comment le désir d’incarner un idéal peut détruire l’individu.
Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont Yamaguchi refuse toute glorification. Là où le tokusatsu célèbre la justice spectaculaire, Gekiko Kamen en révèle la dimension tragique, voire absurde.
Le rythme, plus dense et parfois étouffant, peut déstabiliser. Mais cette lourdeur est volontaire : elle traduit l’enfermement psychologique du protagoniste.
Certains lecteurs pourront regretter une narration moins linéaire, mais cette fragmentation participe à l’expérience globale, presque sensorielle.
En cela, le tome 2 s’inscrit dans une tradition critique japonaise qui valorise la dissonance plutôt que la catharsis.
Il ne s’agit pas de divertir, mais de questionner.
Et parfois de mettre mal à l’aise.
C’est précisément là que réside sa force.
Car en déconstruisant le fantasme du héros, Yamaguchi nous renvoie à notre propre fascination pour ces figures.
Un miroir déformant, mais terriblement lucide.
Au final, ce deuxième tome approfondit avec audace les thématiques amorcées, tout en assumant une radicalité narrative et visuelle qui le rend aussi fascinant qu’inconfortable.
Une œuvre exigeante, qui confirme que Gekiko Kamen n’est pas un hommage, mais une remise en question violente du mythe héroïque.
Là où le premier volume installait la fascination…

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