Underground
Suehiro Maruo (Scénario, Dessin)
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Avis et notes

Migeru a dix-neuf ans, débarque à Tokyo après avoir connu la misère et les petits boulots, et rêve de devenir dessinateur.
À ses côtés, Sachiko, sa cousine, serveuse au caractère bien trempé, tente elle aussi de survivre dans une capitale qui promet beaucoup mais ne donne presque rien.
Le Tokyo de Maruo n’a rien de la carte postale des sixties : c’est une ville poisseuse, bruyante, sexuelle, violente, où le miracle économique semble surtout profiter aux autres.
Migeru accumule les humiliations, les emplois abandonnés et les déconvenues lorsqu’il cherche à entrer dans le monde du manga.
Même lorsqu’une porte semble enfin s’ouvrir, Maruo prend un malin plaisir à rappeler que le talent ne suffit pas et que les milieux artistiques ne sont pas moins cruels que le reste de la société.
Le passage où Migeru se fait éconduire après avoir espéré devenir assistant résume parfaitement cette logique : son rêve est toujours à portée de main, mais quelqu’un s’empresse de le lui retirer.
Et puis il y a Sachiko, personnage formidablement ambigu, à la fois soutien, objet de désir et victime d’un environnement où les rapports humains sont constamment contaminés par l’argent et le sexe.
Maruo fait progressivement basculer cette chronique sociale dans quelque chose de beaucoup plus dérangeant.
Les hallucinations de Migeru, notamment cette présence grotesque du Konaki-jiji qui semble s’accrocher à lui à mesure que les échecs s’accumulent, matérialisent littéralement son désespoir.
Le réel finit par devenir aussi absurde que les visions qui le contaminent.
C’est là que le manga devient particulièrement fascinant : on ne sait plus très bien si Migeru sombre dans son imagination ou si Tokyo est réellement devenu un cauchemar.
Maruo injecte également dans cette histoire la figure de Nagayama, jeune homme marginal qui rappelle directement le parcours du meurtrier Nagayama Norio.
Son apparition donne au récit une gravité supplémentaire, car derrière les errances de Migeru se dessine une autre trajectoire possible pour cette jeunesse abandonnée.
Deux garçons issus de la même époque, écrasés par la pauvreté, mais qui ne prennent évidemment pas le même chemin.
Le manga ne cherche pourtant jamais à transformer cette réalité en leçon de morale.
Maruo préfère l’ironie, la provocation, les références culturelles et une succession de situations qui deviennent progressivement de plus en plus malsaines.
Il se moque au passage de cette contre-culture qui prétend vouloir changer le monde tout en reproduisant ses propres rapports de domination.
Les artistes autoproclamés géniaux, les révolutionnaires de salon et les apprentis intellectuels ne sont pas épargnés.
Même le rêve de devenir mangaka est traité avec une certaine cruauté : créer ne protège ni de la misère, ni de la médiocrité, ni de la violence.
J’ai surtout aimé cette façon qu’a Maruo de transformer son propre imaginaire en piège narratif.
Sous ses allures de chronique underground, Underground raconte finalement quelque chose de très simple : que faire de ses rêves lorsqu’on n’a absolument rien pour les réaliser ?
Et chez Maruo, la réponse ne pouvait évidemment pas être rassurante.
On ressort de ce one-shot avec l’impression d’avoir traversé un Tokyo fantôme, coincé entre rêve de réussite, désir de création et pulsion de destruction.
Un Maruo moins immédiatement spectaculaire que dans ses œuvres les plus extrêmes, mais peut-être plus intime, plus amer et finalement assez bouleversant.
Migeru a dix-neuf ans, débarque à Tokyo après avo…
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