caricature Bernard Pivot

Le questionnaire de Bernard Pivot


De 1991 à 2001, Bernard Pivot présente Bouillon de Culture sur France 2.

À chaque invité, il administre un questionnaire de 10 questions inspiré du questionnaire de Marcel Proust dont l’objet est de révéler la personnalité du répondant.

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Pour BDfugue.com, les auteurs de bandes dessinées répondent à ce questionnaire auquel nous avons ajouté une onzième question !

 

 

Jean Dytar Toute la bibliographie de Jean Dytar

 

Le mot que vous préférez ?

Joie.

 

Le mot que vous détestez ?

Ornithorynque. Qui a eu l’idée de nommer ainsi ce pauvre animal, déjà peu gâté par la nature ?

 

Votre drogue favorite ?

La rêverie.

 

Le son, le bruit que vous aimez ?

Celui qui, comme un parfum, me rappelle un moment particulier de mon existence.

 

Le son, le bruit que vous détestez ?

Le bruit du feutre qu’on appuie trop fort. Il me fait le même effet que la craie stridente du docteur Kilkil dans QRN sur Bretzelburg.

 

Votre juron, gros mot ou blasphème favori ?

« Dieu me tripote » (Desproges).

 

Homme ou femme pour illustrer un nouveau billet de banque ?

Le crâne de Lucy, l’Australopithèque.

 

Le métier que vous n'auriez pas aimé faire ?

Comptable. S’il y a des gens qui font comptable par amour du métier, il est certain que je suis là face à une énigme que je ne résoudrai jamais.

 

La plante, l'arbre ou l'animal dans lequel vous aimeriez être réincarné ?

En tout cas sûrement pas le baobab qui a l’air d’avoir été planté à l’envers.

 

Si Dieu existe, qu'aimeriez-vous, après votre mort, l'entendre vous dire ?

...

 

Vos 5 BD préférées ?

Jimmy Corrigan de Chris Ware (Delcourt) : un livre-monde, dont l’écriture graphique incroyablement inventive semble au premier abord très impersonnelle, alors qu’elle se révèle en réalité le vecteur d’émotions très intimes, bouleversantes. J’ai été très marqué par cette œuvre, qui a fait partie de celles qui m’ont ouvert l’esprit sur les possibilités expressives du langage de la bande dessinée et sur la perception de l’album comme un objet dont le moindre détail pouvait être pris en considération. Inépuisable !

 

Rebetiko, de David Prudhomme (Futuropolis) : un album que je relis régulièrement, dont je reste à chaque fois étourdi par la vie qui se dégage de ce trait, de ces attitudes fixées sur le papier, de ces cadrages, du rythme séquentiel, des couleurs qui disent des sensations de chaleur, de fumée, d’odeurs, du temps qui passe… et nous font même ressentir la musique qui se joue. Une merveille !

 

La guerre d’Alan, d’Emmanuel Guibert (L’Association) : je pourrai ajouter à ces trois volumes La jeunesse d’Alan qui prolonge ce grand projet encore inabouti… La finesse d’Emmanuel Guibert, sa virtuosité discrète mise au service d’une grande intelligence de l’image et du rapport au texte, me fascinent. Des moyens à la fois classiques et expérimentaux au service de sensations subtiles, d’émotions fugaces et fortes, au service aussi de la transmission d’une expérience vraie, celle tout à la fois ordinaire et exceptionnelle d’un autre, dont Guibert se fait le porte-voix et l’inventeur d’image. Une grande humanité se dégage de cette œuvre.

 

Watchmen, de Alan Moore et Dave Gibbons (Urban Comics) : la seule bande dessinée de super-héros qui m’a profondément marqué, et que je relis de temps à autres, en reprenant parfois juste quelques pages… La densité du propos, les différents niveaux de lecture, la rigueur du découpage, le rythme, tout y est une leçon de narration par la bande dessinée. J’aurais pu aussi citer From Hell du même Alan Moore, qui m’impressionne et me touche pour les mêmes raisons.

 

A Kyoto, de Pierre Duba (6 pieds sous terre) : vu en avant-première dans un festival, en jetant un œil par-dessus l’épaule de Pierre Duba qui montrait des planches de ce projet à quelques autres. Une grande émotion de voir la variété des formes, des textures, qu’il osait déployait. Ce travail avec des outils différents, sur des papiers différents en fonction des sensations qu’il cherchait à transmettre… Cet album, parmi d’autres, m’a permis de percevoir le champ de la bande dessinée comme un territoire d’expérimentation inépuisable !

 

Il y a tellement d’autres albums qui m’ont marqué. Je n’ai évoqué ici que des choses récentes…