Cervin - Le roi oublié tome 1
Kousuke Hamada (Scénario,Dessin)
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Avis et notes

Un des points forts de ce tome est la construction des personnages principaux : Cervin, le roi déchu, porte sur ses épaules le poids de la royauté perdue ; Arsinoé, sa fille, incarne la mémoire, ou son absence. La condition d’amnésie d’Arsinoé (la perte des souvenirs du père) est traitée non comme une simple coquille dramatique, mais comme un élément qui structure profondément leurs relations. On sent que le lien père-fille va être au cœur de l’arc narratif ; ce sera autant une lutte contre des ennemis extérieurs (le dragon, l’Empire d’Iria, les sbires du prince Kontrano) qu’une lutte intérieure. Ce double niveau — politique / familial — est ce qui permet à l’histoire d’échapper à une simplicité manichéenne.
Dans le domaine du world-building, Hamada ne lésine pas sur les détails : le dragon maléfique, l’Empire ennemi, les monstres, les ambiances sombres et violentes, les ruines, les paysages dévastés... L’auteur installe peu à peu une atmosphère — non de malaise gratuit, mais de menace permanente — qui se prête bien au genre dark fantasy. Parfois, cependant, l’abondance de ces éléments nuit légèrement au rythme : certains chapitres semblent vouloir multiplier les révélations ou les confrontations sans toujours laisser respirer l’émotion.
Graphiquement, le manga montre une maîtrise indéniable. Les scènes de combat sont rendues avec violence et brutalité, mais aussi avec clarté : l’on perçoit les failles — blessures, fatigue, désespoir — qui touchent les personnages. Les décors, les créatures démoniaques ont une vraie densité. On regrettera parfois que les moments plus calmes — flash-backs, instants de dialogue — soient moins mis en valeur visuellement, au profit de scènes spectaculaires. Mais dès que le silence s’installe, les cases portent leur lourdeur, ce qui renforce l’ambiance.
Un autre atout : le mélange des tonalités. Cervin – Le roi oublié oscille entre violence, mélancolie, moments de tension dramatique et instants plus subtils, voire poétiques. Ce n’est pas simplement un “esprit de guerre” : il y a le deuil, la perte, mais aussi l’espoir, la fragilité, l’humanité derrière les armures. Ce contraste donne au récit une profondeur qui, dans un genre dark fantasy, est bienvenue.
En ce qui concerne les faiblesses, on peut pointer l’exposition un peu dense en début de tome. Le lecteur doit absorber beaucoup : géographie, mythes, trahisons, pouvoirs, dragons, amnésie… Par moment, le récit paraît surchargé, et certains dialogues explicatifs ralentissent le déroulé. On sent que cela est nécessaire pour poser les bases, mais cela tire légèrement sur la patience. Aussi, certains personnages secondaires (alliés, antagonistes) manquent encore d’épaisseur : leurs motivations ne sont pas toujours claires ou suffisamment différenciées pour l’instant. On espère qu’ils seront développés dans les tomes suivants.
Dans l'ensemble ce tome 1 réussit bien ce qu’il ambitionne : introduire une tragédie fondatrice, instiller un monde menaçant, poser les jalons d’une quête douloureuse mais porteuse d’espérance. Il ne révolutionne peut-être pas la dark fantasy, mais il promet une lecture riche, sombre, profonde, qui trouve sa place parmi les œuvres reconnues du genre. Pour qui aime le mélange de souffle épique et de drame personnel, Cervin – Le roi oublié est un très bon départ.


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